Désir protecteur, par Robert Cobuz

Il s’appelle Robert Cobuz, il est né en 1978, il vit et travaille dans une jolie région de Roumanie nommée Bucovine, et j’aime beaucoup, beaucoup son oeuvre.
Des couleurs, un côté naïf sans mièvrerie.  Ce soir, cela fait du bien.

http://cobuzyart.blogspot.ro/?view=magazine
 Désir protecteur (Dorinta protectoara) Acrylique sur toile. 76×86.

Petites histoires de correction de textes

Avez-vous déjà noté combien il est facétieux, ce logiciel word que nous utilisons presque tous?
Surtout quand il s’agit de lui confier la correction automatique de nos humaines erreurs de frappe.
Petit florilège conçu au fil de mon travail d’hier:
epsirt, écrivez-vous? Word veille et propose à votre clavier dyslexique epsilon et epsomite!
klezmer n’est pas un genre qu’il agrée… d’où soulignement en rouge et zou! Vous vous retrouvez avec klepper…
Word tente parfois de concurrencer le hasard sur le terrain de la poésie et l’étrange et prévertien paysange de votre inconscient peut devenir, selon lui, un pays ange.
Ce n’est pas mal, tout ça.
Mais vous arrive-t-il d’avaler vos mots? mants apparaît dans le texte. N’ayez crainte, toutes les voies sont possibles, amants, monts, maints ou mantes sont à votre portée. Il y a même de quoi en faire tout un poème, comme « maints amants des monts en mantes d’hiver » par exemple…

Les choix lexicaux s’ouvrant dans la petite fenêtre à droite de la flèche sont parfois bien terre à terre. Jugez en, mon merveilleux chemotaxis s’est trouvé hier à deux clics de chemisier, chemiserie, chemisette ou chemisières!
Le top, c’est cet acetylcoline amputée de son h qui a failli virer accentologie ou acceptilation. Ce dernier n’est même pas dans le Robert!  Je vous rassure, c’est un terme qui existe tout de même.
Le fin mot de cette chronique revient bien justement à mon saltu , cette inoffensive et joviale formule d’accueil qui, à en croire un correcteur totalement déjanté mais aussi fort prétentieux, devrait se transformer en saïte!!  Et là, ne soyez pas rassurés, il ne s’agit pas de la prononciation phonétique de l’anglais « site », mais de ce qui est relatif à la XXVIème dynastie égyptienne!
Allez en paix, bonnes gens, et prenez garde au correcteur fou!

3 février 1989 (bis)

Lancement à Bruxelles
d’Opération Villages Roumains – OVR

Parmi les images qui ont le plus sûrement marqué l’esprit des Occidentaux dans les dernières années du régime communiste roumain, se trouvent celles des destructions massives de monuments historiques. La « systématisation », selon le terme utilisé par le pouvoir d’alors a commencé vers 1984 dans le centre de Bucarest. Puis les autorités voulurent à tout force « faire le bonheur » de la population et construire jusque dans les plus petits villages des « centres agro industriel ». Les villages étaient rasés.
Au milieu de toute la misère multiforme engendrée par le système totalitaire dans un pays comme la Roumanie, cet aspect de la violence provoqua une onde de réactions internationales et -surtout, peut-être- toucha en plein coeur la population occidentale.

C’est ainsi que naquit à Bruxelles, ce 3 février 1989 « une opération destinée à faire parrainer par des communes du reste de l’Europe 8.000 villages roumains menacés de destruction » peut-on lire dans une dépêche AFP de l’époque. (Les racines du mouvement remontent à 1988, mais c’était sans doute, en ce début février, un lancement officiel.) 

  » Du point de vue humain comme du point de vue du patrimoine, les effets de ce plan sont un véritable séisme  »  disait encore Paul Hermant, membre de la  » Coordination village roumains  » en Belgique, dans le même document.

La suite de l’histoire, on la connaît : Opération Villages Roumains a non seulement été un succès dans le domaine de la mobilisation citoyenne et de l’aide directe aux populations mais a également contribué à renouer les liens historiques entre Roumains et Français. En 1989, la dépêche était, comme les initiateurs du projet, prudente, et signalait que « des initiatives équivalentes à celle annoncée en Belgique devraient prochainement voir le jour en France, en Italie, aux Pays-Bas, en RFA, et peut-être même dans des pays d’Europe de l’Est ».  Finalement, OVR devint ce qu’elle est aujourd’hui encore…

Aujourd’hui, le traumatisme des destructions est sublimé, entre autres, dans de belles pages de littérature. Si cela vous intéresse, je vous en donnerai ici un ou deux passages très beaux auxquels je pense tout de suite – parce que je les ai traduits en français.

Le site OVR est dans mes liens.

Un peu de légèreté…

Allez, un petit coup d’œil à l’extérieur et loin des souvenirs douloureux réveillés par le plongeon dans l’année 1989!
Il a neigé, cela a gelé, voici le résultat… Il n’y a qu’à regarder.

 

3 février 1989

Si vous arrivez directement ici, je vous conseille de lire cela : 1989 – 2009 : l’anniversaire des 20 ans vécu au jour le jour avant d’aller plus loin pour comprendre dans quel contexte je publie sur mon blog ces traces des événements petits ou grands qui ont eu lieu il y a tout juste 20 ans.

Début février 1989, l’émotion soulevée par l’émission de Noel Mamère, Résistance, n’est pas retombée. Toute la journée avait d’ailleurs été consacrée à la Roumanie. C’était pour les 71 ans du dictateur Ceausescu. Un pied de nez adressé depuis l’Occident par télévision interposée. Le journaliste avait commencé l’émission en disant ces quelques mots :
« Cher Nicolae, au seuil de vos 71 ans, « Résistances » avait le devoir de rendre hommage au grand défenseur des droits de l’homme que vous prétendez être.  Vous conduisez la Roumanie depuis 23 ans, avec un génie inégalé; vous êtes porté aux nues par votre presse, libre bien entendu, en des termes qui doivent certainement blessé votre modestie légendaire. Conducator, Génie des Carpates, Danube de la Pensée, premier Bâtisseur, oui, monsieur Ceausescu, votre peuple vous aime, c’est ce que vous tentez de faire croire, mais le mensonge ne passe pas, et nous nous trouvons ici, ce soir, pour vous le dire. En 23 ans vous avez réussi à plonger votre pays dans la misère et l’obscurantisme. Depuis 23 ans, avec votre famille, vous régnez  par la peur et vous violez chaque jour la vie intime de vos sujets. A deux heures de Paris, au coeur de l’Europe, vous voulez effacer la mémoire d’un peuple, vous êtes sur le point de détruire sa culture. Voilà pourquoi, à notre manière, nous célébrerons votre anniversaire, monsieur le dictateur rouge. » (cité par Monica Lovinescu, Pragul / Unde scurte V, éditions Humanitas, 1995.)

Mais en ce 3 février 1989, ce qui retient mon attention, c’est le fait que des médecins de Médecins du Monde publient leur témoignage après avoir pu, courant janvier, rendre visite à Doïna Cornea, l’opposante fragile et forte. Je vous propose de lire l’article entier sur cette page : Article du Monde du 3 février 1989

C’est édifiant.
Et puis voici la couverture d’un livre reprenant tous les textes -appels, pétitions, lettres au Conseil de l’Europe ou à Jean Paul II- de Doina Cornea. C’est inédit en français. (Editions Humanitas – 2006)

Article du Monde du 3 février 1989

Vendredi  3 Février 1989

 

ROUMANIE
Le combat de Doina Cornea

 

(02 FEVRIER 1989)

 

Deux médecins de l’organisation humanitaire Médecins du monde, les docteurs Jacques Lebas et Patrick Laburthe-Tolra, viennent de se rendre en Roumanie, où ils ont rencontré Mme Doina Cornea, ex-professeur de français à l’université de Cluj, harcelée par la police pour avoir critiqué le régime. Ils nous ont adressé leur témoignage.

 

Cluj, capitale de la Transylvanie roumaine, 24 janvier.
Comme tous les matins, Doina Cornea a ouvert anxieusement la porte de sa maisonnette du 16, rue Alba-Julia. Elle est soulagée : la voie est libre. Elle sait que lorsque la porte est bouchée par le milicien de garde, elle restera recluse toute la journée dans sa maison, sans droit de sortir.

C’est avec chaleur, mais non sans surprise, que Doina Cornea nous accueille. Ces derniers jours, des journalistes américains qui essayaient de la rencontrer ont été immédiatement expulsés, et les diplomates européens qui tentent de la joindre n’y parviennent pas. Quant à nous, nous allons bien soigner en Afghanistan, au Salvador ou en Afrique du Sud. Nous ne pouvons négliger les souffrances des hommes à deux heures de Paris.

Dans une pièce aux fenêtres aveugles (cette nuit même, la Securitate a placé un projecteur au-dessus de sa maison), Doina Cornéa nous raconte son combat.

 » L’isolement qu’ils me font subir dans ma propre maison m’est plus pénible que les mois de prison. Au moins avais-je en cellule des compagnons.

 » J’étais, jusqu’au 5 janvier, suivie en permanence par plusieurs agents de la Securitate. Il y en avait toujours un qui me collait à un mètre, m’insultant constamment et essayant de déclencher la réprobation des gens que nous croisions dans la rue. Sans succès.

 » Depuis des mois, pas une lettre, sauf une unique carte de voeux. Les seules lettres qu’ils m’ont fait parvenir sont des lettres d’insultes ou des menaces de mort. Quand ils me les donnent maintenant, je les déchire aux pieds du milicien en faction.

 » Mais pourquoi vous intéressez-vous à moi ? Il y a bien d’autres opposants dont il faut s’occuper, nous sommes sans nouvelles d’eux. Vous savez, dans ce pays, les opposants disparaissent. Certains même ont été assassinés. Dans le silence total. Je n’ai pas peur de mourir, je ne crains pas la mort. Je ne crains plus rien.  »

Prisonnière

dans sa propre maison

Elle décroche son téléphone pour nous montrer qu’il est coupé depuis des mois.  » Tout contact avec les autres est impossible, car un simple échange de regards avec moi vaut interrogatoires et tracasseries à celui qui me l’accorde. Je suis une opposante, pas une dissidente. Je n’ai jamais adhéré à aucun parti. Mon combat n’est pas un combat politique, c’est un combat moral. C’est l’essence de l’homme qui est en train d’être détruite dans mon pays. C’est difficile de résister ici, chaque jour, dans cette solitude. Surtout qu’ils en veulent à ma famille, et en particulier à mon fils.

 » J’ai été radiée de l’Université, mon fils a été en prison. Son seul délit : le délit d’être fils. »

De quoi est coupable cette frêle femme au regard doux, au sourire indulgent ? De s’être adressée directement dans une lettre au président Ceausescu pour réclamer l’arrêt de la destruction des villages dans son pays.

Déambuler dans Bucarest est une épreuve qui donne le frisson. Impossible d’accrocher les regards des passants. Dans la rue, personne ne se parle, pas de cris d’enfants. Un sac en plastique à la main, les gens viennent grossir les queues interminables.

Soudain, un attroupement. Une cinquantaine de personnes devant les vitrines de l’Aeroflot regardent les informations en provenance de Moscou : des photos de Gorbatchev avec Mitterrand, avec Kohl. Enfin une vitrine sans effigie du Conducator.

Nous cherchons à visiter un hôpital. On nous a appris que, si vous avez plus de soixante-dix ans, les ambulances ne vous transportent plus et que les parents ne peuvent voir leurs enfants hospitalisés qu’au travers de grilles en soudoyant le milicien.

A peine avons-nous franchi la porte de l’hôpital qu’un milicien en uniforme se précipite sur nous. Dans un français impeccable, il nous signifie que « l’hôpital n’est pas un objectif touristique ». D’ailleurs, il ne nous croit pas touristes et nous conseille vivement de regagner notre pays le plus rapidement possible.

Les amis que nous pourrions avoir en Roumanie ne sont pas non plus des « objectifs touristiques ». Ces menaces sont réitérées une demi-heure plus tard. Nous gagnons l’ambassade de France. C’est sous la protection de diplomates que nous serons emmenés à l’aéroport, suivis d’une meute de barbouzes du régime dans leurs Dacia banalisées. Face à Ceausescu, Staline suranné, une femme résiste, prisonnière dans sa propre maison. Ne l’abandonnons pas.

 

VANHECKE CHARLES

Article du Monde du 17 janvier 1989

Mardi 17 Janvier 1989

 

La clôture de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe
La Roumanie n’a voulu prendre  » aucun engagement  » de respecter le document final

 

(15 JANVIER 1989)

 

Les trente-cinq pays participants (toute l’Europe sauf l’Albanie plus les Etats-Unis et le Canada) à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, réunie depuis novembre 1986 à Vienne, ont adopté, le dimanche 15 janvier, par consensus, le document de clôture de la CSCE. Celui-ci comporte, en annexe, le mandat pour les vingt-trois pays membres de l’OTAN ou du pacte de Varsovie d’entamer, dans la semaine du 6 mars prochain, des négociations sur les forces armées en Europe. La conférence de Vienne, troisième conférence-bilan dans le cadre des suites de la CSCE après Belgrade (1977) et Madrid (1980-1983), sera close du 17 au 19 janvier en présence des ministres des affaires étrangères des pays participants. Le document final prévoit dix conférences de suivi d’ici à la quatrième conférence-bilan, qui s’ouvrira, à Helsinki, le 24 mars 1992.

 

VIENNE

de notre correspondante Sauvée in extremis du naufrage par un compromis intervenu, samedi, dans un conflit territorial gréco-turc (le Monde daté 15 -16 janvier), la conférence de Vienne a connu, dimanche, un dernier coup de théâtre dû au président roumain Ceausescu, qui, décidément, ne laisse pas passer une occasion de consolider sa mauvaise réputation internationale. La Roumanie a fait savoir dans une  » déclaration interprétative  » – prévue dans le règlement de la CSCE – qu’elle estime que  » certaines des dispositions du document final ouvrent la voie à l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres Etats, à la violation de l’indépendance et de la souveraineté nationales et encouragent des activités d’obscurantisme rétrograde « . Par conséquent, elle ne prend  » aucun engagement  » sur la mise en oeuvre des dispositions sur lesquelles elle a émis des réserves (liberté de circulation et de religion notamment).

La position roumaine a été vivement critiquée par le représentant des Etats -Unis, M. Warren Zimmermann, qui a qualifié d’  » absurde  » et d’  » illégale  » la tentative du Bucarest de se dérober aux engagements qu’elle a pris en adoptant avec les trente-quatre autres pays le document final. La Roumanie  » payera cher  » le non-respect du document final et en subira les conséquences dans ses relations internationales, a estimé M. Zimmermann. La Roumanie avait présenté, peu avant la fin des travaux de rédaction, dix -sept projets d’amendements qui n’ont pas été pris en considération.

Le document final reflète la bonne volonté de l’Est – qui a fait des concessions importantes en matière de droits de l’homme – et de l’Ouest, qui a accepté bon gré malgré le principe d’une conférence sur le même sujet à Moscou, une proposition gorbatchévienne qui avait été fort mal accueillie il y a deux ans. M. Zimmermann n’a pas hésité à voir dans le texte de Vienne  » le plus important document signé par l’Est et l’Ouest depuis Helsinki  » (en 1975). Son homologue soviétique, M. Iouri Kachlev, a qualifié de  » sans précédent  » le programme de suivi de la conférence de Vienne et s’est félicité du fait que trois des conférences prévues auront lieu à l’Est (Sofia, Moscou, Cracovie). Il a annoncé que le document final sera rendu public en Union soviétique a onze millions d’exemplaires. Les Américains ont cependant lié leur accord de dernière minute à la conférence de Moscou à l’inclusion au document d’une  » déclaration  » garantissant la transparence et l’accès aux réunions de suivi des médias, des organisations non gouvernementales, groupes religieux et particuliers aux conférences, ainsi que les contacts avec les citoyens du pays hôte et l’organisation de rassemblements pacifiques en marge des conférences.

Les trois chapitres du document ou  » corbeilles  » sont consacrés à la sécurité militaire en Europe, à la coopération économique, scientifique et technologique, enfin à la coopération dans les domaines humanitaires.

Liberté d’éducation

religieuse

Cette dernière  » corbeille  » a été remplie, à la demande des Occidentaux, d’une série d’engagements précis concernant la liberté religieuse, les droits des minorités, la libre circulation des personnes et le droit des détenus à un traitement humain (notamment par l’interdiction de traitement psychiatrique). Aussi le document précise que la liberté de religion signifie également l’élimination de toute discrimination fondée sur la religion, la garantie de la libre -pratique de la foi, le respect des lieux du culte et des structures hiérarchiques des communautés religieuses, enfin la liberté de l’éducation religieuse.

En matière de déplacement, le document engage les Etats à respecter le droit de chacun de  » circuler librement, de choisir sa résidence à l’intérieur des frontières de chaque Etat et de quitter tout pays, y compris le sien et d’y revenir « . Il confirme aussi le droit des réfugiés  » de retourner chez eux en toute sécurité s’ils le désirent « . Pour lutter contre les pratiques arbitraires, le texte prévoit  » des délais aussi brefs que possible, mais en tout état de cause n’excédant pas six mois  » pour répondre à toute demande de contact entre personnes. Ces délais sont réduits à un mois pour les demandes de rencontre de familles, à trois mois pour les mariages et à trois jours en cas d’urgence (décès, maladie grave de parents). Autre nouveauté acceptée avec des grincements à l’Est : les motifs d’un refus doivent être notifiés par écrit. De même, pour éviter des abus de refus de voyage pour  » raison de sécurité nationale « , les signataires s’engagent à tenir compte du délai pendant lequel un requérant n’a plus été en contact avec des questions de sécurité nationale. Mais ce délai n’a pas été quantifié, contrairement aux voeux des Occidentaux qui souhaitaient le voir limité à un an.

Un élément tout à fait nouveau est le mécanisme de contrôle – bilatéral et multilatéral à la fois – de la mise en oeuvre de ces dispositions. Le document oblige notamment les Etats à répondre aux demandes d’information qui leur sont adressées par d’autres Etats en matière humanitaire. Le risque d’être publiquement cloué au pilori en sera renforcé.

Comme par le passé, la deuxième corbeille (coopération économique) a fait figure de parent pauvre. Nombre de pays – les Etats-Unis en tête – estiment en effet que la CSCE n’est pas le forum approprié pour discuter des questions économiques. En revanche, la série récente de catastrophes et incidents écologiques a sensiblement augmenté l’intérêt pour la protection de l’environnement, qui fera l’objet d’une conférence de suivi à Sofia.

 

BARYLI WALTRAUD

 

 

Tous droits réservés : Le monde Diff. 367 153 ex. (source OJD 2005)
 

 

Janvier 1989

Comme promis hier, voici le premier épisode de ce survol de la presse de 1989, survol assorti des quelques précisions que je peux apporter aux lecteurs de tous horizons découvrant ici une page d’histoire récente.  Aux autres lecteurs connaissant mieux que moi cette période et désirant apporter des commentaires ou des précisions, je précise que les commentaires sont ouverts et disponibles. Bonne lecture!

En janvier, plusieurs événements disparates font penser à des galets semés par le petit Poucet de l’histoire en marche :

Le 8 janvier, RTL diffuse un entretien avec Valéry Giscard D’Estaing demandant à la France et aux gouvernements occidentaux de sommer Bucarest, comme ils l’ont fait avec l’Union Soviétique, de respecter les accords d’Helsinki. ‘Lancien président évoque le cas de Doina Cornea (voir plus bas), des asiles psychiatriques qui servent à briser mentalement et physiquement les protestataires contre le régime communiste, les persécutions pour délit d’opinion etc.

Le 15 janvier 1989, débute à Prague une semaine de manifestations à la mémoire de Jan Palach, ce jeune homme qui s’était immolé par le feu en 1969 pour protester contre l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie.

Ce même 15 janvier, Le Monde publie un très bon article : « La clôture de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe : La Roumanie n’a voulu prendre  » aucun engagement  » de respecter le document final ». Je vous propose de le lire en entier sur cette page, ici : Article du Monde du 17 janvier 1989

Le 18 janvier voit la création d’un Comité International d’Urgence (CIU) destiné à aider les Roumains. On le sait bien : le pouvoir dictatorial roumain n’est sensible qu’à une chose, son image déplorable auprès de la communauté internationale. La médiatisation est plus que jamais une arme. Pour les hommes et les femmes qui, en Roumanie, à leur niveau souvent modeste, mais toujours en prenant des risques phénoménaux, s’élèvent contre les abus policiers en usage dans leur pays, pour eux, donc, la médiatisation de leurs efforts à l’étranger est un enjeu vital.

Monica Lovinescu le rappelait avec amertume dans son journal (inédit en français) : c’est en restant isolé, en faisant confiance à la Securitate (la police politique) qu’est mort, sous la torture, en novembre 1985, Gheorghe Ursu. Cet  ingénieur qui écrivait son journal intime sans le montrer à personne, avait été arrêté en septembre 1985 et soumis à des interrogatoires puis à des tortures. Il n’avait alerté personne pendant qu’il pouvait encore le faire, faisant confiance à la Securitate qui lui assurait une chose inouïe : en s’abstenant de provoquer un scandale international, il rentrerait bien vite chez lui. Gheorghe Ursu fut tué en secret, durant le mois de novembre de la même année.
C’est avec un exemple pareil que l’on comprend mieux, je pense, l’intérêt des diverses « mobilisations » qui nous sont proposées et que parfois nous repoussons, un peu lassés.
Que je vous dise à présent deux mots de Monica Lovinescu, cette femme journaliste et écrivain, dont je ferai bientôt un portrait : elle a vécu en exil à Paris et a été un des rouages essentiels de la mobilisation en faveur des libertés en Roumanie. En effet, elle ne pouvait se résigner à baisser les bras : en dépit de toutes les apparences et de toutes les désillusions ancrées dans les esprits par quarante ans d’immobilisme, elle savait, elle croyait que les choses pouvaient changer, que la Roumanie et ses pays voisins pouvaient retrouver leur statut de démocratie, de nation européenne. Elle déployait donc, aux côtés de son mari Virgil Ierunca et avec un grand nombre d’écrivains, de journalistes, de chercheurs, de militants des droits de l’homme, avec d’autres exilés roumains aussi, une infatigable et ingrate mission d’analyse et de diffusion, au jour le jour, des moindres réactions, événements ou publications concernant la Roumanie.

 

Le 23 janvier 1989, la presse française parle de la publication en français d’Horizons rouges (publié aux USA en 1987), le brûlot du général Pacepa : ce dernier se trouvait au sommet de la police politique (la Securitate) et dans l’entourage proche du couple Ceausescu, avant de devenir le seul plus haut dirigeant de services secrets de l’ancien bloc soviétique a avoir jamais fait défection. C’est-à-dire à avoir choisi de « passer à l’ouest », comme on disait.

Durant le seul mois de janvier, on apprend aussi que 2 prêtres polonais sont assassinés par la police politique de leur pays.

En Roumanie, c’est un journaliste américain du New York City Tribune qui se trouve expulsé du pays pour avoir voulu rencontrer un représentant de la minorité hongroise.

Les journalistes français éprouvent eux aussi les plus grandes difficultés à travailler en Roumanie. Ils sont nombreux à signer une pétition dénonçant la clandestinité derrière laquelle ils sont obligés de se cacher pour réaliser leurs reportages dans ce pays. Une clandesnité pour eux  – et un danger pour les personnes, notamment des écrivains, comme Mircea Dinescu ou Ana Blandiana  ou des syndicalistes, qui tentent de rencontrer des journalistes occidentaux pour faire connaître l’intolérable situation dans laquelle se trouve la population.

L’événement médiatique du mois, du point de vue de la situation des Roumains sous la dictature, c’est le 26 janvier : la chaîne française Antenne 2 (ancienne France2) diffuse un numéro du magazine Résistances du journaliste Noël Mamère. Oui, vous avez bien lu, le célèbre maire de Bègles, écologiste aujourd’hui et qui a quitté le journalisme. Le reportage de Joseph Dubié, un journaliste belge qui a réussi à tourner clandestinement en Roumanie durant le mois de décembre 1988 montre au grand public la détresse de la population et lui permet de faire connaissance plus longuement avec la petite voix et la stature fragile de Doïna Cornea.

Monica Lovinescu consacre un large espace de ses chroniques diffusées à Radio Europe Libre et de grandes pages de son journal à décrire le déroulement de ce numéro de Résistances et ses conséquences (nombreuses) sur l’opinion publique française. Elle donne aussi les noms de tous ces Roumains qui ont signé la pétition de Doïna Cornea qui lui vaut depuis septembre 1988 d’être surveillée nuit et jour, de n’avoir plus droit au courrier ni au téléphone et même de se voir battue dans la rue par des policiers : c’est cette précision dans la médiatisation des moindres cas de « dissidence » qui assure une sorte de protection dans un régime qui redoute plus que tout d’être exposé à l’ire internationale et qui se renferme chaque jour davantage.

En deux mots : la lettre de protestation du 23 août 1988 signalait avec indignation les destructions des villages pour les remplacer par des « centres agro-alimentaires », la surveillance et la pression intolérables dont étaient victimes les Roumains, à tout cela s’ajoutant les conditions de pénurie dues principalement à l’ambitieux projet du régime de rembourser de la dette de la Roumanie en quelques courtes années.

(à suivre)

1989 – 2009 : l’anniversaire des 20 ans vécu au jour le jour

C’est le moment de vous abonner à la newsletter pour ne rater aucun épisode!

Il était une fois une Europe coupée en deux, avec une capitale de l’Allemagne placée à Bonn et des agences de tourisme qui ne vous proposaient jamais par mail de « Spéciale Saint Valentin à Saint Petersbourg 3 jours 2 nuits 937 euros ». D’ailleurs, les euros n’existaient pas. Et Internet balbutiait. Les blogs étaient une vue de l’esprit. « Des racines et des ailes » en direct des Nuits Blanches de Saint Petersbourg ou dans les rues de Prague, c’est bien quelque chose du 21ème siècle.

En 1989, pour en venir à la Roumanie, imaginez-vous que même Georges Marchais, le secrétaire général du parti communiste français (vous vous souvenez, « ta gueule Elkabbach ! », c’était lui) félicitait François Mitterrand, alors président des Français, de ne pas se rendre à Bucarest après sa visite en Bulgarie, à Sofia, et de ne pas rencontrer le dictateur Nicolae Ceausescu.

Robert Cobuz – In the new world?

2009 : cette année – et surtout à partir de septembre- vous entendrez beaucoup parler de cet anniversaire des vingt ans de 1989, à la télé et au travers de livres publiés à cette occasion. Car l’histoire est loin de se résumer à des dates sur un calendrier…. Il y a, dans le désir de poser des jalons, de célébrer, dans le cas présent, les vingt ans de la chute des dictatures dans les pays de l’Est, quelque chose de profondément humain : nous occupons toute notre place dans la communauté quand nous réalisons un « acte de mémoire ».

En se retournant sur un moment précis du passé, on tente aussi l’impossible retour aux sensations et aux connaissances que nous avions alors. On peut se faire aider : les archives des journaux sont là pour ça. Je les consulte, et mon projet de retracer sur ce blog, mois par mois, le cours de l’année 1989, participe de ce désir de constater combien de chemin a été parcouru.
Certains d’entre nous peuvent être rebutés par l’exercice – cela peut paraître stérile, cette manière de fouiller le passé. Et cela peut réveiller des douleurs personnelles, car la grande histoire est liée à l’histoire intime de chacun. Après tout, réfléchir à ce que nous étions et faisions il y a 20 ans n’est pas forcément flatteur ou confortable ! Par ailleurs, après un bref sondage auprès de mes connaissances françaises (hormis les personnes directement concernées par le sujet) je constate que pour elles, 1989 éveille en premier lieu le souvenir des commémorations du Bicentenaire de 1789. C’est un peu normal. Mais je crois aux vertus de l’histoire et de la recherche. C’est pourquoi je veux présenter ces événements tels qu’ils ont été relayés par les journaux à l’époque.
Puisque ce modeste travail est présenté sur ce blog, et qu’un blog est une chose très personnelle –même en étant publique-, je dois dire combien cette démarche est déterminante pour moi : parce que toute ma vie s’articule autour de cette charnière de 24 mois, 12 mois menant à décembre 1989 et à la chute du dictateur Ceausescu, et 12 autres mois les prolongeant.
(à suivre)

Rose et trandafiriu

Petit tour dans le lexique des couleurs, ce matin.
Imaginez vous le joli mot roumain de quatre pieds, « trandafiriu« , traduit par le tout court et tout plat « rose« ?  Pas dans le contexte qui est le mien (et que je ne dévoilerai pas).
Je vous dirais seulement qu’il m’a fallu trouver un adjectif de quatre pieds, certes, mais un mot remplissant autant la bouche qu’un bouton de rose entre la langue et le palais… Mystère sur la solution.
Sachez cependant, pour comprendre -mais vous l’aurez deviné- , que le nom « trandafir » signifie rose: la fleur oui, et ensuite la couleur, avec l’adjectif « trandafiriu ».
Il se trouve que Trandafiriu est également le nom d’un vin rare et parfumé – élevé du côté de Cahul, en Moldavie.
Enfin, pour savourer vraiment cette courte note issue de mes Carnets, prononcez ce mot rond en bouche, à la roumaine :  » tranndafiriou », vous verrez…

L’histoire des ours panda racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort

Quand j’ai mis en ligne le post concernant le cycle dédié à Matei Visniec (Allez voir Matei Visniec! ) au théâtre de Charenton, je n’avais pas encore d’affiche. J’en ai reçu une aujourd’hui!

1989, année décisive en Europe

En lien avec la publication du livre d’Adrian Neculau La vie quotidienne en Roumanie sous le communisme , je vous oriente vers ce colloque qui se tiendra à la fin du mois à l’ EHESS: La situation des sciences sociales en Europe, le Mercredi 28 janvier de 10 h à 18 h. Pour ceux qui ne peuvent pas y aller (j’en suis), j’espère qu’il y aura publication d’actes ,à lire en ligne.

J’acquiece totalement à l’argumentaire disant : « L’année 2009 marquera l’anniversaire des événements de 1989 qui ont modifié la carte politique de l’Europe, et non seulement. Depuis 1989, la circulation internationale des chercheurs, l’ouverture des archives, l’intérêt manifesté pour l’histoire orale ou les nouvelles formes d’engagement des intellectuels ont contribué à la mise en place de nouvelles structures, ont favorisé l’émergence de nouveaux acteurs ou ont suscité des débats faisant apparaître de nouveaux enjeux politiques et scientifiques. » Vive la recherche!
Vous pouvez trouver le nom des parcicipants et ls détails pratiques ici : link

 

« L’histoire des ours panda » sur scène

L’Histoire des ours panda de nouveau sur scène!

Vite, vite, je transmets cette information concernant un écrivain et dramaturge que j’apprécie beaucoup (voir les autres notes à son sujet) : Matei Visniec, en photo ci-contre.

Le cycle Matéi Visniec, organisé du 03 au 15 février 2009 au Théâtre des 2 Rives de Charenton, est destiné à ceux qui aiment cet atypique venu de Roumanie. Et surtout ceux qui ne savent pas encore de quoi Matéi Visniec est capable pour nous faire prendre conscience, à travers le divertissement, de la réalité du monde qui nous entoure.

Sur une période de 15 jours, nous vous proposons une pièce de Matéi Visniec, L’ histoire des Ours panda – mise en scène par Salomé Lelouch – ainsi que deux lectures de ses meilleurs textes lus par Niels Arestrup et Isabelle Lenouvelle, ainsi que trois conférences dirigées par l’auteur.
Conférences & Lectures : Entrée libre

* Conférence le 03 février 2009 à 19h avec Matéi Visniec
LES BLAGUES POLITIQUES COMME FORME DE RESISTANCE EN PAYS COMMUNISTE
puis Lecture par Niels Arestrup et Isabelle Lenouvelle à 20h45.

*Lecture par Isabelle Lenouvelle et Niels Arestrup
Le 06 février 2009 à 20h45

* Conférence le 10 février 2009 à 20h30 avec Matéi Visniec
DU LAVAGE DE CERVEAU : VOYAGE DE L’EST A L’OUEST

*Conférence le 12 février 2009 à 20h30 avec Matéi Visniec
LES FAITS DIVERS : METAPHORES DE LA FOLIE DU MONDE CONTEMPORAIN

 

L’histoire des Ours panda – de Matéi Visniec – Mise en scène par Salomé Lelouch

Il demande à Elle de lui accorder neuf nuits.
Le pacte aura lieu et se constituera alors un ménage à part, peuplé d’un langage imagé, de situations codées et d’un profond mystère. Un régal, ce texte!!!

Les 4,5,7,11,13 et 14 février à 20h30 et les dimanches 8 et 15 février à 17h

Théâtre des 2 Rives
107 rue de Paris
94 220 Charenton-le-Pont
Métro : Charenton Écoles (ligne 8)
Renseignements/ Réservations : 01.46.76.67.00

Petit cadeau: cette illustration-affiche pour une de ses pièces les plus célèbres: La femme comme champ de bataille. Je montre cette affiche parce que je la trouve très chouette (évidemment, le mieux serait de la voir en grand, et avec le nom de l’auteur, que je rajouterai dès que je l’aurai trouvé).

Je suis une vieille coco, de Dan Lungu, sur Evene

La « vieille coco » en pleine forme!

On me demandait en décembre de donner à lire au sujet des romans que j’ai traduit du roumain…
Je viens de trouver cette bonne présentation de « Je suis une vieille coco! » par Perrine Verscheldem sur le site de vente en ligne Evene…
link

« Avec ‘Je suis une vieille coco’, Dan Lungu s’amuse à observer toute une génération à travers le personnage d’Emilia Apostoae. Sociologue de formation, l’écrivain épie son pays et ses habitants, examine leurs gestes et leurs pensées, pour livrer le portrait d’une Roumanie nostalgique d’un régime despotique. Idée difficilement concevable pour celui qui ne connaît de Ceausescu que ce que son livre d’histoire lui en a dit : un homme à la tête d’un régime totalitaire qui finit par être renversé puis exécuté. A travers ce livre, Dan Lungu met des mots et des gens sur une période reléguée aux souvenirs de classe. Le personnage d’Emilia, haut en couleur, symbolise avec justesse la génération de ceux qui condamnent le communisme autant qu’ils le regrettent. Avec une naïveté aussi étonnante que touchante, elle se souvient de sa vie, de son enfance à la campagne à sa retraite difficile, en passant, bien sûr, par sa jeunesse sous Ceausescu qu’elle raconte sur le ton de la confidence. Une innocence qui semble caractéristique des personnes qui ont subi ce régime, préférant se souvenir des jours heureux et oublier les difficultés du passé. Mais l’auteur ne tombe pas pour autant dans la caricature et livre un fidèle compte-rendu, presque une enquête, sur une partie de la société roumaine. Bien que les trois époques soient évoquées dans le désordre et jamais datées, Dan Lungu signe un roman fluide, comme pour mieux servir la richesse des personnages. Tous ont vécu les “années Ceausescu” à leur manière. Avec une plume parfois cynique et une verve bien à lui, Dan Lungu laisse un témoignage qui sonne juste et donne à voir un pays en pleine métamorphose. »

Paix

Pablo Picasso a intitulé ce dessin Guerre et paix.
Le sommeil après la guerre? La paix du sommeil avant le combat guerrier?  La bouche semble esquisser un sourire. La tête est abandonnée. Les yeux clos et les mains au repos, le silence. Quel sentiment de sérénité se dégage de l’ensemble!
C’est un cadeau, en ce soir de samedi où l’on entend parler plus bas du désirable sommeil des armes.  comme pour ne pas réveiller la paix qui trouve enfin, peut-être, où se reposer.

Challenge « Lire autour du monde »

La voilà, elle est prête, ma liste…

J’irai sur un autre continent, dans une ville, à savoir New York, avec Colum McCann dont je vais lire Les Saisons de la nuit (trad. de Marie-Claude Peugeot) en 10/18. J’ai envie d’en lire d’autres, mais je vais donc commencer par celui-ci, challenge oblige.

Puis je me baladerai dans le reste du pays avec Bjorn Gabrielsen et son Hareng des steppes paru chez Gaia (trad. du norvégien par Alexis Fouillet).

 

Pour rester en Europe et découvrir une ville, je lirai le roman de Jean Mattern, Les Bains de Kiraly, éditions Sabine Wespieser et dont l’action se passe à Budapest (enfin en très très grande partie). Quant à un pays, eh bien, ce sera l’ex-Yougoslavie pendant la guerre, avec Sasa Stanisic dont Le Soldat et le gramophone, dans une traduction de Françoise Toraille aux éditions Stock était, ça tombe bien, sur ma liste de livres à lire.

Enfin, mon récit de voyage me fera quitter la terre ferme, puisque j’ai envie d’écouter Oliver de Kersauson raconter le chant des océans, avec Ocean’s Song, aux éditions du Cherche Midi.

Bon, je suis contente de l’avoir mise au point… Onze mois et demi pour les lire, ça ne devrait pas être impossible…

La vie quotidienne en Roumanie sous le communisme

1989 – 2009 : vingt ans
pour comprendre

Reportons-nous vingt ans en arrière: janvier 1989, qui aurait cru alors que nous verrions, en l’espace de quelques mois, tous nos repères géopolitiques bouleversés? Le « rideau de fer » s’ébranler? Vous avez tous encore en tête le souvenir de ces milliers d’Allemands de RDA qui se rendaient en foule à Prague, à Varsovie et même à Budapest, pour demander l’asile aux ambassades d’Allemagne de l’Ouest, comme on disait. Des images vues à la télé. De hauts murs pris d’assaut.  Des enfants qu’on hissait. Un été pas comme les autres, avant un automne qui a changé notre vie à tous.

Ces régimes qui semblaient devoir durer une éternité, qui osait croire en leur démembrement? En dehors des dissidents, des activistes des droits de l’homme, des membres des associations multiples et vaillantes, en dehors des journalistes fameux qui se rendaient sur place, dans des circonstances périlleuses, pour rencontrer des syndicalistes – puisque les syndicats étaient interdits- ou des écrivains auxquels on avait ôté le droit de publier, qui parmi nous (j’avais vingt ans et cette partie manquante de l’Europe m’était totalement inconnue), qui parmi nous imaginait qu’avant la fin de l’année, la liberté serait retrouvée? Qui? Certainement pas les premiers concernés et parmi eux, les Roumains. Dans le système policier particulièrement pervers mis en place de longue date dans ce pays, le monde semblait immobile, gravé dans le marbre. Ceausescu renversé ? Il fallait être fou pour y croire.

 

2009, c’est l’année idéale pour lire cet ouvrage ! Au long des 14 contributions que vous pouvez lire dans le désordre selon vos centres d’intérêt, vous vous donnerez une idée des ressorts psychologiques des individus dans une société totalitaire.

Il y a des chapitres sur la peur, d’autres sur la censure et sur la « culture de la pénurie ».
Des événements particuliers sont analysés avec le bénéfice du recul et de nouvelles sources d’informations, ce qui donne des textes particulièrement riches.

Je mentionne en passant celui de Ruxandra Cesereanu, sur les tentatives de soulèvement des mineurs en 1977 et la révolte des ouvriers de Brasov, en 1987, deux événements suivis d’une très rude répression – et dont, en Occident, nous n’avons bien sûr eu qu’un écho extrêmement limité, à l’époque.
Lavinia Betea revient sur la terrible loi anti-avortement de 1966 dont les femmes n’ont commencé à parler, avec les difficultés et la douleur qu’on peut imaginer, que très tard.
Et puis l’affaire de la « Méditation transcendantale », racontée et analysée par le directeur de l’ouvrage, Adrian Neculau, prend une épaisseur particulière puisqu’elle est racontée par les protagonistes eux-mêmes et par ceux qui ont souffert directement de cette répression.

Ce ne sont que trois des 14 contributions. Je vous laisse découvrir les autres.

 

Et je vous souhaite une excellente année 2009 !

 

 La vie quotidienne en Roumanie sous le communisme, sous la direction de Adrian Neculau, préface de Serge Moscovici, édition française établie par Laure Hinckel, collection « Aujourd’hui l’Europe », L’Harmattan, 2008.

Traduire les fleurs


Le plus délicieux cauchemar du traducteur?

Hum… peut-être l’imagination échevelée des langues vernaculaires, quand il s’agit de donner un nom aux plantes et aux fleurs…

Attention, j’ai dit cauchemar, mais surtout, « délicieux »…

Je me régale à plancher sur les mots qui font obstacle.

Imaginez mon air perplexe lorsqu’il m’a fallu trouver, mais surtout vérifier ( bonne maladie journalistique héritée de mon ancienne vie) quelle plante se cachait derrière le  « cul-de-poule » ou la « fleur-de-maïs »…

J’ai rapidement trouvé qu’il s’agissait du pissenlit, en roumain papadia, en retrouvant le nom latin de ce cauchemar des jardins bien comme il faut.

Et là, j’ai trouvé que les Anglais sont descriptifs et surtout, qu’ils nous ont piqué les mots du pissenlit qu’on appelle aussi « dent-de-lion »: chez eux, c’est « dentalion », comme en portugais, par exemple dente-de-leão ou en allemand Löwenzahn

Mais alors, pourquoi pas de « dent-de-lion » en roumain?

C’est vraisemblablement parce le mot est arrivé par la langue grecque… παπαδιά signifie « épouse de prêtre orthodoxe ». Cela remonterait à l’époque où, pour les membres du petit clergé, très pauvres, le pissenlit était une plante de choix, dont ils faisaient de la soupe. Mais il y a peut-être une autre explication que j’ignore.

Juste, pour finir, quelque chose d’étrange: en turc, on retrouve « papadia » sous la forme de « papatya », et là, il s’agit de camomille. Allez comprendre.

Tour d’Europe en deuch

Faire une boucle :

« Ni aller ni retour, mais trajet. Longer une côte, rejoindre une montagne. Contourner une mer. Traverser une steppe, remonter vers le nord. On ne va pas « à », on passe « par ».  »

Beaucoup de visages, dans les salles de signature, au café littéraire, à l’auditorium et autour des tables des libraires…. Et sur les murs de la Salamandre à Cognac, des photos. En noir et blanc. De grands tirages ayant souvent un point commun : une Acadiane qui trône au beau milieu du paysage. Elle se pose là, la Deuche, la Deux pattes, si vous préférez. Cette coquille de noix, ses propriétaires Olivier Laporte et Soizic Drogueux y ont installé deux couchettes et ont poussé cette bonne vieille mécanique dans un tour d’Europe. Des fous. De beaux fous, ces deux là. J’adore ça. Un couple mi-musicien mi-écrivain, plus une belle part de talent photographique qui fait exploser le tout.

Regardez, voici quelques unes des photos d’Olivier Laporte. Il a aussi un bon bout de plume, ce voyageur. Quelque chose de pointu comme son visage. Quel sera l’éditeur qui leur proposera d’en faire un livre?

« Grand Bazar d’Istambul »  © Olivier Laporte

Saint Basile Moscou © Olivier Laporte

Littératures européennes – Cognac

Vive les critiques qui lisent les livres!

« Voyage au coeur de la société » : avec un intitulé pareil, tout était possible, et surtout le pire. Heureusement, Eric Naulleau fait partie de ceux qui, dans la profession et même loin des sunlights lisent réellement les livres des auteurs qu’ils reçoivent.

Ce fut évident, dimanche, au dernier jour de Littératures Européennes, à Cognac. Alors, exit les questions bateau. Pas trace de généralisation à outrance.

Réaction de Dan Lungu à l’issue de la rencontre: « la question de la nostalgie paradoxale, qui est au coeur du roman Je suis une vieille coco !, a très rarement été si bien perçue, même en Roumanie ».

Bien entendu, j’étais aux premières loges (tout à côté de Dan et juste un peu en retrait) pour apprécier le canevas serré des questions, qui toutes faisaient mouche et donnaient loisir à l’auteur de répondre. Un vrai plaisir, d’avoir à traduire des réponses intelligentes, directes et franches. Comme on dit, « à bonne question, bonne réponse ».

 

Le regard du modérateur était tout aussi aigu pour interroger Patrick Pesnot (Les secrets de la Françafrique) et Adriaan Van Dis dont Dan Lungu et moi-même étions flanqués sur scène.

Le Promeneur de M. Van Dis vous paraîtra encore plus savoureux, quand vous saurez pourquoi le romancier a imaginé un chien pour mener son personnage dans l’envers du décor parisien… Adriaan Van Dis a un Nez. Il fait partie de ces personnes qui ont un sens de l’odorat particulièrement développé. Alliée dans le même homme à une vaste culture, à une grande courtoisie, à une éloquence pleine d’humour et toujours subtile, cette perception-là donne une nouvelle dimension au monde. Dans un livre, promener un chien qui fourre sa truffe partout, c’est une manière de se trouver « au cœur de la société ». Renifler la merde et la beauté, cela a déjà été fait. Mais, comme dit Baudelaire…