De la Norvège à la censure : voyage du jour

Par Laure Hinckel dans Blog

On est en Norvège… Une vitrine complète dédiée à la traduction des livres de Mircea Cartarescu… Une vue de chez norli, (les photos sont de Steinar Lone), un libraire dont vous découvrirez le site en cliquant sur son nom … C’est la nouvelle du jour: le succès, déjà, du tome 2 de la trilogie de l’écrivain roumain dans la traduction de Steinar Lone, mon confrère norvégien. Je suis heureuse pour les deux, l’auteur et le traducteur. J’ai visité le site de la librairie pour le plaisir de « les mer »  avoir l’impression d’en connaitre un chapitre, de cette langue nordique (l’allemand, ça aide!); pour m’amuser à dire le nom de mon métier : « oversetter »; pour découvrir des catégories de romans qui n’existent pas en France (je vous laisse y aller seul, on verra si j’ai des retours); pour comparer les différentes couvertures de livres, un petit jeu que j’aime bien; et…

Bibliomane, bibliotaphe, bibliognoste : lequel êtes-vous?

Par Laure Hinckel dans Blog

Partie sur les traces, hier, de Till Eulenspiegel , autrement dit Til l’Espiègle, je suis tombée sur une édition belge de 1835 dont l’avant -propos, signé par un bibliophile passionné, contient quelques définitions de mots suffisamment rares pour que j’aie envie de les partager ici. Cette édition n’est, pourtant, pas du tout la meilleure pour savourer les facéties du personnage. Il faut lui préférer celle de Pierre Jannet, « première traduction complète faite sur l’original allemand de 1519 », car elle est bien plus complète et surtout, bien meilleure. Pour l’instant, ce que je livre à votre sagacité, vous mes lecteurs qui êtes, je le sais, amoureux des livres, ce sont ces quelques lignes : « On moque le bibliophile et ses soi-disants confrères, le bibliomane, le bibliotaphe et le bibliognoste. Le premier est évidemment plus éclairé et plus utile à la littérature, parce que, ne s’attachant qu’aux bons ouvrages, il rend nécessairement…

Fièvre du vin de centaurée

Par Laure Hinckel dans Blog

J’étais en train de traduire, extrait d’un roman, un très joli passage dont l’action se situe dans une apothicairerie, au début du dix-huitième siècle. Le narrateur relate la mésaventure cocasse et, finalement, bénéfique, d’un enfant (lui-même) placé chez un vieillard très sympathique, toujours plongé dans Le poème de la médecine d’Avicenne et grand amateur de remèdes anciens et rares.   Et puis voilà mon apothicaire en train d’administrer à son pupille, pour le soigner d’un mal quelconque, un sirop de frigurică. Et le gamin aime tellement ça qu’il en devient accro, un véritable ivrogne…. Hum hum, quand un traducteur voit poindre la possibilité d’une recherche dans le vaste lexique des végétaux, il se frotte les mains ! Surtout quand s’y rajoute l’énigme d’une plante qui enivre.   Sans surprise, je trouve dans le dico roumain le nom latin de la belle – mais vous le cache pour l’instant, histoire de ménager…

Salinger: premières révélations

Par Laure Hinckel dans Blog

Onze lettres inédites de Salinger seront bientôt exposées à la Morgan Library de New York! Lisez la suite ici, sur le site très intéressant, Actua Litté où j’ai découvert cette information. http://www.actualitte.com/actualite/17009-lettres-inedites-Salinger-Morgan-Library.htm (la photo provient du site mentionné)

Les beaux Avatars d’Orbitor

Par Laure Hinckel dans Blog

De belles choses se passent, parfois… J’ai reçu aujourdh’ui un mail de Steinar Lone – le traducteur norvégien de la trilogie de Mircea Cărtărescu, Orbitor. Heureux de voir dans son pays le tome 2  sortir en librairie, il m’envoie la couverture du livre. Et un cadeau, celui que Mircea Cărtărescu lui-même accorde à ses traducteurs de par le monde en les remerciant publiquement, nominalement, dans un grand entretien accordé à la revue Romania Literară. Belle journée, je vous dis. Je viens de vérifier, kroppen signifie, en norvégien, comme de juste, « Le Corps ». Je rappelle à cette occasion que le premier volume (en roumain Orbitor – L’Aile gauche) s’intitule en français Orbitor, dans une traduction d’Alain Paruit (Denoël). Le second volume (Orbitor – Le Corps) a pour titre L’Oeil en feu également traduit par Alain Paruit. Le troisième tome (Orbitor -L’Aile droite) est comme vous le savez en français dans ma…

L’Echo Républicain : Profession traductrice

Par Laure Hinckel dans Blog

  Que font deux traductrices quand elles se rencontrent? Elles parlent de traduction! Et quand elles le font devant un public attentif, curieux, qui pose des questions…elles dévoilent des aspects intéressants de leur travail. La salle d’exposition de la librairie L’Esperluette à Chartres était pleine à craquer mercredi soir pour la rencontre croisée entre Olivier L’Hostis, Elena Balzamo et moi. La soirée fut belle. Personnellement, j’ai beaucoup aimé le moment où Elena Balzamo a choisi, à la demande d’Oliver L’Hostis, une des lettres de Strindberg. La traductrice a lu une missive que l’auteur suédois envoya à ses parents alors qu’il n’avait que 9 ans (à l’époque, c’était chose commune, que d’écrire à ses parents même bien avant cet âge-là). Quelques paragraphes charmants qui ne laissent pas augurer du caractère de chien qui sera celui de l’auteur adulte… Puis une seconde lettre, rédigée à 12 ans à l’adresse de son frère…

Berlin 2 : le choc d’Ishtar

Par Laure Hinckel dans Blog

Berlin, ça a été aussi ça : La porte d’Ishtar et la voie processionnelle de Babylone. Tout autour, un musée d’une incroyable richesse. Impossible de tout voir en une journée, alors on a passé un temps fou à se délecter des moindres détails de quelques oeuvres ciblées à l’avance :l’autel de Pergame, la façade du marché de Milet et Babylone au rez-de chaussée. Puis une visite d’une intensité inédite à l’étage des arts islamiques: la « chambre d’Alep ». Je regrette de ne pas avoir de photo de cet exemplaire extrêment rare d’une pièce de réception entièrement couverte de boiseries mêlant graphisme stylisé oriental, psaumes, formules de bénédiction et d’action de grâce, représentations colorées de scènes de la vie quotidienne… Tout cela appartenait à un négociant chrétien dans l’Alep du 17ème siècle commençant… Berlin, ça a été aussi ça, dans la même journée : un Lunchkonzert dans le hall de la Philarmonie…

Fondane : Poèmes d’autrefois et Le reniement de Pierre

Par Laure Hinckel dans Blog

La lecture des textes de Benjamin Fondane est une expérience que tout lecteur doit faire un jour ou l’autre. J’en dis plus ICI dans une de mes pages. Aujourd’hui paraît une partie importante de l’oeuvre en forme d’étoile filante de ce poète roumain qui avait choisi la France ou il fut à deux doigts d’éviter la mort par gazage à Birkenau. Lire, pour comprendre l’allusion que je fais, la très jolie biographie d’Olivier Salazar Ferrer aux éditions Oxus. La traduction de ce très beau texte est signée Odile Serre, l’excellente traductrice de roumain qui a, entre autres, également donné au français le roman de Gheorghe Craciun Composition aux parallèles inégales publié par Maurice Nadeau et récompensé par le prix Pierre-François Caillé de la Société des traducteurs français. Présentation de l’éditeur : « Ce recueil rassemble des poèmes écrits en roumain par le jeune Fondane entre 1917 et 1923, manifestement inspirés par…

Salinger dans l’éternité des seigles

Par Laure Hinckel dans Blog

« Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’ils approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrape-coeur et tout. D’accord, c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça. C’est dingue ».* Quelques phrases du mythique Holden Caufield en hommage à son auteur. Salinger est mort.  C’est dingue. *L’attrape-coeurs, J.D. Salinger, traduit de l’américain par Annie Saumont, éd. Robert Laffont. Titre original : The catcher in the rye.

Travesty, Travesti, l’Amérique et Cărtărescu – Berlin 1

Par Laure Hinckel dans Blog

Les points d’orgue des quelques jours passés à Berlin ? D’abord le séminaire de Mircea Cărtărescu. Chaque mardi soir pendant un semestre, le professeur Mircea Cărtărescu a évoqué la littérature postmoderne devant les étudiants de l’Institut de Littérature comparée Peter Szöndi de la Freie Universität. Un cours en anglais. J’ai assisté à celui consacré au roman de John Hawkes, Travesty. Le hasard fait incroyablement bien les choses : Travesti est aussi le titre d’un roman de l’auteur roumain, traduit en français sous le titre Lulu, aux éditions Austral, avant de quitter ce travestissement pour retrouver en 2007 son titre original en couverture  de la bande dessinée de l’artiste Baudouin…   Une image à retenir de cette fin de journée ? Le campus est immense, le froid mordant, nous avançons en flottant sur d’épaisses couches de neige oblitérant le moindre bruit. Le bâtiment consacré aux langues romanes surgit au coin d’une rue bordée…