Caragiale, Les Craïdons

Par Laure Hinckel dans Blog

Cette échoppe est doublement intéressante. Il y a d’abord la plaque: « Dans cette maison le poète Mihai Eminescu a oeuvré en tant que rédacteur en chef du journal Timpul en 1880-1881 ». Mihai Eminescu est LE grand poète romantique roumain. Et puis l’enseigne:  « Craii de Curtea Veche »… Elle m’a intriguée. Elle arbore  le titre d’un livre immensément célèbre de la littérature roumaine. Mateiu Caragiale raconte les aventures de trois compères dans un style aux sonorités si envoûtantes qu’on en mémorise avec facilité des passages entiers. J’ai traduit quelques extraits de ce roman dans une anthologie  de textes publiée ce printemps par l’Institut culturel Roumain à l’occasion du Salon du Livre de Paris. Je vous en propose un passage : « Elle vivait encore, mais dans l’oubliance, la célèbre Sultana Negoianu ; comme incarnation seconde, fruit d’un sortilège, elle avait été contrainte à se survivre, la fière amazone qui en peu d’années était parvenue, et…

Bucarest – Terrasses

Par Laure Hinckel dans Blog

  Centre de Bucarest. Strada Ghika Ion. Sur un des côtés de la Banque Nationale.   Dans ce café restaurant ouvert sur la Strada Franceza, on vous apporte la note dans un vieux livre de poche. C’est une jolie trouvaille! Un nectar de Shiraz dégusté avec la délicieuse Daniela Z. en parlant littérature, histoire et gemmes précieuses… et puis, cette question posée au garçon: « Mais le patron est-il français pour ouvrir La Bonne bouche à Bucarest? » Non, le patron, sachez-le, est un bon Lipovène épris de gastronomie française. Il aime aussi la littérature, semble-t-il. Sur notre table à 2 heures de la nuit? Misterele Parisului d’Eugène Sue, publié en 1968 dans une édition populaire roumaine. Toujours dans le quartier Lipscani en cours de rénovation, ces deux belles terrasses très différentes l’une de l’autre. Sur la première, j’aime beaucoup les jardinières représentant des maisonnettes. J’aimerais avoir les mêmes sur le bord…

L’Ombre de Camil Petrescu à Bucarest

Par Laure Hinckel dans Blog

Quelque part dans le roman de Camil Petrescu Madame T., le héros accablé par la canicule pénêtre dans une cour étroite, aux accents populaires. Le ciel est festonné de galeries vitrées résonnant d’échos domestiques. J’ai eu l’impression de mettre mes pas dans ceux du fameux héros, en ce jour de chaleur vibrante écrasant Bucarest. Il y a d’abord eu un long corridor chaulé. J’avais été attirée par l’éclat d’une porte vitrée, tout au fond du tunnel. Chaque petit carreau de la porte était un oeil. Etranges yeux, car certains permettaient de voir de l’autre côté, dans la cour. D’autres reflétaient mon regard curieux. Le damier de miroirs et de vitres poussiéreuses m’a retenu longtemps. Une partie de moi  est confisquée par cet endroit. Madame T., trad. de Jean-Louis Courriol, 1998, éditions Jacqueline Chambon. Le titre original du roman est Patul lui Procust, « Le lit de Procuste », 1933.

Le n°2 de Seine et Danube est disponible !

Par Laure Hinckel dans Blog

Je vous invite à lire le deuxième numéro de la revue littéraire consacrée à la traduction française des oeuvres roumaines. Chaque trimestre, la rédaction de Seine et Danube met à disposition des lecteurs francophones des extraits de textes roumains fraichement traduits par les membres de l’Association des traducteurs de littérature roumaine. Chacun des neuf auteurs présentés dans cette édition mérite le détour. Claque garantie à la lecture du monologue d’Alina Nelega, dramaturge présentée et traduite par Mirella Patureau. Emotion et une autre type de claque à la lecture de quelques pages du journal de Jeny Acterian, beau personnage de femme, artiste et intellectuelle au destin tragique, dont Nicolas Cavaillès nous livre quelques pages. Humour et regard acerbe sur la société, avec Dan Lungu, dont je présente un extrait du prochain roman à paraître chez Jacqueline Chambon à l’automne et avec Le Chauffagiste de Carmen Firan, présentée et traduite par Marily…

Mini-reportage : il y a 20 ans, les mineurs terrorisaient Bucarest

Par Laure Hinckel dans Blog

Petit retour dans le temps. Il y a une semaine, alors que je parcourais les rues de Bucarest à la recherche de nouveauté, de souvenirs et de coins à photographier, je suis descendue par le passage de l’Université. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un immense passage sous le rond-point de la place du 21 décembre 1989. Il dessert en croix les quatre coins de la place, évitant aux piétons de se faire écraser sur les boulevards qui ont tout, désormais, d’une voie rapide. Il sert aussi à descendre dans le métro de Bucarest. En surface, dans le sens des aiguilles d’une montre, vous voyez le musée d’histoire et d’art de la ville de Bucarest dans l’ancien palais des Sutu, les statues des grands hommes, le boulevard de la Reine Elisabeth, l’Université avec sa fontaine et sa place non officielle « libre du communisme », le Boulevard Balcescu, l’Hotel Intercontinencal, le…

Dans les allées du Bookfest Bucarest

Par Laure Hinckel dans Blog

Quelques photos qui se passent de commentaire. De beaux stands, des tas de beaux livres et de romans intrigants. Des vedettes du monde littéraire et des débutants. Le public au rendez-vous. Pour la petite histoire, il faisait très bon dans les allées du salon, alors qu’à l’extérieur les températures frôlaient les 40 dégrés. L’expresso était excellent dans tous les points de rendez-vous. On trouvait à déguster des mici à l’extérieur. Et les fumeurs passionnés se retrouvaient en petits groupes volubiles sous les parasols. l y avait beaucoup de bonnes affaires à réaliser. J’ai trouvé un dictionnaire d’argot et j’ai enfin sur mon bureau L’Histoire de la littérature roumaine des origines à présent par Calinescu. Certes, cela a été publié en 1941.  L’édition est un facsimilé de l’édition originale. Chouette. J’ai aussi trouvé des ouvrages exotiques sur le stand du Musée du Paysan roumain (un incontournable des visites bucarestoises). Comptez tout…

Les 20 ans d’Humanitas

Par Laure Hinckel dans Blog

Le 20ème anniversaire des éditions Humanitas est un événement dignement fêté au Salon du livre de Bucarest, le Bookfest… avec la publication de 20 livres et de nombreux lancements en quelques jours. Samedi 12, c’était la cohue. Signatures, présentations de livres, rien que du beau monde. Iimpossible de faire deux pas sans rencontrer une connaissance, un ou une amie, un auteur que j’ai traduit ou que je souhaite traduire. Pour l’occasion, les éditions Humanitas ont publié ou réimprimé 20 livres. La liste est très intéresssante : Aniţa Nandriş-Cudla 20 de ani în Siberia (20 ans en Sibérie) Récit de vie, témoignage. Pour ne pas oublier. Non traduit. Horia-Roman Patapievici Zbor în bătaia săgeţii (Vol à l’encontre de la flèche) Roman initiatique, que j’ai traduit et que j’espère publier un jour.   Mircea Cărtărescu Travesti : publié en français sous le titre Lulu aux éditions Austral. Réinterprété sous forme de roman…

On est bien, à Bucarest!

Par Laure Hinckel dans Blog

Samedi et dimanche soir durant tout l’été, concert classique, airs d’opéra sur la magnifique placette recemment aménagée en plein coeur de Bucarest : la place Coltea, du nom de l’hôpital (une perle du patrimoine bucarestois) en rénovation non loin de là. Un espace naturellement dédié à la musique: l’installation de cet instrument monumental et allégorique attire le regard. L’aspect rectiligne et vivant des jeux d’eau offre un beau contrepoint visuel. A l’arrière, des magnolias en forme de fuseau dispensent fraicheur et parfum. Une véritable réussite. D’autant plus qu’on n’est pas du tout gêné par la circulation de la place de l’Université, juste en face des chanteurs et des musiciens. Il y avait affluence hier soir, 12 juin pour écouter musique et jolies voix. Toutes générations confondues. A deux pas de là, vers 20 heures, le parvis du théâtre national était noir de monde après un spectacle intitulé « La tragédie de…

Passionnantes Palabres

Par Laure Hinckel dans Blog

Passionnantes Palabres centre-européennes, hier soir (jeudi 3 juin) à l’Institut culturel roumain. Pour la dernière édition de la saison, Alexandre Prostojevic, maître de conférences à l’INALCO et à l’EHESS a présenté les Varia, de l’écrivain et penseur Danilo Kiš. Le problème de ces Varia? Le reste de l’oeuvre est aujourd’hui indisponible! Alexandre Prostojevic a souligné l’importance et la beauté de ces textes courts, notamment quand Danilo Kiš est le penseur, l’érudit, le grand lecteur. Jean-Pierre Salgas, le griot de ces Palabres a fait chorus : les courts textes de fiction ne sont pas à la hauteur du reste. Cela rend encore plus triste le fait que sa très belle trilogie Le Cirque de famille ne soit pas encore réédité. Pour apprécier les Varia d’un grand homme, il est préférable d’avoir lu son oeuvre, non? (Varia, traduit du serbo-croate par Pascale Delpech, préface de Jean-Pierre Morel, Paris, Fayard, 2010.) (L’image ci-contre…

L’Aile tatouée de Cartarescu aux Palabres centre-européennes

Par Laure Hinckel dans Blog

L’Institut roumain, en collaboration avec la Maison de la culture yiddish, la Maison Heinrich Heine, le Centre tchèque, les Instituts hongrois, slovaque, polonais et roumain, Les Amis du Roi des Aulnes, sur l’initiative du CIRCE (Centre Interdisciplinaire de Recherches Centre-Européennes) de l’Université de Paris-Sorbonne et l’Association Adice organisent jeudi une nouvelles séance de leurs PALABRES CENTRE-EUROPEENNES – PANORAMA DES LIVRES SUR L’EUROPE CENTRALE Tous les deux mois, auteurs, traducteurs et éditeurs présentent des livres ayant trait à l’Europe centrale (Autriche, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, etc.) récemment parus en français. La séance sera animée par Jean-Pierre Salgas – critique (L’atelier littéraire France-Culture), professeur à l’Ecole Nationale d’Art de Bourges.   Domaine germanique Thomas Bernhard, Mes prix littéraires, traduit de l’allemand par Daniel Mirsky, Paris, Gallimard, 2010. Présenté par Christine Lecerf, spécialiste de littérature autrichienne, journaliste, productrice à France Culture. Domaine polonais Andrzej Stasiuk, Mon Allemagne, traduit du polonais par…