Un plan d’évasion

La suite de mes notes…

Reprise ce matin. 25 janvier.

… »imprumutat la reciproc » : ah ah, je parie que nombre de traducteurs (mais pas ceux qui ont déjà traduit Orbitor) vont se poser la question de ce que cela signifie… Les parents du narrateur ont fait un emprunt, un crédit, auprès de la « caisse d’aide réciproque », une sorte de fond mutuel qui existait avant 1989, à l’époque communiste en Roumanie… Je connais ce genre de choses mais je ne sais pas moi-même quoi faire de cette précision, ici.

Finalement, j’avoue que je ne vois pas l’intérêt d’être aussi exacte. Une note en bas de page est exclue. Pour les lecteurs français, ce sera donc « Ils ont pris un crédit dont ils paient encore les mensualités ».

Je prends donc le parti « cibliste » … à moins qu’il ne s’agisse de bon sens ? Je nourris juste un peu plus la part des anges.

Dans ce magnifique chapitre 8 où je suis encore se trouvent narrées les deux fameuses histoires qui ont profondément marqué l’enfance du jeune prof de roumain : celle du moujik dont la femme a disparu sans laisser de traces dans la neige et celle du bagnard auquel on révèle à coup de toc-toc dans le mur, le plan qui lui permet de s’évader. Le livre entier est un plan d’évasion.

PTAP : Préparation de la jeunesse à la défense de la patrie : j’avais fait une note que j’ai ensuite enlevée. Après avoir été partisane des notes en bas de page, je pense qu’il faut les éviter le plus possible. J’ai inséré la précision dans le texte.

Je viens de faire une plongée dans l’anatomie des étoiles de mer… J’ai consulté le dictionnaire encyclopédique, lu la page Wikipédia des étoiles-de-mer et j’ai fini par regarder une vidéo étonnante montrant précisément ce que l’auteur écrit : l’étoile de mer déverse une sorte d’estomac sur sa proie, pour parvenir à la digérer.

Ce n’est pas que l’auteur s’engage dans une étude des étoiles de mer, mais il écrit :    

« Îmi vărsam conţinutul mental peste el, cum digeră stelele-de-mare câte- un cuib de scoici. » Littéralement : « J’y versais mon contenu mental, comme les étoiles de mer digèrent un nid de coquillages »Résultat de recherche d'images pour "coquillage"

J’écris donc rapidement : « J’y versais mon contenu mental, comme les étoiles de mer digèrent des coquillages » mais je ne comprends pas moi-même ce que je viens d’écrire. Ce n’est qu’après la petite recherche que je peux modifier mon premier jet, et cela donne : « J’y versais mon contenu mental, comme les étoiles de mer déversent leur estomac à l’intérieur d’un coquillage pour le digérer »

Là, cela devient trop explicatif, très lourd, faux. Je me perds. Impossible.

Finalement, je trouve : « J’y versais mon contenu mental, comme les étoiles de mer déversent leur estomac capable de digérer des coquillages. »

C’est bizarre, mais la phrase finale paraît toujours étrangement simple. Comme si, en traduisant, on passait par l’éparpillement de la pensée, avant de replacer les pièces du puzzle,  d’une évidence implacable.

Le début de ce chapitre 8 est vraiment un superbe éloge de la lecture, vue comme le désir viscéral d’avoir les « clés de toutes les boîtes aux lettres », car les livres rangés dans une bibliothèque évoquent à l’enfant la vision des rangées de boîtes destinées au courrier, dans les halls des immeubles : « Chaque livre était une fente par laquelle je regardais dans la tête d’un homme ».

Plus loin, il évoque l’osmose entre son cerveau et celui des auteurs dont il lit les livres avec avidité. Il compare ce rapprochement à une digestion prédatrice, comme celle de l’innocente étoile de mer. Cela m’aura donné un peu de fil à retordre. Un genre de contorsion de la curiosité bien nécessaire, pour digérer l’image particulièrement originale.

…à suivre, demain, même heure

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