Atelier de traduction à Bruxelles – suite

Nous avons aussi travaillé sur le texte de Nicoleta Esinencu, « 7 km – De Chisinau au septième kilomètre ».

Ce texte dont j’espère qu’il sera un jour lu sur scène a été publié en français dans le recueil Odessa Transfer – chroniques de la Mer Noire en septembre dernier par les éditions Noir sur Blanc. Je l’ai traduit mais les autres traducteurs réunis à Bruxelles ne le connaissaient pas. D’où l’intérêt de se pencher dessus.

nicoleta esinencu

©Photo Laure Hinckel

Les 30000 signes de ce cri rauque adressé aux boucheurs de frontières et aux destructeurs de rêves s’étirent comme une arête de poisson. Fer à gauche, pas de ponctuation, pas de majuscules. Rien que le rythme.

Quand j’ai su que j’avais la possibilité de rencontrer Nicoleta Esinencu en allant à Bruxelles, j’ai écrit quelque part sur Facebook qu’après avoir écouté sa voix dans ma tête pendant que je traduisais le texte, j’allais l’entendre en vrai. Quelle surprise, quand j’ai constaté que le râle du texte était la voix rauque de Nicoleta dans la vie. Derrière les yeux bleus et sous la tignasse presque rousse, j’ai replacé le flux et le reflux des mots qui rouillaient les pages. Comme les vagues de la mer Noire à Odessa ou à Constanţa. Comme les souvenirs d’enfance rayés, hachurés, égrenés : comme des milliers d’enfants, l’auteur, née en Moldavie allait à Odessa à la mer, puis les événements historiques ont changé la donne, plus de plage et à la place la guerre, la haine et les trafics.

brusquement encore toutes les rues changent de nom

les trains changent de destination

les gens changent de passeport

les russes deviennent ennemis

les moldaves roumains

les roubles deviennent des coupons

les coupons deviennent des lei

les communistes deviennent des démocrates

les camarades deviennent des messieurs

la milice devient la police

et tous deviennent chrétiens

les américains deviennent amis

 

(…)

quand tu te rends au bureau des passeports

pour obtenir ta carte d’identité

et pouvoir aller à la mer

à odessa

à constanţa

là-bas dans le bureau des passeports

personne ne travaille

parce qu’il y a un arrivage de parfums à moitié prix

d’odessa

du седьмой километр, du « kilomètre 7 »

et tout le monde achète du parfum

et tous les bureaux sont fermés

 

quand enfin

tu obtiens ta carte d’identité

et que tu veux prendre un billet

pour odessa

tu apprends que tu ne peux plus aller à odessa

avec ta carte d’identité et que depuis peu

tu as besoin d’un passeport

 

quand tu te rends au bureau des passeports

pour en obtenir un

et aller à la mer

à odessa

ou à constanţa

là-bas au bureau des passeports

personne ne travaille

parce qu’il y a un arrivage de porc

une moitié de porc

sur la table de la secrétaire

dans l’antichambre

une moitié de porc

débitée à la hache par un gars de la security

d’abord

2 kilos de viande maigre

pour la chef de bureau

Nos discussions ont beaucoup porté sur des détails de forme mais aussi sur la portée du témoignage. Ici et aujourd’hui, les lecteurs saisissent-ils tous les aspects du texte ? On s’est arrêtés sur l’affaire des jeans. Que le grand frère décolore :

il a pris tous les galets ramenés par maman

les cailloux d’odessa

 

parce que les jeans véritables doivent être élimés

et qu’en fait c’est ça la perestroïka

il a rajouté

Moi je ne rajoute rien après ça.

Sauf que depuis samedi, j’ai lu le roman de Sofi Oksanen, Purge.  Les mêmes failles identitaires traversent l’histoire des deux femmes estoniennes narrée par l’auteur finlandaise et la vie de la romancière et dramaturge Nicoleta Esinencu. L’histoire ballottée est la même. La réserve de douleur est intacte aussi. A suivre.

ps: Fuck you Eu.ro.pa ! et Sans sucre, sont traduits du roumain par Mirella Patureau auxMères sans chatte, traduit du roumain par Mirella Patureau est un monologue joué en novembre 2008 au Centre Culturel Suisse de Paris.

ATLF : un blog pour les traducteurs

C’est tout frais. L’ATLF lance aujourd’hui son blog, outil complémentaire à Translittérature. On y trouve toutes les raisons de l’épingler dans ses favoris!

En plus des classiques Actualité de la traduction, des infos concernant l’Association, on y trouve des Coups de coeur des traducteurs qui sont, on le sait bien, les premiers lecteurs, et puis, ce que j’adore, La forge des traducteurs et La malle aux trésors. Les traducteurs se livrent, aussi, et puis des textes plus profonds peut-être, dans un chapitre intitulé Sur la traduction… Dont l’intitulé me rappelle des démêlés au sujet du titre d’un livre que j’ai traduit… Bref.

Bienvenue au Blog de l’ATLF et n’hésitez pas, allez-y!

Culture pope

Titre ingénieux, sous la plume de Sylvain Tesson aujourd’hui dans Le Point, pour évoquer le roman de Savatie Bastovoi!

Le point 9 fevrier 2012

Traduire à Venise

L’Institut culturel roumain a concocté des ateliers de traduction pour les despérados qui, comme moi, ont choisi de traduire dans leur langue des oeuvres littéraires roumaines. C’est encore tellement confidentiel! On forme presque une société secrète…

Nous réunir à Venise est une sublime idée.

Voici le communiqué annonçant ces Ateliers à Venise.

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 LITERODROMUL BABEL

Ateliers de traduction par et pour les traducteurs de littérature roumaine

Venise

 

Entre le 4 et le 11 juillet 2010, le Centre National du Livre de l’Institut Culturel Roumain (ICR) et l’Institut roumain de la culture et des humanités de Venise organisent une manifestation baptisée le LITERODROMUL BABEL.

Cette semaine d’ateliers réunira des traducteurs de littérature roumaine provenant de plusieurs espaces linguistiques : Bulgarie, France, Allemagne, Israël, Italie, Pays Bas, Pologne et Hongrie.

L’objectif principal de ce projet est de développer le réseau des traducteurs de littérature roumaine et de créer des synergies pour propulser cette littérature sur le circuit international des lettres.

Les participants sont ou ont été des bénéficiaires des programmes de bourse pour les traducteurs – professionnels et en formation – mis en place par l’Institut Culturel roumain de Bucarest. Ils auront l’occasion de se rencontrer et de mettre en commun leurs expériences personnelles de traducteur aux prises avec les stratégies de traduction et de promotion de la littérature roumaine hors de ses frontières.

Les traducteurs invités à Venise sont : Laure Hinckel (France), Gerhardt Csejka (Allemagne), Jan Willem Bos (Pays Bas), Joanna Kornas-Warwas (Pologne), Any Shilon (Israel), Lora Nenkovska (Bulgarie), Jan Cornelius (Allemagne), Mihaly Lakatos (Hongrie), ainsi que les jeunes traducteur italiens Roberto Merlo, Anita Natascia Bernacchia, Danilo De Salazar, Giovanni Magliocco, Ileana Maria Pop, Maria Luisa Lombardo, Aronne Mapelli, Serafina Pastore, Mauro Barindi.

Les ateliers de traduction seront honorés de la présence de Simona Popescu et de Dan Lungu, deux des écrivains roumains les plus importants et également les plus traduits. Ils exprimeront leur point de vue d’auteur roumain concernant la traduction de leurs textes. Les traducteurs présents identifieront des problèmes de traductibilité à l’occasion de séances de travail sur les textes des deux auteurs et proposeront des solutions pour les dépasser.

Les participants aborderont en séance des thèmes comme le problème de la langue familière ou populaire, la réception des traductions, les problèmes de traduction que posent l’humour  et la situation comique en littérature, le problème de la confession religieuse du traducteur, les différences culturelles dans la traduction, la traduction des obscénités.

Les sessions de travail se dérouleront dans la salle de conférence „Marian Papahagi” de l’Institut roumain de la culture et des humanités de Venise et seront encadrées par  Dana Bleoca, directrice adjointe du Centre National du Livre de Bucarest, par l’écrivain et traducteur Florin Bican et par Monica Joiţa, directrice de l’ICR de Venise.

Caragiale, Les Craïdons

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Cette échoppe est doublement intéressante. Il y a d’abord la plaque: « Dans cette maison le poète Mihai Eminescu a oeuvré en tant que rédacteur en chef du journal Timpul en 1880-1881 ». Mihai Eminescu est LE grand poète romantique roumain.

Et puis l’enseigne:  « Craii de Curtea Veche »… Elle m’a intriguée. Elle arbore  le titre d’un livre immensément célèbre de la littérature roumaine. Mateiu Caragiale raconte les aventures de trois compères dans un style aux sonorités si envoûtantes qu’on en mémorise avec facilité des passages entiers.

J’ai traduit quelques extraits de ce roman dans une anthologie  de textes publiée ce printemps par l’Institut culturel Roumain à l’occasion du Salon du Livre de Paris.

Je vous en propose un passage :

« Elle vivait encore, mais dans l’oubliance, la célèbre Sultana Negoianu ; comme incarnation seconde, fruit d’un sortilège, elle avait été contrainte à se survivre, la fière amazone qui en peu d’années était parvenue, et ce n’était alors pas chose aisée, à scandaliser, par sa luxure, les principautés encore désunies. Je connaissais son passé, l’énigme du troublant sourire de son portrait m’avait donné envie de l’étudier –ce tumultueux passé qui avait ployé de honte le nom de la grande lignée dont elle demeurait l’unique et dernière descendante – et je l’avais étudié comme si j’avais su qu’un jour viendrait pour moi l’occasion de l’écrire. Elle avait été élevée à Genève et à Paris d’où elle était rentrée au pays à l’âge de seize ans avec des modes et des manières qui avaient étonné et suscité le murmure. Sa dot imposante avait convaincu le grand Gouverneur Barbu Arnoteanu de fermer les yeux et de lui demander sa main. Ce fut une union courte et agitée ; encore allaitant le garçon qui deviendrait le Maiorica que l’on connaît, elle avait fui avec un rien du tout en Moldavie où, comme à Bucarest, le tout Iasi l’avait admirée, ondoyant, infatigable dans les bals ou passant, fière, au galop de son cheval, suivie d’une nuée d’adorateurs. Pour persuader le mari abandonné de consentir à faire séparation, elle lui avait offert deux domaines et s’était ensuite mariée avec l’ancien grand-chancelier Iordake Canta, prince russe et candidat malheureux au trône de Moldavie ; union encore moins destinée à perdurer : la vie avec un époux avare et jaloux dans la sauvage solitude du relais de Pandina, perdu dans les forêts profondes des berges du Prut, ne pouvait rien avoir d’enchanteur aux yeux de la folâtre Sultana qui, aussitôt relevée d’avoir mis au monde une fillette, Pulcheria, était partie, en cachette et sans pensée de retour, à Bucarest. Au prix de deux autres domaines elle s’était trouvée derechef la bride sur le col ; elle n’avait plus l’intention de se le laisser brider. Et elle avait vécu. Tout aussi généreuse de son corps que de ses biens, comme en proie à la furie dévorante d’une rage, elle se l’était laissé saccager, impériale et toujours et encore insatiable, elle l’avait souillé jusques avec des mâtins. Je m’en tiens à noter le rapport entre ce vice et la folie, du reste loin d’être moment isolé, qui n’avait pas tardé à fuser. Un matin de l’automne 1857, elle avait été trouvée errante, cheveux défaits et dévêtue à Herastrau sur les rives du lac. Ah ! oui, j’étais bien obligé de le reconnaître : en me disant que si je voulais un vrai sujet de roman il me faudrait aller auprès des vrais Arnoteanu, Pirgu ne m’avait pas trompé. »

Le titre français de ce roman exceptionnel? Dans ma version inédite, « Les Craïdons ».

Rendez-vous ici dans un prochain billet pour vous donner une explication sur ce choix.

Traduction à l’Esperluette – Cartarescu et Strindberg

Une tonitruante rencontre aura lieu mercredi soir à 19 heures à l’Esperluette, la jolie librairie du centre de Chartres!esperluette.JPG

 

Deux écrivains, deux Europe, deux époques, deux traductrices portant leurs textes : c’est à cette rencontre que nous convie Olivier L’Hostis le libraire. (cliquez sur le lien pour entendre un entretien video sur le site de l’Echo Républicain -c’est très intéressant car on voit un vrai libraire à l’oeuvre).

Voici l’invitation envoyée aux lecteurs par ses soins :

« L’Esperluette vous invite à une rencontre découverte, en compagnie de Elena Balzamo et de Laure Hinckel, des littératures méconnues des pays de l’est de l’Europe et de Scandinavie.

Traductrices, elles évoqueront également leur métier, et le rôle qu’elles ont dans la diffusion de textes de ces pays. Très au-delà de la simple traduction (si tant est que ce soit simple), elles écrivent, lisent, découvrent et défendent des auteurs auprès d’éditeurs français. Et auprès de vous, afin que vous ayez le plaisir de lire des auteurs de grande littérature pas toujours très médiatisée, classique et contemporaine.

Elles vous donneront d’autres envies de lire mercredi 3 février, à 19h à la librairie. »

 

La rencontre permettra de connaître mieux deux ouvrages parus très récemment:

 

Le premier tome de la monumentale correspondance de Strindberg – voir sur le site des éditions Zulma la présentation du personnage et de l’oeuvre. Ce travail a été fait par Elena Balzamo, traductrice chartraine d’adoption – je crois qu’elle nous dira mercredi soir qu’elle y a passé plusieurs années et que son travail de recherche sur la correspondance est inédit dans le propre pays du dramaturge, romancier et nouvelliste suédois. C’est dire l’importance de son travail.

 

Le roman de Mircea Cartarescu, L’Aile tatouée, aux éditions Denoël. Vous savez, vous qui lisez ce blog régulièrement, que cette écriture aux riches reflets m’a portée pendant plus d’une année.

Voici un extrait de la critique parue dans Les Inrockuptibles (n°726) : « Taillé dans le même marbre que les récits de Joyce et Pynchon, L’Aile tatouée a cet éclat des romans à facettes. D’où l’étrange et grisante sensation pour le lecteur de voguer d’une perception à l’autre, dans la multitude des champs visuels que déploie le roman. »

Et  le début de l’article de Bernard Fauconnier dans Le Magazine littéraire : « L’ Aile tatouée clôt la trilogie d’Orbitór, commencée par Mircea Cartarescu il y a quinze ans avec L’Aile gauche. Ce troisième volume, éblouissant, hisse l’auteur roumain au zénith de la littérature européenne. Le corps d’un papillon est un univers à lui seul, comme ce roman initiatique, symbolique, réaliste, spéculaire, philosophique, poétique, et bien d’autres choses encore, écrit, et magnifiquement traduit, dans une prose savante, populaire, lyrique, comique, triviale – mélange de styles, de tons, de niveaux de langue qui réserve de longs moments de délectation. »

 

A mercredi!

Bibliomane, bibliotaphe, bibliognoste : lequel êtes-vous?

Partie sur les traces, hier, de Till Eulenspiegel , autrement dit Til l’Espiègle, je suis tombée sur une édition belge de 1835 dont l’avant -propos, signé par un bibliophile passionné, contient quelques définitions de mots suffisamment rares pour que j’aie envie de les partager ici.

Cette édition n’est, pourtant, pas du tout la meilleure pour savourer les facéties du personnage.

Il faut lui préférer celle de Pierre Jannet, « première traduction complète faite sur l’original allemand de 1519 », car elle est bien plus complète et surtout, bien meilleure.till.JPG

Pour l’instant, ce que je livre à votre sagacité, vous mes lecteurs qui êtes, je le sais, amoureux des livres, ce sont ces quelques lignes :

« On moque le bibliophile et ses soi-disants confrères, le bibliomane, le bibliotaphe et le bibliognoste. Le premier est évidemment plus éclairé et plus utile à la littérature, parce que, ne s’attachant qu’aux bons ouvrages, il rend nécessairement les auteurs plus circonspects, plus difficiles et plus soigneux dans leurs productions.

La bibliomanie est la fureur de posséder des livres, non pas tant pour s’instruire que pour les avoir et pour en repaître sa vue.

 

Le bibliotaphe, mot tiré du grec, comme le précédent, signifie enterreur de livres. Le terme s’applique à ceux qui n’achètent des livres que pour les enfouir et empêcher les autres d’en profiter. Ils sont aux livres ce que les avares sont à l’argent.

 

Bibliognoste : l’on doit ce mot à l’abbé Rive. Le bibliognoste est celui qui ne connaît guère que l’histoire des livres, leurs titres, la date de leurs différentes éditions, le lieu où elles ont été faites, le nom des éditeurs, des imprimeurs etc., enfin, ce qui tient particulièrement au matériel des livres. »

Alors, vous êtes quoi?

Fièvre du vin de centaurée

J’étais en train de traduire, extrait d’un roman, un très joli passage dont l’action se situe dans une apothicairerie, au début du dix-huitième siècle. Le narrateur relate la mésaventure cocasse et, finalement, bénéfique, d’un enfant (lui-même) placé chez un vieillard très sympathique, toujours plongé dans Le poème de la médecine d’Avicenne et grand amateur de remèdes anciens et rares.

 

Et puis voilà mon apothicaire en train d’administrer à son pupille, pour le soigner d’un mal quelconque, un sirop de frigurică. Et le gamin aime tellement ça qu’il en devient accro, un véritable ivrogne….

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Hum hum, quand un traducteur voit poindre la possibilité d’une recherche dans le vaste lexique des végétaux, il se frotte les mains ! Surtout quand s’y rajoute l’énigme d’une plante qui enivre.

 

Sans surprise, je trouve dans le dico roumain le nom latin de la belle – mais vous le cache pour l’instant, histoire de ménager le relatif suspens de cette chronique.

Je trouve assez évident ce que me dit le dictionnaire, frigul le froid, frigurele, la fièvre, avec le diminutif –ică. Tiens, voilà une plante contre la fièvre, un fébrifuge traditionnel.

 

Ça ne me donnait toujours pas le nom de la plante en français.

Erythraea pulchella est une centaurée.

Dans mon texte, la petite centaurée, réputée pour son amertume. On sait depuis les temps anciens que cette amertume est gage, lorsqu’elle vient des plantes, de stimulation de l’immunité, d’ouverture de l’appétit et des voies biliaires, d’élimination des déchets.

Or, dans la médecine traditionnelle, pour faire baisser la fièvre, il faut faire « sortir le mal ». D’où l’emploi très répandu de cette plante amère, comme tant d’autres ayant les mêmes vertus, avec en premier lieu la gentiane, le chardon bénit, l’épinette vinette, le pissenlit, l’artichaut etc.

 

Et mon « sirop de petite centaurée » ? Pourquoi le rend-il ivre, ce pauvre enfant ?

 

Eh bien, « dans nos campagnes », comme on dit, on préparait autrefois un « vin de centaurée ». Un bitter, si vous préférez, autrement dit une boisson amère, sucrée et fortement alcoolisée dont on ne peut s’amuser à fioler sans modération…

 

Pour revenir à mes moutons : je constate en roumain que ce joli mot a choisi, pour se former, à partir du latin febris, la voie domestique et pratique. Cette plante porte donc le nom du mal qu’elle combat. Chateaubriand raconte quelque part : « On m’avait guéri d’une fièvre avec de la petite centaurée ».

Alors que la langue française a choisi de se souvenir du centaure Chiron, rangé parmi les habiles médecins (Littré).

Photo Laurent Crassous.

 

L’Aile tatouée: décryptage d’une traduction

 

Découvert aujourd’hui sur le site du Courrier des Balkans la traduction (par Ramona Delcea) d’un entretien publié dans la revue bucarestoise Dilema Veche!
L’interview avec Cristina Hermeziu a été réalisé dans le courant de l’été, juste avant la publication de L’Aile tatouée chez Denoël. Read More

Le cauchemar du pissenlit

Séquence divan:
Le plus délicieux cauchemar du traducteur?
Hum… peut-être l’imagination échevelée des langues vernaculaires, quand il s’agit de donner un nom aux plantes et aux fleurs du cru…
Attention, j’ai dit cauchemar, mais surtout, « délicieux »… Je me régale à plancher sur les mots qui font obstacle.
Imaginez mon air perplexe lorsqu’il m’a fallu trouver, mais surtout vérifier ( bonne maladie journalistique héritée de mon ancienne vie) quelle plante se cachait derrière le joli petit nom de « cul-de-poule » ou « fleur-de-maïs« …
J’ai rapidement trouvé qu’il s’agissait du pissenlit, en roumain papadia, en retrouvant le nom latin de ce cauchemar des jardins non bio.
Et là, j’ai trouvé que les anglais sont descriptifs et surtout, qu’ils nous ont piqué les mots du pissenlit qu’on appelle aussi « dent-de-lion« : chez eux, c’est « dentalion« , comme en portugais, par exemple dente-de-leão ou en allemand Löwenzahn
Mais alors, pourquoi pas de « dent-de-lion » en roumain?
C’est vraisemblablement par le grec… παπαδιά qui signifie « épouse de prêtre orthodoxe ». Cela remonterait très loin, à l’époque où, pour les membres du petit clergé, très pauvres, le pissenlit était une plante de choix, dont ils faisaient de la soupe. Mais il y a peut-être une autre explication que j’ignore.
Juste, pour finir, quelque chose d’étrange: en turc, on retrouve « papadia » sous la forme de « papatya« , et là, il s’agit de camomille. Allez comprendre.

Nouvelles aventures lexicographiques

Les voies du dictionnaire sont impénétrables, je vous le dis!
Je cherchais la bonne orthographe de cette danse hongroise, la csárdás que l’on prononce  « tchardach« … Sur mon clavier, je tape à toute vitesse un semblant de « tchardach » et que me suggère mon correcteur automatique?  Le mot « tcharchaf« …
Consternation, vérification.
Pourquoi autant de surprise? C’est que « tcharchaf » est la prononciation phonétique du mot roumain « cearsaf » qui veut dire « drap ». Tiens, les Roumains ont réussi le tour de force de faire passer un mot aussi commun au français??? Alors qu’il serait temps que d’autres mots roumains (et parmi eux de très jolis mots) trouvent leur place dans le Robert, vu qu’aucun mot français ne correspond vraiment à ce qu’ils décrivent?
Je soulève donc mon Robert. Et que dit ce gentil pépère, sur ce mot manifestement passé au français? « Voile souvent noir avec lequel les femmes turques se cachaient le visage ».
Interloquée, je passe au dico des synonymes roumains.
Et là, j’acquiesce une fois de plus : on en apprend effectivement chaque jour que Dieu fait!
Le mot « cearsaf » (vous avez retenu, ça se dit « tcharchaf« ) vient de la langue turque, c’est bien sûr la « pièce de literie, confectionnée dans de la toile et que l’on pose sur le matelas (…) », merci le dico, mais aussi, dans une acception vieillie (vx) – et ça je ne le savais pas-, une « Toile de turban, un châle. » Ce que ne dit pas ma batterie de dictionnaires, c’est comment on en est passé d’un châle à un drap… Je laisse cela à votre réflexion.

Rose et trandafiriu

Petit tour dans le lexique des couleurs, ce matin.
Imaginez vous le joli mot roumain de quatre pieds, « trandafiriu« , traduit par le tout court et tout plat « rose« ?  Pas dans le contexte qui est le mien (et que je ne dévoilerai pas).
Je vous dirais seulement qu’il m’a fallu trouver un adjectif de quatre pieds, certes, mais un mot remplissant autant la bouche qu’un bouton de rose entre la langue et le palais… Mystère sur la solution.
Sachez cependant, pour comprendre -mais vous l’aurez deviné- , que le nom « trandafir » signifie rose: la fleur oui, et ensuite la couleur, avec l’adjectif « trandafiriu ».
Il se trouve que Trandafiriu est également le nom d’un vin rare et parfumé – élevé du côté de Cahul, en Moldavie.
Enfin, pour savourer vraiment cette courte note issue de mes Carnets, prononcez ce mot rond en bouche, à la roumaine :  » tranndafiriou », vous verrez…

Traduire les fleurs


Le plus délicieux cauchemar du traducteur?

Hum… peut-être l’imagination échevelée des langues vernaculaires, quand il s’agit de donner un nom aux plantes et aux fleurs…

Attention, j’ai dit cauchemar, mais surtout, « délicieux »…

Je me régale à plancher sur les mots qui font obstacle.

Imaginez mon air perplexe lorsqu’il m’a fallu trouver, mais surtout vérifier ( bonne maladie journalistique héritée de mon ancienne vie) quelle plante se cachait derrière le  « cul-de-poule » ou la « fleur-de-maïs »…

J’ai rapidement trouvé qu’il s’agissait du pissenlit, en roumain papadia, en retrouvant le nom latin de ce cauchemar des jardins bien comme il faut.

Et là, j’ai trouvé que les Anglais sont descriptifs et surtout, qu’ils nous ont piqué les mots du pissenlit qu’on appelle aussi « dent-de-lion »: chez eux, c’est « dentalion », comme en portugais, par exemple dente-de-leão ou en allemand Löwenzahn

Mais alors, pourquoi pas de « dent-de-lion » en roumain?

C’est vraisemblablement parce le mot est arrivé par la langue grecque… παπαδιά signifie « épouse de prêtre orthodoxe ». Cela remonterait à l’époque où, pour les membres du petit clergé, très pauvres, le pissenlit était une plante de choix, dont ils faisaient de la soupe. Mais il y a peut-être une autre explication que j’ignore.

Juste, pour finir, quelque chose d’étrange: en turc, on retrouve « papadia » sous la forme de « papatya », et là, il s’agit de camomille. Allez comprendre.