Tresses, queues de cheval et midinettes

…La suite de mes notes

p. 367. Je m’y remets. Je suis dans un chapitre sublime et horrifiant, le 25. Sublime parce que horrifiant. Nicolae Minovici, sa passion des tatouages qui le conduit à construire une bien étrange collection. Et son histoire d’amour qui lui révèle la voie professionnelle à suivre… C’est là que je me retrouve à chercher comment rendre le mot codană.

C’est une « jeune fille aux cheveux attachés en queue de cheval »… Allez trouver un mot équivalent en français… Car ce mot est chargé de bien plus d’informations et de sens qui demeureront, malheureusement, cachés pour toujours au lecteur français, je le crains. Voici donc un bel exemple de « part des anges »… Le mot est un peu ancien mais encore volontiers utilisé par les auteurs roumains qui l’affectionnent pour sa valeur évocatrice. Il se base sur le mot « queue », comme queue de cheval, et peut d’ailleurs désigner un animal doté d’une queue. On appelle codană une jeune fille qui, littéralement, « entre dans la ronde », dans la société, dans le rang des filles à marier. Dans le mythique village roumain, la hora, la « ronde », remplissait un peu le rôle social du bal de chez nous, autrefois. Et si ce mot a été inventé, c’est pour différencier les jeunes filles des fillettes, lesquelles coiffaient leurs cheveux en tresses. Devenues grandes, elles pouvaient attacher leur parure capillaire en queue… Une manière de communiquer au monde leur nouveau statut de femme.

Alors, « jeune fille »? Trop dénoté, pas assez connoté. « Jeune vierge »? Pas du tout, je sombrerais dans un autre texte, quoiqu’il s’agisse justement de cela. « Toute jeune femme »? Il me semble que cette expression est connotée sciences sociales, mais je ne saurais dire pourquoi….

Je pense à midinette… j’hésite un instant en me disant que cela fait peut-être trop parisien, mais c’est ce que je choisis. Le contexte m’aide : le narrateur dit un peu plus haut qu’elle est peut-être une couturière des faubourgs…

C’est dans ce passage que se trouvait ce joli mot :

« Nicolae n’avait rien à offrir à la jeune fille modeste, peut-être une couturière des faubourgs, à la peau d’une blancheur de lait. Il se promena avec elle au cours de quelques crépuscules dans la ville spectrale, il l’amena chez lui seulement pour lui montrer sa collection de photographies de corps tatoués et il la laissa repartir intouchée. A sa fenêtre, il regarda la jeune femme, pleurant à chaudes larmes, monter dans le tramway hippomobile arrêté devant son immeuble de quatre étages. Puis il sortit sa planche à dessin, où elle figurait dans la position de la Petite Sirène et tandis que l’air dans la pièce s’assombrissait, il se mit à orner les épaules et les bras de la fille de traits de plume formant des dentelles et des tressages imaginaires. Puis il jeta sur la feuille une émulsion de nacre.

Au bout de quelques mois de tourment, la fille se pendit, selon la coutume des infortunées midinettes des faubourgs, différentes jusque dans la mort de leurs sœurs restées à la campagne, lesquelles, quand elles tombaient enceintes se jetaient la tête la première dans un puits. L’étudiant des Beaux Arts était allé la voir alors qu’elle pendait encore à une poutre du plafond, dans sa chambrette avec des géraniums aux fenêtres. La pièce sentait le basilic et la propreté. Une bassine d’eau renvoyait des reflets tremblants sur les murs. Le policier fumait impassiblement, assis sur le lit, à deux doigts des pieds rigidifiés, déchaussés, de la morte. Le chef lui avait donné l’ordre de ne toucher à rien jusqu’à son arrivée. » 

11862 aujourd’hui, en ce beau dimanche! Je vais sortir prendre l’air. Sans jeu de mot.

23 juillet

p.370

Moale : un des mots les plus polysémiques, chez Cartarescu. Je devrais m’amuser si j’avais le temps à relever tous ses différents emplois. Dans le texte roumain, peuvent être moale une pierre précieuse, une page de papier… Ce sont les deux occurrences qui me viennent à l’esprit, à l’instant. Doux, lisse, suave… Des mots pas forcément synonymes … 

27 juillet

Je pense que je vais utiliser le mot « piquetistes », pas « piqueteurs »…

Rendez-vous demain, même heure

 

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