Mais c’est quoi, la littérature roumaine, aujourd’hui? (2014-2015)

Par Laure Hinckel dans Blog 30 Nov 2015

On me pose souvent les questions suivantes à propos de mon métier : « de la littérature roumaine? Il y a quoi comme auteurs là-bas? », ou « C’est un pays où ils écrivent en alphabet russe, non? » ou tout simplement : « Mais pourquoi je n’ai aucun nom d’auteur roumain en tête? »

Voilà pourquoi je fais régulièrement l’inventaire de toutes les traductions qui paraissent en français et que mes collègues, les autres traducteurs de littérature roumaine et moi-même nous efforçons de faire connaître. Souvent, nous avons l’impression de nous heurter à un vide sidéral de méconnaissance, de désintérêt ou d’incompréhension, dans le monde éditorial et auprès du public.

Heureusement, on trouve tout de même des libraires et des critiques qui ont envie de savoir ce qui se trouve derrière ces titres et ces noms. Nos livres sont très peu diffusés. Il y a aussi peu de chance de tomber par hasard sur une traduction du roumain en se promenant dans une librairie que de gagner au loto… ou presque. Et c’est logique, puisque, à la sortie d’une nouvelle traduction, personne ne se précipite pour voir ce que c’est… Le livre disparaît vite des étagères. Et personne ou presque ne considère encore comme légitime d’offrir un « fonds contemporain » qui permettrait au grand public de s’arrêter, par curiosité, sur un titre traduit du roumain… Alors la spirale négative s’enclenche et les éditeurs craignent aujourd’hui d’investir dans la publication de nouvelles traductions.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Suis-je trop amère? Est-ce le destin commun des « petites littératures »? Ou de l’édition aujourd’hui? Et si vous avez vu l’un de ces livres en librairie ou sur internet, cela vous a-t-il donné envie de les lire? Si vous les avez lus, vous les avez aimés ? Détestés? A vous de réagir. C’est important de savoir.

Adam et ève

adam et eve rebreanu

Liviu Rebreanu

Traduit par Jean-Louis Courriol

Editions Cambourakis

Paru en octobre 2015

Coutures

Mysjkin-144-181x300

Doina Ioanid

Traduit par Jan Mysjkin

Editions L’Arbre à paroles
Paru en juin 2015

Poésies

Eminescu

 

Mihai Eminescu

Traduit par Jean-Louis Courriol

Editions Non Lieu
Paru en juillet 2015

La ventolière en plastique

la ventoliere

Marius Chivu

Traduit par Fanny Chartres

M.E.O

Poèmes et oeuvres

en plastique de Dan Stanciu

Paru le 4 août 2015

 

Qui veut la peau d’Andreï Mladin?

arion andrei mladin

George Arion (1946 – …)

Traduit par Sylvain Audet-Gainar

Genèse éditions, Bruxelles

Roman

Paru le 13 février 2015

Sara

sara

Stefan Agopian (1947 – …)

Traduit et préfacé par Laure Hinckel

Editions J. Chambon

Roman

Paru le 4 février 2015

 

Les autres histoires d’amour

hisoitre d amour

Lucian Dan Teodorovici (1975 – …)

Editions Gaia

Traduit par Laure Hinckel

Roman

Paru le 4 février 2015

Traité de l’Etre

traite de l etre

Corneliu Mircea

Editions Kimé

Traduit par Maria Tenchea 

Philosophie

Paru le 13 janvier 2015

Les vies parallèles

vies paralleles

Florina Ilis (1968 – …)

Syrtes

Traduit par Marily le Nir

Roman

Paru le 15 janvier 2015

 

Aventures dans

l’irréalité immédiate

aventure irrealite

Max Blecher (1909 – 1938)

L’Ogre

Traduit par Elena Guritanu

Roman

Paru le 6 janvier 2015

L’anonyme flamand

mateescu anonyme

Constantin Mateescu

Traduit par Mariana Cojan-Negulescu

Le Soupirail

Roman

Paru le 12 décembre 2014

Le Levant

Le levant

Mircea Cartarescu (1956 – …)

Traduit par Nicolas Cavaillès

POL

Poème

Paru le 28 novembre 2014

 

Boucles d’oreilles, ventres et solitudes

doina ioanid oreilles

Doina Ioanid (1968 – …)

Traduit et préfacé par Jan H. Mysjkin

Cheyne

Poèmes en prose

Paru le 10 novembre 2014

Esclaves sur Uranus

esclaves uranus

Ioan Popa

Traduit par Florica Courriol

Editions Non Lieu

Paru le 1 novembre 2014

 

Ballades & doïnas : poésie orale roumaine

poesie orale roumaine

Traduites par Benoît-Joseph Courvoisier

Editions Folle avoine

Paru le 22 septembre 2014

La sexagénaire et le jeune homme

nora iuga

Nora Iuga (1931 – …)

Traduit par Claude Murtaza

Le Square

Roman

Paru le 15 août 2014

Solitarité, suivi de La tigresse 

 carbunaru
Gianina Carbunariu

Traduit par Mirella Patureau et Alexandra Lazarescou

Actes Sud Papiers

Théâtre

Paru le 4 juin 2014

Sujets français

sujets francais

Nicolae Manolescu (1939 – …)

Traduit par Dominique Ilea

Gingko

Anthologie d’essais

Paru le 14 avril 2014

  • Țăndărică (à censurer, vite ! ) 8 février 2016 at 16:45 / Répondre

    Pas de place pour l’esprit critique donc. Vitrine bien lustrée et presque pas de lecteurs ! Vive l’ICR et donc à bas l’austérité !

  • Țăndărică 8 février 2016 at 09:02 / Répondre

    Le club reste bien fermé et la poésie se fait prose (cf. Le Levant).

    Bonnes lectures,

    « Tandarica », qui sera probablement censuré(e).

  • helene lenz 3 décembre 2015 at 14:41 / Répondre

    Très beau, très intéressant, vivant, à jour, soigné. Un travail colossal qui devrait être référencé par tous bibliothécaires, sitographes, spécialistes de littérature générale, contemporaine, roumaine, d’Europe de l’est etc.
    Félicitations en public comme en privé, Laure!

    • Laure Hinckel 5 décembre 2015 at 17:35 / Répondre

      Merci Hélène, c’est vrai, j’y ai bien travaillé… J’ai encore des choses à améliorer. D’ailleurs, depuis ton commentaire, j’ai écrit deux petits textes pour agrémenter mon porfolio.

  • Yvonne 3 décembre 2015 at 00:43 / Répondre

    La couverture du livre de Marta Petreu mis en avant sur ton site, Laure, m’a attirée et j’ai fouillé un peu …J’ai été stupéfaite par la critique fielleuse de Tandarica ( ?) à propos de la traduction,sur Babelio. En as-tu eu connaissance ? N’étant pas traductrice, je ne peux que me douter de l’énorme travail que ça représente (pour « l’aile tatouée » par exemple) et du sentiment douloureux d’une certaine paternité de l’oeuvre mais sans vraiment l’avoir conçue : une espèce de Gestation pour autrui , non ?
    Etant vraiment Béotienne en la matière (comme dit Geneviève) je me trompe peut-être ? En tout cas le rôle des traducteurs me fascine .
    Bises et à bientôt j’espère

    • Laure Hinckel 5 décembre 2015 at 17:43 / Répondre

      Je suis contente que tu aies cherché à en savoir plus sur le roman de Marta Petreu : cette poétesse et romancière est une des femmes qui m’a le plus marqué dans ma vie. Je ne l’ai pourtant rencontrée qu’à trois ou quatre reprises. Le souvenir le plus fort peut-être est celui d’une rencontre avec des collégiens à la Rochelle en 2005: j’ai vu des élèves – et surtout un grand garçon dont le visage ne quittera jamais ma mémoire – littéralement transfigurés pendant la lecture à voix haute de ses poèmes qui peuvent pourtant être qualifiés de durs par certains lecteurs adultes.

  • Roxana 1 décembre 2015 at 14:26 / Répondre

    Bonjour Laure,

    Un grand merci pour tout ce que tu fais pour faire connaître notre belle littérature et ses auteurs talentueux.
    En effet, trouver un livre d’auteur roumain dans certaines librairies est un réel combat. Soit il n’y a en tout simplement pas, ni vu ni connu, donc il faudrait les faire commander et encore il faut bien que la maison puisse les procurer, soit on doit se mettre à quatre pattes (oui, vous avez bien lu) pour accéder aux étagères presque plus bas que terre réservées à ce type de littérature étrangère. Vous ne voyez pas? Là où dans un supermarché on range habituellement les produits « pas chers » mais marqués « bien vu ». Ha, ha! ça se mérite!
    Heureusement il y a des libraires indépendants, dont le mien et je vais même lui citer le nom, La cadran solaire, qui sont très à jour sur la question et affichent fièrement les derniers petits bijoux en matière de plumes venant d’ailleurs.
    Mais en règles générales, il faudrait préparer à l’avance (tout comme la liste de courses) sa visite en librairie lorsque l’on cherche un auteur roumain.
    Non, Laure, tu n’es pas trop amère. Je dirais plutôt pas assez et pas la seule.

Laisser un commentaire