My maxi-taxi

 
A propos

Il y a, dans certaines villes de Roumanie, – et ici, à Galati -, un service de minibus qui vient compléter les lignes classiques de bus, de trolleybus et de tramway.

Les transports en commun sont toujours intéressants pour un photographe. Ils disent tant de choses sur les lieux qu’ils traversent. Des inscriptions, des plans, des numéros qui servent à se repérer.

Ils sont aussi le lieu où le piéton devient passager. Il emprunte un espace, avec d’autres, pour se rendre où ses activités exigent sa présence. Il est présent, là, sur les sièges ou debout parce qu’il n’y a pas de place mais il est absent, souvent : pensif, rêveur ou alors penché sur son téléphone.

Le chauffeur du Maxi-taxi est aussi un personnage intéressant. J’ai commencé, avec ce travail, une exploration systématique de leurs habitudes. Les chauffeurs font corps avec leur véhicule. Ils ne le quittent que très peu de temps pendant leur journée de travail. Je n’ai d’ailleurs pas eu le temps de pousser l’observation jusqu’aux moments d’embauche et de pause.

Ce que l’on voit ici, ce sont quelques détails de leur présence au volant : des pièces de monnaie coincées dans la fente du volant, des liasses de billets en équilibre, à portée de main. (lire la suite ci-dessous)

 

 

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Car c’est un spectable du quotidien, qui passe inaperçu aux yeux des Roumains et qui subjugue une personne comme moi : les bus font la course, les chauffeurs veulent être les premiers à arriver dans les stations bondées, les gens montent, tendent le billet et la pièce s’ils font l’appoint ou alors vont s’assoir et l’argent du trajet passera de main en main, à l’aller et au retour. Pendant ce temps le chauffeur ne s’arrête pas, il a six mains et peut trouver le temps de bavarder avec le copain qui prend place à sa droite. La navette est étourdissante, les virages périlleux. Sauf quand la police veille. Alors, le maxi-taxi rampe au ras de l’asphalte. S’il fait très chaud, il n’y a plus de courants d’air et dans le fond, on suffoque… En hiver, on se presse doudoune contre doudoune pour tenir sur les sièges étroits.

Le maxi-taxi est souvent bondé. On reste debout, on peine à se tenir, car le plafond est bas, ce n’est pas fait pour ça. Mais ça va vite, on supporte, on ne dit rien. Et puis souvent on discute. Comme partout dans le monde, on peut y retrouver ses potes ou ses collègues de travail.

J’ai hâte de retourner là-bas pour continuer. Et puis j’ai noué des liens avec une dame chauffeur qui avait accepté que je la retrouve un matin à l’embauche.  J’y suis allée. Son mari venait de faire une attaque, elle n’était pas au travail. Ce jour-là, son Maxi-taxi a changé d’âme.