Danube(s) rivages de sable fin à Grindu

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Ici, le Danube amorce une large courbe à gauche, entre des rivages de sable fin. Le village à droite est une sorte de bout du monde. La route se termine là, à Grindu, autrefois nommé Pisica. Pour continuer, il faut emprunter la berge inondable ou suivre le chemin sur la digue.

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Danube(s) rive droite, suite : un air de Louisiane

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Toujours en suivant la rive droite du Danube, je passe de prairies creusées de mares fluviales à des bois qui ont un faux air de Louisiane.

Danube(s) Rhinocéros

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Une vision, entre végétal et animal. Planté dans le sable, il vient de loin sans doute. De quelles rives s’est-il détaché avant d’échouer si près du but? Il ne verra jamais la mer.

Danube(s) Seul au monde

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Pêcher. Pas envie de socialiser.

Danube(s) Bronzage utile

 

Ici, on prend du sandre.

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Danube(s) Entre la treille et le fleuve

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Cette année, pas de tomates au potager. Le fleuve s’est invité dans le jardin. Après ses 2800 km de course folle en Europe, pas de pitié pour les cultures de printemps! Tel est le témoignage de la riveraine du Danube.

Danube(s) Lecture dans un hamac

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Une pause lecture dans ce hamac, cela vous dirait? Le Danube s’est retiré depuis le printemps. Il a laissé une trace blanche sur le tronc des arbres. Allez, quelques siestes en attendant son retour, les glaces et la débâcle nouvelle. Profitons.

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Danube(s) Promenade sur la rive droite

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Rive droite du Danube. Loin de Paris Plage. Très près du Delta.

Atelier de traduction à Bruxelles

Samedi 3 mars, en marge du salon du livre de Bruxelles, l’ICR organisait un atelier de traduction. Je m’y suis rendue, car cela m’intéressait de travailler sur le dernier roman de Dan Lungu intitulé « En enfer toutes les ampoules sont grillées ».

Un régal de cogiter à plusieurs sur les questions que pose un texte littéraire quand il s’agit de le traduire.

Dès le titre, le roman de Dan Lungu pose un problème insoluble à notre confrère Jan Willem Bos (Pays Bas) qui ne voit pas comment trouver un mot équivalent à « ampoule » car dans sa langue, le seul terme existant est excessivement technique…

Nous avons un peu discuté aussi sur les différents synonymes choisis par Dan Lungu pour évoquer l’épouse de son narrateur au lever, un dimanche matin… Le héros du roman ne reconnaît tout simplement pas celle qu’il épousa quelques années plus tôt. Sous le coup de la surprise, il parle entre autres de « făptură » et de « creatură » mais aussi de « fiinţă »… Les trois mots viennent du latin et sont assez transparents mais nous découvrons tout un éventail de nuances.

« Creatura », en latin, c’est la création comme résultat supposant un créateur, un fondateur. La définition roumaine reprend ce sens-là d’ « être vivant » par rapport à son créateur et donne à ce terme une nuance péjorative assez évidente de marionnette ou de poupée. Bref, dans l’esprit du narrateur, ce qui se trouve allongé là dans mon lit est doté de capacités cognitives mais allez savoir si ça a une volonté propre ou si ça ne va pas se transformer en autre chose…

En français aussi on peut choisir d’utiliser le terme de « créature » pour désigner une femme et on exprimera ainsi un certain mépris, de la jalousie peut-être ou tout simplement, on signifiera l’étrangeté… jusqu’à utiliser ce mot pour parler de « créatures extraterrestres »….

Dans le dictionnaire bilingue, la définition commence par « créature » et donne ensuite seulement le mot « être ».

Or, dans le texte du romancier roumain, c’est bien un sentiment d’étrangeté que le narrateur éprouve à l’égard de la femme qui partage son lit. Elle lui semble tombée du ciel… ou surgie des enfers.

« Factura », toujours en latin, c’est ce qui est fabriqué, c’est l’œuvre. D’où la définition roumaine de « făptură » qui donne à la fois l’être, la chose vivante mais insiste aussi sur l’aspect extérieur, la conformation, la structure et donne également la nature.

Dans le dictionnaire bilingue, la définition commence par  « être »  et donne ensuite seulement le mot  « créature » … Vive les dico bilingues!

Dan Lungu utilise un troisième mot quasi synonyme !

Fiinţă.

Là encore, le mot vient du latin, d’une forme de « facio », « être fait », « se produire », « être » tout court. Ça se corse.

En français, on se retrouve avec deux mots seulement pour trois notions : être et créature pour fiinţă, făptură et creatură. Je tire de derrière les fagots le mot « personne » qui prouve bien qu’il y a quelqu’un derrière le texte traduit… Une pirouette pour nous en sortir, avant de nous trouver nez à nez devant le texte entier du roman. Là, nous aviserons.

Notre discussion dans le salon blanc et ensoleillé donnant sur un jardin bruxellois impliquait 5 traductrices et traducteurs ayant une expérience différente de la traduction.

Aucun de nous ne s’est amusé à rendre sur le champ une version tenant la route car ce n’est pas l’enjeu direct de ce type de rencontres de traducteurs. Mais nous nous sommes posé des questions… Nous avons réfléchi au sens du texte et à sa facture littéraire, nous avons fait un travail de lecteur expert car c’est là que se trouve le cœur de notre métier.

Finalement, quelles furent nos conclusions ?

Dan Lungu utilise avec finesse ces trois mots en fonction du degré d’étrangeté ressenti par son héros. A chacun de nous d’en capter les couleurs pour les peindre dans sa langue…

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De gauche à droite: Dan Lungu, Nicoleta Esinencu et Jan Willem Bos.

©Photo Laure Hinckel

 

 

Parlons en langues à Venise

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La session d’ateliers de traduction organisée par l’Institut culturel roumain dans le charmant palais de sa filiale vénitienne se termine, en ce vendredi 9 juillet.

Au balcon du palazzo Correr-Contarini, dans le sestiere de Cannaregio, les traducteurs parlent en langues.

 

De gauche à droite, Aronne Mapelli est un jeune traduicteur en italien; Florin Bican organise des bourses pour les jeunes traducteurs; Joanna Kornas-Warwas transporte la littérature roumaine  dans sa langue natale, le polonais; Ileana Maria Pop commence à traduire en italien, comme Roberto Merlo. Dana Bleoca est une des responsables du centre national du livre roumain, Serafina Pastore est une autre jeune traductrice en italien. On reconnaît l’écrivain, la poétesse Simona Popescu, on aperçoit le raffiné Giovanni Magliocco, un traducteur et poète et puis l’exubérant Danilo De Salazar. A côté de lui, le traducteur en hongrois d’un très beau roman comique de Ioan Grosan. Il s’appelle Mihaly Lakatos. Enfin, à la fenêtre de droite, voici Lora Nenkovska, traductrice en bulgare.

Sur la photo, manquent   le talentueux Gerhardt Csejka, traducteur en allemand, notamment, de Mircea Cartarescu; manque aussi Jan Willem Bos, qui fait de même en néerlandais. Any Shilon traduit en hébreux et Jan Cornelius est un traducteur de Dan Lungu. Nous venons de travailler chacun dans notre langue sur le même roman de Dan Lungu : Comment oublier une femme. Et nos deux traductions sortiront à l’automne. Anita Natascia Bernacchia, Maria Luisa Lombardo et Mauro Barindi devaient être en train de parler de lexique et d’équivalences, pour ne pas s’être pressés au balcon…. C’était aussi le cas de Dan Lungu, qui répondait à un interview…

Et  moi, bien sûr, traductrice en français, je suis l’oeil de cette rencontre.

Au fait, vous avez remarqué une chose?

Langue est l’anagramme de lagune…

Je ne trouve pas étonnant que nous soyons réunis sur la lagune pour déployer l’éventail de nos idiomes autour de notre langue roumaine commune…

Et je rajoute ici la photo …. de la photographe en train de photographier… Merci Ileana Pop qui a pris le cliché!

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Caragiale, Les Craïdons

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Cette échoppe est doublement intéressante. Il y a d’abord la plaque: « Dans cette maison le poète Mihai Eminescu a oeuvré en tant que rédacteur en chef du journal Timpul en 1880-1881 ». Mihai Eminescu est LE grand poète romantique roumain.

Et puis l’enseigne:  « Craii de Curtea Veche »… Elle m’a intriguée. Elle arbore  le titre d’un livre immensément célèbre de la littérature roumaine. Mateiu Caragiale raconte les aventures de trois compères dans un style aux sonorités si envoûtantes qu’on en mémorise avec facilité des passages entiers.

J’ai traduit quelques extraits de ce roman dans une anthologie  de textes publiée ce printemps par l’Institut culturel Roumain à l’occasion du Salon du Livre de Paris.

Je vous en propose un passage :

« Elle vivait encore, mais dans l’oubliance, la célèbre Sultana Negoianu ; comme incarnation seconde, fruit d’un sortilège, elle avait été contrainte à se survivre, la fière amazone qui en peu d’années était parvenue, et ce n’était alors pas chose aisée, à scandaliser, par sa luxure, les principautés encore désunies. Je connaissais son passé, l’énigme du troublant sourire de son portrait m’avait donné envie de l’étudier –ce tumultueux passé qui avait ployé de honte le nom de la grande lignée dont elle demeurait l’unique et dernière descendante – et je l’avais étudié comme si j’avais su qu’un jour viendrait pour moi l’occasion de l’écrire. Elle avait été élevée à Genève et à Paris d’où elle était rentrée au pays à l’âge de seize ans avec des modes et des manières qui avaient étonné et suscité le murmure. Sa dot imposante avait convaincu le grand Gouverneur Barbu Arnoteanu de fermer les yeux et de lui demander sa main. Ce fut une union courte et agitée ; encore allaitant le garçon qui deviendrait le Maiorica que l’on connaît, elle avait fui avec un rien du tout en Moldavie où, comme à Bucarest, le tout Iasi l’avait admirée, ondoyant, infatigable dans les bals ou passant, fière, au galop de son cheval, suivie d’une nuée d’adorateurs. Pour persuader le mari abandonné de consentir à faire séparation, elle lui avait offert deux domaines et s’était ensuite mariée avec l’ancien grand-chancelier Iordake Canta, prince russe et candidat malheureux au trône de Moldavie ; union encore moins destinée à perdurer : la vie avec un époux avare et jaloux dans la sauvage solitude du relais de Pandina, perdu dans les forêts profondes des berges du Prut, ne pouvait rien avoir d’enchanteur aux yeux de la folâtre Sultana qui, aussitôt relevée d’avoir mis au monde une fillette, Pulcheria, était partie, en cachette et sans pensée de retour, à Bucarest. Au prix de deux autres domaines elle s’était trouvée derechef la bride sur le col ; elle n’avait plus l’intention de se le laisser brider. Et elle avait vécu. Tout aussi généreuse de son corps que de ses biens, comme en proie à la furie dévorante d’une rage, elle se l’était laissé saccager, impériale et toujours et encore insatiable, elle l’avait souillé jusques avec des mâtins. Je m’en tiens à noter le rapport entre ce vice et la folie, du reste loin d’être moment isolé, qui n’avait pas tardé à fuser. Un matin de l’automne 1857, elle avait été trouvée errante, cheveux défaits et dévêtue à Herastrau sur les rives du lac. Ah ! oui, j’étais bien obligé de le reconnaître : en me disant que si je voulais un vrai sujet de roman il me faudrait aller auprès des vrais Arnoteanu, Pirgu ne m’avait pas trompé. »

Le titre français de ce roman exceptionnel? Dans ma version inédite, « Les Craïdons ».

Rendez-vous ici dans un prochain billet pour vous donner une explication sur ce choix.

Bucarest – Terrasses

 

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Centre de Bucarest. Strada Ghika Ion. Sur un des côtés de la Banque Nationale.

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Dans ce café restaurant ouvert sur la Strada Franceza, on vous apporte la note dans un vieux livre de poche. C’est une jolie trouvaille!

Un nectar de Shiraz dégusté avec la délicieuse Daniela Z. en parlant littérature, histoire et gemmes précieuses… et puis, cette question posée au garçon: « Mais le patron est-il français pour ouvrir La Bonne bouche à Bucarest? »

Non, le patron, sachez-le, est un bon Lipovène épris de gastronomie française. Il aime aussi la littérature, semble-t-il. Sur notre table à 2 heures de la nuit? Misterele Parisului d’Eugène Sue, publié en 1968 dans une édition populaire roumaine.

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Toujours dans le quartier Lipscani en cours de rénovation, ces deux belles terrasses très différentes l’une de l’autre.

Sur la première, j’aime beaucoup les jardinières représentant des maisonnettes. J’aimerais avoir les mêmes sur le bord de ma fenêtre!

De l’autre, j’aime les couleurs toniques.

J’ai intitulé ce billet « Terrasses ». Mais connaissez-vous le recueil de poèmes de Letitia Ilea intitulé Terrasses? Les siennes sont françaises. Du sud. C’est publié par le Centre international de Poésie Marseille cipM / Spectres Familiers, novembre 2005
ISBN : 2-909097-59-5

 

L’Ombre de Camil Petrescu à Bucarest

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Quelque part dans le roman de Camil Petrescu Madame T., le héros accablé par la canicule pénêtre dans une cour étroite, aux accents populaires. Le ciel est festonné de galeries vitrées résonnant d’échos domestiques.

J’ai eu l’impression de mettre mes pas dans ceux du fameux héros, en ce jour de chaleur vibrante écrasant Bucarest.

Il y a d’abord eu un long corridor chaulé. J’avais été attirée par l’éclat d’une porte vitrée, tout au fond du tunnel. Chaque petit carreau de la porte était un oeil. Etranges yeux, car certains permettaient de voir de l’autre côté, dans la cour. D’autres reflétaient mon regard curieux. Le damier de miroirs et de vitres poussiéreuses m’a retenu longtemps. Une partie de moi  est confisquée par cet endroit.

Madame T., trad. de Jean-Louis Courriol, 1998, éditions Jacqueline Chambon. Le titre original du roman est Patul lui Procust, « Le lit de Procuste », 1933.

On est bien, à Bucarest!

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Samedi et dimanche soir durant tout l’été, concert classique, airs d’opéra sur la magnifique placette recemment aménagée en plein coeur de Bucarest : la place Coltea, du nom de l’hôpital (une perle du patrimoine bucarestois) en rénovation non loin de là.

Un espace naturellement dédié à la musique: l’installation de cet instrument monumental et allégorique attire le regard. L’aspect rectiligne et vivant des jeux d’eau offre un beau contrepoint visuel. A l’arrière, des magnolias en forme de fuseau dispensent fraicheur et parfum. Une véritable réussite. D’autant plus qu’on n’est pas du tout gêné par la circulation de la place de l’Université, juste en face des chanteurs et des musiciens.

Il y avait affluence hier soir, 12 juin pour écouter musique et jolies voix. Toutes générations confondues.

A deux pas de là, vers 20 heures, le parvis du théâtre national était noir de monde après un spectacle intitulé « La tragédie de Carmen ».

 

Bibliomane, bibliotaphe, bibliognoste : lequel êtes-vous?

Partie sur les traces, hier, de Till Eulenspiegel , autrement dit Til l’Espiègle, je suis tombée sur une édition belge de 1835 dont l’avant -propos, signé par un bibliophile passionné, contient quelques définitions de mots suffisamment rares pour que j’aie envie de les partager ici.

Cette édition n’est, pourtant, pas du tout la meilleure pour savourer les facéties du personnage.

Il faut lui préférer celle de Pierre Jannet, « première traduction complète faite sur l’original allemand de 1519 », car elle est bien plus complète et surtout, bien meilleure.till.JPG

Pour l’instant, ce que je livre à votre sagacité, vous mes lecteurs qui êtes, je le sais, amoureux des livres, ce sont ces quelques lignes :

« On moque le bibliophile et ses soi-disants confrères, le bibliomane, le bibliotaphe et le bibliognoste. Le premier est évidemment plus éclairé et plus utile à la littérature, parce que, ne s’attachant qu’aux bons ouvrages, il rend nécessairement les auteurs plus circonspects, plus difficiles et plus soigneux dans leurs productions.

La bibliomanie est la fureur de posséder des livres, non pas tant pour s’instruire que pour les avoir et pour en repaître sa vue.

 

Le bibliotaphe, mot tiré du grec, comme le précédent, signifie enterreur de livres. Le terme s’applique à ceux qui n’achètent des livres que pour les enfouir et empêcher les autres d’en profiter. Ils sont aux livres ce que les avares sont à l’argent.

 

Bibliognoste : l’on doit ce mot à l’abbé Rive. Le bibliognoste est celui qui ne connaît guère que l’histoire des livres, leurs titres, la date de leurs différentes éditions, le lieu où elles ont été faites, le nom des éditeurs, des imprimeurs etc., enfin, ce qui tient particulièrement au matériel des livres. »

Alors, vous êtes quoi?

Fièvre du vin de centaurée

J’étais en train de traduire, extrait d’un roman, un très joli passage dont l’action se situe dans une apothicairerie, au début du dix-huitième siècle. Le narrateur relate la mésaventure cocasse et, finalement, bénéfique, d’un enfant (lui-même) placé chez un vieillard très sympathique, toujours plongé dans Le poème de la médecine d’Avicenne et grand amateur de remèdes anciens et rares.

 

Et puis voilà mon apothicaire en train d’administrer à son pupille, pour le soigner d’un mal quelconque, un sirop de frigurică. Et le gamin aime tellement ça qu’il en devient accro, un véritable ivrogne….

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Hum hum, quand un traducteur voit poindre la possibilité d’une recherche dans le vaste lexique des végétaux, il se frotte les mains ! Surtout quand s’y rajoute l’énigme d’une plante qui enivre.

 

Sans surprise, je trouve dans le dico roumain le nom latin de la belle – mais vous le cache pour l’instant, histoire de ménager le relatif suspens de cette chronique.

Je trouve assez évident ce que me dit le dictionnaire, frigul le froid, frigurele, la fièvre, avec le diminutif –ică. Tiens, voilà une plante contre la fièvre, un fébrifuge traditionnel.

 

Ça ne me donnait toujours pas le nom de la plante en français.

Erythraea pulchella est une centaurée.

Dans mon texte, la petite centaurée, réputée pour son amertume. On sait depuis les temps anciens que cette amertume est gage, lorsqu’elle vient des plantes, de stimulation de l’immunité, d’ouverture de l’appétit et des voies biliaires, d’élimination des déchets.

Or, dans la médecine traditionnelle, pour faire baisser la fièvre, il faut faire « sortir le mal ». D’où l’emploi très répandu de cette plante amère, comme tant d’autres ayant les mêmes vertus, avec en premier lieu la gentiane, le chardon bénit, l’épinette vinette, le pissenlit, l’artichaut etc.

 

Et mon « sirop de petite centaurée » ? Pourquoi le rend-il ivre, ce pauvre enfant ?

 

Eh bien, « dans nos campagnes », comme on dit, on préparait autrefois un « vin de centaurée ». Un bitter, si vous préférez, autrement dit une boisson amère, sucrée et fortement alcoolisée dont on ne peut s’amuser à fioler sans modération…

 

Pour revenir à mes moutons : je constate en roumain que ce joli mot a choisi, pour se former, à partir du latin febris, la voie domestique et pratique. Cette plante porte donc le nom du mal qu’elle combat. Chateaubriand raconte quelque part : « On m’avait guéri d’une fièvre avec de la petite centaurée ».

Alors que la langue française a choisi de se souvenir du centaure Chiron, rangé parmi les habiles médecins (Littré).

Photo Laurent Crassous.

 

Berlin 2 : le choc d’Ishtar

Berlin, ça a été aussi ça : ishtar.JPGLa porte d’Ishtar et la voie processionnelle de Babylone.
Tout autour, un musée d’une incroyable richesse. Impossible de tout voir en une journée, alors on a passé un temps fou à se délecter des moindres détails de quelques oeuvres ciblées à l’avance :l’autel de Pergame, la façade du marché de Milet et Babylone au rez-de chaussée.

Puis une visite d’une intensité inédite à l’étage des arts islamiques: la « chambre d’Alep ». Je regrette de ne pas avoir de photo de cet exemplaire extrêment rare d’une pièce de réception entièrement couverte de boiseries mêlant graphisme stylisé oriental, psaumes, formules de bénédiction et d’action de grâce, représentations colorées de scènes de la vie quotidienne… Tout cela appartenait à un négociant chrétien dans l’Alep du 17ème siècle commençant…

Berlin, ça a été aussi ça, dans la même journée : un Lunchkonzert dans le hall de la Philarmonie : un espace (et quel espace!) plein à craquer d’un public conquis et respectueux. Au programme, Schubert et Chopin…
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Travesty, Travesti, l’Amérique et Cărtărescu – Berlin 1

Les points d’orgue des quelques jours passés à Berlin ?

D’abord le séminaire de Mircea Cărtărescu. Chaque mardi soir pendant un semestre, le professeur Mircea Cărtărescu a évoqué la littérature postmoderne devant les étudiants de l’Institut de Littérature comparée Peter Szöndi de la Freie Universität. Un cours en anglais.

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J’ai assisté à celui consacré au roman de John Hawkes, Travesty. Le hasard fait incroyablement bien les choses : Travesti est aussi le titre d’un roman de l’auteur roumain, traduit en français sous le titre Lulu, aux éditions Austral, avant de quitter ce travestissement pour retrouver en 2007 son titre original en couverture  de la bande dessinée de l’artiste Baudouin

 

Une image à retenir de cette fin de journée ? Le campus est immense, le froid mordant, nous avançons en flottant sur d’épaisses couches de neige oblitérant le moindre bruit. Le bâtiment consacré aux langues romanes surgit au coin d’une rue bordée de villas. On voit de loin, à travers les parois de verre d’une grande salle vivement éclairée, les étudiants de dos et le professeur évoluant devant eux, un livre à la main. Quand nous arrivons, il est question de définir les niveaux d’interprétation de l’œuvre étudiée… Au tableau, les noms de Tsvetan Todorov, Lafcadio, Beckett et Ionesco se posent en flocons de craie.

 

Je ne reprends pas ici le contenu du cours passionnant entendu ce soir-là dans la salle au sol rouge de l’université berlinoise… Je veux juste dire que j’ai furieusement envie de lire ce roman, à présent. Et même en anglais, puisqu’il n’est pas traduit en français, me semble-t-il.

Ce que je regrette? Ne pas avoir croisé Zum-cititor… qui était dans la salle pour ce séminaire!

 

Bucarest – chronique d’été 6

Lundi

 

Le tram – de nouveau. L’enfilade des boulevards portant le nom de princes régnants d’époques lointaines.

Je ne peux pas ne pas m’en souvenir : c’est là, sur la gauche, quelque part entre les stations de métro Ştefan Cel Mare et Piaţa Victoriei que se trouve une petite maison pas tout à fait anodine.  Dans les années 30, Eugène Ionesco y vivait avec sa mère et sa sœur Marinela. C’est au 52 du boulevard Ştefan Cel Mare. Ce lieu est aujourd’hui tout à anonyme. Aucune plaque ne mentionne rien. Et puis, après tout, pour quoi faire ?

Si je mentionne ce lieu, alors que je passe devant, c’est parce que cela me renvoie à l’excellent souvenir d’une enquête que j’ai menée en 1994 « sur les traces d’un lycéen roumain nommé Ionesco », d’ailleurs publiée dans l’Événement du Jeudi avec des fac-similés de ses carnets de notes… Une vraie réussite, cette enquête historico-littéraire. C’est Archavir Acterian, à l’époque âgé de 87 ans, qui a été ma source principale. J’ai rencontré aussi Barbu Brezianu et son épouse et même un ancien condisciple de Ionescu -très jaloux du lycéen précoce et non-conformiste, futur académicien français…

Archavir Acterian se souvenait parfaitement des discussions de leurs vingt ans, des sorties en groupe qui se terminaient souvent dans la mansarde de Mircea Eliade, professeur de certains de leurs amis. Les clowneries d’Eugène Ionesco, les éclats de rire d’Emil Cioran brillaient encore dans ses yeux. Il déployait ainsi devant  moi et pour moi l’immense scène du théâtre bucarestois des années 20 et 30. Archavir Actérian était prolixe, précis et d’une urbanité délicieuse. Il ébauchait en quelques mots le portrait des Emil Cioran, Mircea Eliade, Emil Botta, Petre Tutea, Mihail Sebastian et autres. Parmi tous ces garçons, il y avait aussi quelques filles. La sœur d’Archavir Actérian, Jeni, nous a laissé un journal magnifique. Je l’ai à la main, alors que je passe devant ce fameux numéro 52.  Quelle personnalité brillante ! Quels dialogues mémorables entre elle et Eugène Ionesco ! Je crois qu’ils étaient un peu amoureux. Surtout Eugène, dont personne n’offense la mémoire en racontant –comme me l’a raconté Archavir en ce jour du printemps 1994- qu’il avait à 20 ans un vrai cœur d’artichaut ! Toujours amoureux, toujours se languissant d’amour.

Archavir a utilisé cette expression roumaine à croquer : Eugène était « îndragostit lulea ». « Lulea », c’est une pipe. Dans cette expression, il n’est pas question de bouffarde, mais cela m’avait alors fait sourire… « Lulea », c’est très proche de « lalea », la tulipe, c’est un son très enfantin. Je trouvais que cela allait bien au personnage dont Archavir me faisait le portrait, à travers ses propres souvenirs. Archavir Acterian écrit d’ailleurs dans son propre journal (un beau témoignage, mais moins intéressant que celui de sa sœur) qu’Eugène le tannait avec ses histoires d’amour et qu’un jour il lui fit rencontrer une jeune fille qui était dans sa classe au lycée, Rodica : le début de l’histoire d’amour de toute une vie… et la paix pour son ami !

 

Le tram passe sous la Piaţa Victoriei et refait surface à deux pas de l’appartement où Gabriela Adameşteanu a longuement reçu l’équipe des Belles Étrangères, dont je faisais partie en tant que conseillère littéraire et interprète, en juin 2005. Le petit appartement impeccable, les photos de famille en noir et blanc au mur, la chambre de l’écrivain dont on devinait que le divan était le lieu où de nombreuses pages de roman furent écrites…. Et le tramway qui passe sous les fenêtres. En mars, Marily Le Nir a publié sa traduction du roman de jeunesse de l’écrivain : Vienne le jour, Drumul egal al fiecarei zile, en roumain. C’est un roman de formation. Letitia est le nom de l’héroïne. Elle est adolescente et elle étouffe, entre sa mère et son oncle. L’un et l’autre ploient à un moment ou à un autre sous la roue dentée de l’engrenage dictatorial. Letitia, elle, suffoque tout simplement. Et le lecteur la suit entre deux souffles.

Bucarest – chronique d’été 5

Entre le cinéma Scala et la librairie Carturesti, je tombe sur la rue Pictor Arthur Verona transformée, pleine de vie : ici se tient pour quelques jours un mini festival organisé par la Fondation Carturesti et l’Union des architectes.
Cela s’appelle : 


Le but est de militer pour rendre aux piétons ce morceau de quartier au centre de Bucarest.
Je dégaine mon téléphone portable pour saisir en images quelque chose de cette atmosphère légère qui plane dans ce coin de Bucarest.
Des ateliers pour les enfants tenus par des associations écolos, des artistes en plein happening, et surtout, la présence forte et intéressante des étudiants des facultés d’architecture et d’art donnent un air un peu échevelé à cette rue que je connais bien pour y avoir, notamment, pris une des plus sympathiques photographies de mon exposition montrée en 1995 à l’Institut français:


Un des stands les plus intéressants (et de nombreux groupes se forment pour discuter) concerne les « résidences nobiliaires extra-urbaines ». Un crève-coeur de voir ces palais de toutes tailles et tous styles en ruine.

De grands panneaux comme ces deux-là que je prends en photo retracent l’histoire de ces lieux charmants. 
Le plus souvent, ils ont été transformés en Coopérative Agricole de Production (l’équivalent du kolkhoze en URSS) par les autorités communistes et confiscatrices.

Plus léger, voici l’endroit où se délivrer du stress : planter un clou de charpentier, voilà qui permet d’aller mieux!

Et puis, rouler en « harley » écolo!, c’est tentant…

surtout, après avoir rangé sur l’étagère du salon un bocal… d’air pur!