Un blocage de plusieurs jours…

La suite de mes notes…

8 août

Je reprends mon travail après 8 jours de vacances au soleil, sans écran et sans téléphone, une rupture très difficile pendant les trois premiers jours où j’ai eu l’impression de tourner en rond et de perdre mon temps. J’ai finalement réussi à faire du bien à mon corps en le faisant nager dans les eaux bleues de la Méditerranée. Une vraie thérapie. Plonger et aller observer les saupes qui broutent l’herbe au fond des calanques, découvrir un poulpe dans un repli du rocher, effleurer les tomates de mer qui se posent là où l’eau affleure, toucher une étoile de mer, observer mes jambes pédaler au milieu des castagnolles adultes noirs et ronds et de leurs petits qui, eux, sont bleus électrique et allongés, sentir mon corps flotter dans les rayons stroboscopiques semblant provenir des fonds marins étincelants, et mes jambes gainées par la pression subite de l’eau quand j’y entre en sautant de quelques mètres de hauteur… Apprécier la chaude plasticité de l’élément quand je chute du paddle que j’ai essayé pour la première fois de ma vie. Et j’ai réussi très vite à évoluer en équilibre sur la planche et à pagayer pour avancer, virer de bord, le regard fixé sur l’horizon de l’Île verte, ou au contraire sur la plage qui semblait silencieuse, de loin, alors qu’elle était couverte de familles et de parasols.

Je reprends mon travail en découvrant que le CNL m’accorde la bourse que j’ai sollicitée pour cette traduction!

11 août

Presque rien écrit depuis plusieurs jours. Traduire, c’est cela aussi, affronter l’écran, ne plus supporter la chaise, chercher d’autres positions, aller faire un tour – parfois écrire vous sort par les yeux. Alors vous faites un grand ménage, une longue balade ou alors vous passez plusieurs heures à regarder des films à la télé, allongée et dans un état de demi coma. Souvent, c’est parce que j’ai buté sur quelque chose. Là, il y a des passages sur les personnages de la Bible qui luttent contre des anges ou qui sont frappés de révélation ou de dons par Dieu lui même. J’ai d’abord été gênée par un problème de logique dans l’énonciation  et cela s’est transformé en un blocage de plusieurs jours. Alors que j’aurais pu souligner le passage et revenir plus tard. Mais je suis aussi dans une période de fatigue. Je voudrais retrouver l’entrain des dix derniers jours de juillet. où je n’ai vécu que pour traduire et durant lesquels j’ai beaucoup avancé mon travail.

On est samedi, il fait de nouveau à peu près beau et chaud. Cela frémit. Je suis à mon bureau. Je suis passée par dessus la difficulté et je prends le tournant d’un très beau passage qui vaut credo littéraire.

J’ai corrigé de moi même la petite question de logique. Je ne vais pas embêter l’auteur avec ça. C’est même gênant que j’en parle ici. Mais, cet hiver, je me suis fixée comme objectif de noter au jour le jour les questions les plus insignifiantes comme les plus profondes que peut se poser un traducteur de littérature quand il est aux prises avec son texte.

Au fait, le volume total est d’environ 1132 feuillets. J’en ai 581, j’ai dépassé la moitié virtuelle de ma traduction. Car elle fera peut-être davantage. Parfois, les textes roumains sont plus longs dans leur traduction française. C’est ce qu’on appelle le foisonnement. D’aucuns pensent qu’il doit être limité, qu’on doit faire des efforts pour le limiter. Je ne trouve aucun sens à cela. La langue est naturelle et le processus de passage est naturel lui  aussi. Il est évident qu’il serait tout à fait sot de tirer à la ligne pour faire gonfler le nombre de signes. Mais s’astreindre, se contraindre à faire rentrer une page de livre original dans une page de livre traduit serait absurde. Cela le serait autant que de chercher à caser le même taux d’adverbes et d’adjectifs que dans la langue originale. Ou bien de vérifier que les noms communs sont toujours traduits par des noms communs.  L’expression de la pensée ne s’occupe pas de savoir que dans l’autre langue il y avait à tel endroit un verbe et là un adjectif. Parfois, la forme originale de la phrase transparaît sous la traduction, mais c’est juste le fruit du hasard… 

p. 409, Mircea Cartarescu plonge dans le corps humain, comme il le fait assez souvent. Là, il est dans la colonne vertébrale et parle de procesul spinos, procesul transvers. J’erre pendant vingt bonnes minutes pour trouver enfin un cours d’ostéopathie qui utilise les termes que je recherche. j’ai eu du mal à trouver parce qu’ailleurs, le travail de vulgarisation a éliminé ces termes que apprends à connaître à mon tour : processus épineux, processus articulaire, processus transverses, que sont les divers processus vertébraux…

Puis je consulte mon dictionnaire et là je constate que « processus » (avouons que le mot a un sens bien éloigné, dans la langue de tous les jours!) est, en anatomie, une formation qui prolonge un élément ou une structure organique. Synonyme:  apophyse, bien plus courant en français (même si en général on ne sait pas ce que c’est…) Où l’on voit que le terme à l’étymologie grecque est bien plus précis que le terme d’origine latine… 

Question : laissé-je le terme processus un peu ambigu ou dois-je choisir le terme apophyse, si précis, certes, mais tellement médical???

[EDIT] Je vais choisir sans trop d’hésitations finalement le terme de « processus ». Rendez-vous page 390 de l’édition française, tout au début du chapitre 28.

La suite demain, même heure

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