Danube(s) rivages de sable fin à Grindu

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Ici, le Danube amorce une large courbe à gauche, entre des rivages de sable fin. Le village à droite est une sorte de bout du monde. La route se termine là, à Grindu, autrefois nommé Pisica. Pour continuer, il faut emprunter la berge inondable ou suivre le chemin sur la digue.

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Danube(s) rive droite, suite : un air de Louisiane

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Toujours en suivant la rive droite du Danube, je passe de prairies creusées de mares fluviales à des bois qui ont un faux air de Louisiane.

Danube(s) Rhinocéros

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Une vision, entre végétal et animal. Planté dans le sable, il vient de loin sans doute. De quelles rives s’est-il détaché avant d’échouer si près du but? Il ne verra jamais la mer.

Danube(s) Seul au monde

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Pêcher. Pas envie de socialiser.

Danube(s) Bronzage utile

 

Ici, on prend du sandre.

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Danube(s) Entre la treille et le fleuve

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Cette année, pas de tomates au potager. Le fleuve s’est invité dans le jardin. Après ses 2800 km de course folle en Europe, pas de pitié pour les cultures de printemps! Tel est le témoignage de la riveraine du Danube.

Danube(s) Lecture dans un hamac

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Une pause lecture dans ce hamac, cela vous dirait? Le Danube s’est retiré depuis le printemps. Il a laissé une trace blanche sur le tronc des arbres. Allez, quelques siestes en attendant son retour, les glaces et la débâcle nouvelle. Profitons.

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Danube(s) Promenade sur la rive droite

pêcheurs Danube

Rive droite du Danube. Loin de Paris Plage. Très près du Delta.

Le n°67 de Bibliothèque(s) dédié à la Roumanie

Le lundi 18 mars, venez nombreux à l’Institut culturel roumain à Paris pour assister à une discussion publique : Philippe Levreaud, rédacteur en chef du mensuel Bibliothèque(s) présentera le numéro de mars entièrement consacré à la Roumanie.

Nous serons plusieurs à venir vous présenter ce très beau travail. Deux spécialistes de la BnF, Cristina Ion qui a coordonné ce travail et Rodica Paleologue. Sebastian Reichmann, écrivain et traducteur du roman de Simona Popescu (à paraître en 2013 chez Non Lieu), Traian Sandu, historien Paris-3 Sorbonne Nouvelle et Matei Visniec, dramaturge, poète et romancier.

Regardez ci-dessous deux extraits du Sommaire… Cela donne envie!

Bibliothèques

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Institut Culturel Roumain
1 rue de l’Exposition
Paris 75007

Invitation au lancement du roman Le Grand Dépotoir

dépotoir

Lundi soir à Paris, à 19h30.

Vous êtes attendus pour le lancement de ce roman exceptionnel.

Venez rencontrer l’éditeur et découvrir ou redécouvrir l’Institut culturel roumain!

C’est le moment idéal, puisque la littérature roumaine sera à l’honneur au Salon du livre en 2013!

Des lessives claquaient au crépuscule

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C’est par cette belle phrase que commence le fantastique roman d’Eugen Barbu! Je suis heureuse d’annoncer que ma traduction en français sort ces jours-ci. Bonne lecture à tous!

 

La Roumanie sera à l’honneur en 2013

La Roumanie sera l’ invitée d’honneur du prochain Salon du Livre de Paris, entre le 22 et le 25 mars 2013…

Ce blog légèrement endormi pour cause d’intense travail se fera l’écho de la préparation de ce Salon. Le CNL, par son président Jean-François Colosimo m’a demandé d’assumer le rôle de conseillère littéraire de cette édition… Dois-je préciser que j’en suis honorée? Tous les lecteurs de ce blog de traduction comprendront aisément.

Du côté des traducteurs, c’est l’effervescence. 25 ouvrages environ sont en cours de traduction ou d’impression, dont une quinzaine de romans! Quatorze traducteurs et traductrices font une croix sur leurs vacances estivales pour vous offrir cet hiver et au printemps prochain de quoi vous faire enfin une opinion sur la littérature produite dans ce pays plutôt mal connu.

J’ai une conviction : cet honneur fait à la littérature roumaine ne représente que le début d’une reconnaissance. Pour apprécier une littérature étrangère, encore faut-il pouvoir en apprécier la diversité, en connaître les auteurs, non? Comment se faire une idée de la vivacité d’une culture quand on ne publie péniblement que quatre ou cinq traductions par an, dont une petite partie seulement d’auteurs contemporains?

A bientôt donc, pour parler romans, essais, théâtre…

Pour ma part, je retourne à la traduction de mes ouvrages en cours!

 

Atelier de traduction à Bruxelles

Samedi 3 mars, en marge du salon du livre de Bruxelles, l’ICR organisait un atelier de traduction. Je m’y suis rendue, car cela m’intéressait de travailler sur le dernier roman de Dan Lungu intitulé « En enfer toutes les ampoules sont grillées ».

Un régal de cogiter à plusieurs sur les questions que pose un texte littéraire quand il s’agit de le traduire.

Dès le titre, le roman de Dan Lungu pose un problème insoluble à notre confrère Jan Willem Bos (Pays Bas) qui ne voit pas comment trouver un mot équivalent à « ampoule » car dans sa langue, le seul terme existant est excessivement technique…

Nous avons un peu discuté aussi sur les différents synonymes choisis par Dan Lungu pour évoquer l’épouse de son narrateur au lever, un dimanche matin… Le héros du roman ne reconnaît tout simplement pas celle qu’il épousa quelques années plus tôt. Sous le coup de la surprise, il parle entre autres de « făptură » et de « creatură » mais aussi de « fiinţă »… Les trois mots viennent du latin et sont assez transparents mais nous découvrons tout un éventail de nuances.

« Creatura », en latin, c’est la création comme résultat supposant un créateur, un fondateur. La définition roumaine reprend ce sens-là d’ « être vivant » par rapport à son créateur et donne à ce terme une nuance péjorative assez évidente de marionnette ou de poupée. Bref, dans l’esprit du narrateur, ce qui se trouve allongé là dans mon lit est doté de capacités cognitives mais allez savoir si ça a une volonté propre ou si ça ne va pas se transformer en autre chose…

En français aussi on peut choisir d’utiliser le terme de « créature » pour désigner une femme et on exprimera ainsi un certain mépris, de la jalousie peut-être ou tout simplement, on signifiera l’étrangeté… jusqu’à utiliser ce mot pour parler de « créatures extraterrestres »….

Dans le dictionnaire bilingue, la définition commence par « créature » et donne ensuite seulement le mot « être ».

Or, dans le texte du romancier roumain, c’est bien un sentiment d’étrangeté que le narrateur éprouve à l’égard de la femme qui partage son lit. Elle lui semble tombée du ciel… ou surgie des enfers.

« Factura », toujours en latin, c’est ce qui est fabriqué, c’est l’œuvre. D’où la définition roumaine de « făptură » qui donne à la fois l’être, la chose vivante mais insiste aussi sur l’aspect extérieur, la conformation, la structure et donne également la nature.

Dans le dictionnaire bilingue, la définition commence par  « être »  et donne ensuite seulement le mot  « créature » … Vive les dico bilingues!

Dan Lungu utilise un troisième mot quasi synonyme !

Fiinţă.

Là encore, le mot vient du latin, d’une forme de « facio », « être fait », « se produire », « être » tout court. Ça se corse.

En français, on se retrouve avec deux mots seulement pour trois notions : être et créature pour fiinţă, făptură et creatură. Je tire de derrière les fagots le mot « personne » qui prouve bien qu’il y a quelqu’un derrière le texte traduit… Une pirouette pour nous en sortir, avant de nous trouver nez à nez devant le texte entier du roman. Là, nous aviserons.

Notre discussion dans le salon blanc et ensoleillé donnant sur un jardin bruxellois impliquait 5 traductrices et traducteurs ayant une expérience différente de la traduction.

Aucun de nous ne s’est amusé à rendre sur le champ une version tenant la route car ce n’est pas l’enjeu direct de ce type de rencontres de traducteurs. Mais nous nous sommes posé des questions… Nous avons réfléchi au sens du texte et à sa facture littéraire, nous avons fait un travail de lecteur expert car c’est là que se trouve le cœur de notre métier.

Finalement, quelles furent nos conclusions ?

Dan Lungu utilise avec finesse ces trois mots en fonction du degré d’étrangeté ressenti par son héros. A chacun de nous d’en capter les couleurs pour les peindre dans sa langue…

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De gauche à droite: Dan Lungu, Nicoleta Esinencu et Jan Willem Bos.

©Photo Laure Hinckel

 

 

Le Figaro littéraire : une enfance pieusement léniniste

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Paru aujourd’hui, 8 mars 2012, dans Le Figaro littéraire, sous la signature d’Astrid de larminat.

Morceaux choisis :

« Un joyau littéraire nous arrive de Moldavie, le premier roman d’une sorte de génie polyvalent. »

« Cette oeuvre polymorphe -poétique, romanesque, dramatique- témoigne d’une enfance soviétique dans un univers immense mais étouffant. »

« …il y a quelque chose de mystérieusement radieux dans l’univers du moine Savatie Bastovoi »

Atelier de traduction à Bruxelles – suite

Nous avons aussi travaillé sur le texte de Nicoleta Esinencu, « 7 km – De Chisinau au septième kilomètre ».

Ce texte dont j’espère qu’il sera un jour lu sur scène a été publié en français dans le recueil Odessa Transfer – chroniques de la Mer Noire en septembre dernier par les éditions Noir sur Blanc. Je l’ai traduit mais les autres traducteurs réunis à Bruxelles ne le connaissaient pas. D’où l’intérêt de se pencher dessus.

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©Photo Laure Hinckel

Les 30000 signes de ce cri rauque adressé aux boucheurs de frontières et aux destructeurs de rêves s’étirent comme une arête de poisson. Fer à gauche, pas de ponctuation, pas de majuscules. Rien que le rythme.

Quand j’ai su que j’avais la possibilité de rencontrer Nicoleta Esinencu en allant à Bruxelles, j’ai écrit quelque part sur Facebook qu’après avoir écouté sa voix dans ma tête pendant que je traduisais le texte, j’allais l’entendre en vrai. Quelle surprise, quand j’ai constaté que le râle du texte était la voix rauque de Nicoleta dans la vie. Derrière les yeux bleus et sous la tignasse presque rousse, j’ai replacé le flux et le reflux des mots qui rouillaient les pages. Comme les vagues de la mer Noire à Odessa ou à Constanţa. Comme les souvenirs d’enfance rayés, hachurés, égrenés : comme des milliers d’enfants, l’auteur, née en Moldavie allait à Odessa à la mer, puis les événements historiques ont changé la donne, plus de plage et à la place la guerre, la haine et les trafics.

brusquement encore toutes les rues changent de nom

les trains changent de destination

les gens changent de passeport

les russes deviennent ennemis

les moldaves roumains

les roubles deviennent des coupons

les coupons deviennent des lei

les communistes deviennent des démocrates

les camarades deviennent des messieurs

la milice devient la police

et tous deviennent chrétiens

les américains deviennent amis

 

(…)

quand tu te rends au bureau des passeports

pour obtenir ta carte d’identité

et pouvoir aller à la mer

à odessa

à constanţa

là-bas dans le bureau des passeports

personne ne travaille

parce qu’il y a un arrivage de parfums à moitié prix

d’odessa

du седьмой километр, du « kilomètre 7 »

et tout le monde achète du parfum

et tous les bureaux sont fermés

 

quand enfin

tu obtiens ta carte d’identité

et que tu veux prendre un billet

pour odessa

tu apprends que tu ne peux plus aller à odessa

avec ta carte d’identité et que depuis peu

tu as besoin d’un passeport

 

quand tu te rends au bureau des passeports

pour en obtenir un

et aller à la mer

à odessa

ou à constanţa

là-bas au bureau des passeports

personne ne travaille

parce qu’il y a un arrivage de porc

une moitié de porc

sur la table de la secrétaire

dans l’antichambre

une moitié de porc

débitée à la hache par un gars de la security

d’abord

2 kilos de viande maigre

pour la chef de bureau

Nos discussions ont beaucoup porté sur des détails de forme mais aussi sur la portée du témoignage. Ici et aujourd’hui, les lecteurs saisissent-ils tous les aspects du texte ? On s’est arrêtés sur l’affaire des jeans. Que le grand frère décolore :

il a pris tous les galets ramenés par maman

les cailloux d’odessa

 

parce que les jeans véritables doivent être élimés

et qu’en fait c’est ça la perestroïka

il a rajouté

Moi je ne rajoute rien après ça.

Sauf que depuis samedi, j’ai lu le roman de Sofi Oksanen, Purge.  Les mêmes failles identitaires traversent l’histoire des deux femmes estoniennes narrée par l’auteur finlandaise et la vie de la romancière et dramaturge Nicoleta Esinencu. L’histoire ballottée est la même. La réserve de douleur est intacte aussi. A suivre.

ps: Fuck you Eu.ro.pa ! et Sans sucre, sont traduits du roumain par Mirella Patureau auxMères sans chatte, traduit du roumain par Mirella Patureau est un monologue joué en novembre 2008 au Centre Culturel Suisse de Paris.

ATLF : un blog pour les traducteurs

C’est tout frais. L’ATLF lance aujourd’hui son blog, outil complémentaire à Translittérature. On y trouve toutes les raisons de l’épingler dans ses favoris!

En plus des classiques Actualité de la traduction, des infos concernant l’Association, on y trouve des Coups de coeur des traducteurs qui sont, on le sait bien, les premiers lecteurs, et puis, ce que j’adore, La forge des traducteurs et La malle aux trésors. Les traducteurs se livrent, aussi, et puis des textes plus profonds peut-être, dans un chapitre intitulé Sur la traduction… Dont l’intitulé me rappelle des démêlés au sujet du titre d’un livre que j’ai traduit… Bref.

Bienvenue au Blog de l’ATLF et n’hésitez pas, allez-y!

La Vie : 1, rue Lénine le moine est écrivain

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L’hebdomadaire La Vie publie aujourd’hui un grand reportage signé Marie Chaudey. Huit pages illustrées avec les photos de Lionel Charrier, un des fondateurs de l’agence Myop et co-organisateur d’un festival photo à Tbilissi…

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Les journalistes et moi avons passé deux magnifiques journées  avec l’auteur qui est retourné, à notre demande, et pour la première fois depuis plus de vingt ans, sur les lieux de son enfance. L’école, la bibliothèque, les collines. Et le monastère..

Je n’en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de la lecture.

Bonne découverte!

Les lapins ne meurent pas, chez le blogueur D. Fattore

Daniel Fattore  publie sur son blog littéraire une très bonne critique du roman de Savatie Bastovoi.

Si vous ne connaissez pas Daniel Fattore le blogueur, je vous invite à corriger cette erreur gravissime…

Bonne lecture!

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Culture pope

Titre ingénieux, sous la plume de Sylvain Tesson aujourd’hui dans Le Point, pour évoquer le roman de Savatie Bastovoi!

Le point 9 fevrier 2012

Le Monde : Une ode aux enfants soviétiques devenus grands

Lemonde papier

couv bastovoi

Et pour épargner vos yeux… La version du site internet du Monde

De la petite République de Moldavie, ex-confetti de l’empire soviétique et soeur siamoise de la province roumaine du même nom, on ne connaît en France que de rares écrits. Le violent poème Km 7 de la dramaturge Nicoleta Esinencu a été publié, l’an dernier, dans le recueil collectif Odessa Transfer. Chroniques de la mer Noire (Noir sur Blanc). Quelques romans en langue roumaine ont été traduits en français : Je suis une vieille coco, de Dan LunguChewing-gum, de Lucian Teodorovici, ou Pas question de Dracula, de Florin Lazarescu (tous trois chezJacqueline Chambon). Mais ces trois auteurs sont d’Iasi, ils sont des « Roumains de Roumanie »…

Savatie Bastovoi, lui, est né à Chisinau, la capitale de la Moldavie. Les lapins ne meurent pas est donc le premier roman moldave publié en français – le premier depuis l’indépendance (1991) de ce pays déshérité. On y trouve des lapins, bien sûr, mais aussi beaucoup de forêts et pas mal de Lénine. Le héros est un gamin de la campagne, un écolier des années 1980, époque où les gentils soldats de l’Armée rouge « fraternisent avec les gens simples d’Afghanistan », qui leur racontent« en faisant des signes » l’inhumaine « cruauté du capitalisme », ce « corbeau noir » qui rêve d’écarteler la « colombe de la paix ».

Né en 1976, Savatie Bastovoi a connu cette époque. Son père, professeur de philosophie, lui a inculqué – non sans succès, dans un premier temps – ses propres convictions d’athée scientifique. Mais le futur écrivain, qui a fait une partie de ses études à Iasi et une autre à Timisoara, dans la Roumanie de Ceausescu, a probablement lu Cioran et, très certainement, Ionesco. Sa manière de restituer la propagande stalinienne, martelée dans les écoles tant moldaves que roumaines, n’est en rien dogmatique : elle relèverait plutôt de la poésie de l’absurde. Le titre du roman est d’ailleurs extrait d’un des dialogues, ubuesques et farfelus, entre le garde forestier Makarici et une figure imaginaire de Vladimir Ilitch (Lénine), les deux personnages se disputant avec véhémence au sujet des lapins et de leur nature présumée éternelle. C’est qu’on se bagarre sans cesse, dans ce livre. Contre sa propre conscience, le plus souvent.

Sasha, héros principal du récit, est un élève malheureux : à travers ses efforts maladroits (et vains) pour « bien faire » à l’école, se révèlent la brutalité et la grossière inattention à l’égard des enfants, dont font preuve les enseignants d’alors, effrayants gardes-chiourmes à la taloche facile. Bastovoi a lui-même souffert de l’arbitraire des adultes quand il était lycéen : à la demande d’un enseignant, le jeune Stefan (il prendra plus tard le prénom de Savatie) a été interné dans un hôpital psychiatrique. Il a tiré de cette expérience un recueil de poèmes, « Un Valium pour Dieu » (non traduit), dont la publication lui apportera un début de notoriété. Le jeune héros de son roman, lui, sait à peine écrire.

Enfermé dans la pauvreté de sa langue, Sasha ne trouve de paix que dans la forêt. Il s’imagine que Dieu y a taillé, en douce, une échelle secrète pour monter au ciel. Mais ses rêves tournent court. Roman sombre, Les lapins ne meurent pas est dédié aux « enfants soviétiques devenus grands ». Il diffuse pourtant une puissante lumière : celle d’une écriture formidablement charpentée et fine. En témoignent les courts passages, qui viennent s’incruster, telles des énigmes, dans le récit principal : une petite fille et son père marchent dans la campagne et, dans leurs yeux, on contemple « un large horizon de fleurs jaunes et orange, dont les feuilles descendaient jusqu’au sol, douces comme des bonbons ». Devenu prêtre en 2002, Savatie Bastovoi vit dans un monastère ; il dirige une maison d’édition et enseigne l’iconographie au séminaire de théologie de Chisinau.


LES LAPINS NE MEURENT PAS (IEPURII NU MOR) de Savatie Bastovoi. Traduit du roumain (Moldavie) par Laure Hinckel. Jacqueline Chambon, 300 p., 22 €.

Catherine Simon