De la transparence du sucre… candi

La suite de mes notes…

21 mai

Magnifique lundi de Pentecôte, tiède et ensoleillé. Je me suis mise au travail très tôt pour avoir le temps, ensuite, d’écrire pour moi. Puis j’irai faire du vélo, le soir, comme j’ai fait hier. Le bonheur de cette saison de fleurs et de longues soirées.

Ce matin, page 264, petite joie de traductrice. Tout au bas de la page – en réalité dans une phrase de toute beauté qui passe d’une page à l’autre, ce qui revient à dire que ce livre est lui aussi un « page turner » – des bicyclettes font des tours rapides à une vitesse magique et impressionnante et sont comparées à des agrafe de prins hartia. Je me dis d’abord, « trombone ». Mais aussitôt je réalise que cela doit être autre chose qu’un trombone ovale car sinon l’auteur n’aurait pas fait cette comparaison pour évoquer une bicyclette.     

Elle est là, ma petite joie, qui est de n’avoir pas foncé à la vitesse d’un petit vélo sans cervelle et d’être entrée dans la tête de l’auteur qui n’écrit jamais quelque chose par hasard. J’ai donc, et le lecteur aura aussi, je l’espère, l’image bien claire des attaches-lettres triangulaires qui ressemblent, en effet, à des vélos de course : « Cela ne nous empêchait pas d’y retourner chaque semaine pour voir les sportifs s’entraîner, les balles de tennis voler dans un mouvement fluide et lourd, les gardiens de but s’élancer derrière le ballon sur le terrain de football, et surtout pour admirer les cyclistes faisant des tours dans les longues allées, sur leurs vélos légers et fragiles comme des attache-lettre. »

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Je dois décidément me faire une liste de mots: je suis fatiguée et je ne sais plus ce que j’ai mis plus haut pour aprozar

Je reste sur « magasin d’alimentation » pour alimentara… Je trouve important de conserver quelque chose de l’ambiance communiste de l’époque… Il n’y avait plus d’épiceries, on sait bien, après la nationalisation des commerces. Juste des débits d’alimentation. Et plus de boulangerie… Seulement des débits de pain. Vraiment, je ne comprends pas les traducteurs qui mettraient « épicerie, boulangerie », car cela convoque une image inadéquate avec la réalité de ce qu’exprime l’auteur. J’essaie de me dire « pas d’étrangeté », « lisser », « que ça coule »… Mais faut-il le faire au prix d’une mauvaise interprétation de ce que l’auteur a écrit? Je ne crois pas. Jamais. D’ailleurs, un « débit de pain », ça ne choque pas, en français. Cela dit juste ce que je veux dire.

Alors, oui, j’ai regardé, page 55, pour aprozar j’ai écrit « primeur »… Bof. Ça ne va pas du tout dans le contexte. Aprozar, c’est, en roumain « aprovizionare cu zarzavaturi. Un mot valise, composé de « approvisionner », ou « débit » et de « légume » ou « verdures », ou « légumes frais », bref, des produits du maraîchage… C’est aussi un truc qui tient du langage totalitaire, une composition inventée pour décrire une réalité plaquée avec violence sur la devanture des échoppes. En 1948, l’Etat communiste a bazardé les petits commerçants, les fonds de commerce, les enseignes aussi. Bref.

Je pourrais donc  m’amuser avec des compositions: Approlég? Appromar? L’avantage d’Appromar, ce serait sa sonorité… Mais alors, que deviendrait la réalité historique de ces « sociétés commerciales d’Etat »? Je crois que je vais laisser l’Aprozar en place. On comprendra bien.

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Que penser de « transparent comme un morceau de sucre »? Le sucre n’est pas si transparent! Comment permettrais-je au lecteur de comprendre la métaphore de l’auteur, comment verrait-il lui aussi ce que l’auteur a vu en écrivant Solénoïde, si je n’écris pas au moins « sucre candi »? L’image devient alors visible, concrète et belle comme de l’ambre. 

Rendez-vous demain, même heure

 

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