Savatie Bastovoi dans Le Canard Enchainé

Bastovoi Le Canard Enchainé

Article publié dans l’édition du mercredi 4 janvier 2012, jour de la parution du premier roman de Savatie Bastovoi.

L’année commence bien… avec un nouveau livre!

Oui, elle commence très bien avec la sortie du premier roman de Savatie Bastovoi, premier romancier moldave à être publié en traduction française depuis 1989!

La Moldavie? C’est quoi? C’est où, me direz-vous?

Eh bien, c’est juste à l’est de la Roumanie, de l’autre côté de la rivière dont le nom fait dérailler les présentateurs télé quand ils doivent le prononcer (la Prut se jette dans le Danube à quelques kilomètres de la Mer Noire).

C’est un petit pays de collines et de vignes.

Un beau pays mal connu.

On y parle le roumain, une langue roumaine sertie de régionalismes savoureux et au lexique façonné au contact prolongé de la langue russe.

On y parle aussi le russe, l’ukrainien… Savatie Bastovoi, poète, romancier, fait d’ailleurs aussi des traductions du russe…

Alors voilà, 2012 commence avec la joie de voir une de mes nouvelles traductions publiée par les éditions Jacqueline Chambon:

Les lapins ne meurent pas - Savatie Bastovoi

BONNE ANNEE 2012 à TOUS!

 

Et encore du nouveau dans ma boîte aux lettres!

Ce matin, c’est l’ouvrage collectif dirigé par Cristina Hermeziu qui a fait son aterrissage chez moi. Et je suis bien contente. J’avais envie de parcourir ces témoignages de Roumains de tous horizons qui ont quitté leur pays et racontent leur « Révolution de loin ».

Publié avec l’aide de l’Institut Roumain d’Histoire Récente, l’ouvrage est une belle contribution à l’étude d’un phénomène affectant la Roumanie contemporaine: l’exil. Que reste-t-il de leur identité, à ces Roumains partis loin de chez eux, 20 ans après la Révolution? Comment perçoivent-ils leur pays, quelle image leurs nouveaux amis et voisins ont-ils de ce pays d’origine?

Cristina Hermeziu est journaliste, elle est correspondante de presse à Paris, et durant l’année 2009, elle a collecté les témoignages de trente personnes établies dans le monde entier.

C’est publié chez Curtea Veche à Bucarest. Et, selon la formule consacrée, ça vient de sortir.

 

Matei Brunul dans ma boîte aux lettres!

Matei, c’est le héros du dernier roman de Lucian Dan Teodorovici. Et il est arrivé par la poste il y a quelques jours…

J’ai hâte de lire ce nouveau roman publié chez Polirom dans la collection Fiction Ltd.

Matei a connu les prisons politiques et à sa sortie, il semble s’oublier lui-même en se dédiant à ses marionettes… Ca, c’est seulement le début… La suite quand j’aurai le temps de plonger dedans, autrement dit quand j’aurai terminé le gros travail en cours…

En attendant, je vous présente la couverture – que je trouve très jolie.

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De la couleur pour la gaieté

En ces premiers jours d’automne particulièrement gris, un peu de couleur pour égayer tout ça!

Ces quelques photos ont été prises lors du Festival Excentrique en Région Centre, que je ne rate jamais lors de son étape en mai, au Parc des Vauroux, près de Chartres.

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Installation de tas de coussins triés par tonalité…

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De la couleur… musicale avec cette bizarre machine à composer du son…

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Conférence de fantômes coloristes.

 

Dana Cojbuc, en apesanteur à Chartres

IMG00506-20110910-1143La série de photos intitulée Je me suis endormi sur le mur a été exposée à la librairie l’Esperluète à l’occasion de la visite de Dan Lungu à Chartres. Je trouvais intéressant de convier au même endroit un écrivain et une artiste photographe. (Ci-dessus la vitrine de notre librairie préférée, avec une des photos de Dana Cojbuc).

Le pari a été relevé, l’expo a beaucoup plu et elle est restée accrochée des derniers jours de juin aux premiers jours de septembre.

Je vous invite à rejoindre Dana Cojbuc sur son site personnel et surtout, venez voir son travail le plus récent, à la Galerie Végétale: dans le cadre de la troisième édition du Festival International de la Phographie Culinaire, elle expose sa série J’ai peur des champignons.

C’est bourré de fantaisie, d’autodésirion et  de poésie. Allez-y! C’est du 28 octobre au 13 novembre prochain.

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Posez ici vos questions à Dan Lungu!

 

Vu le nombre de questions qui me sont posées au sujet de Dan Lungu, cette rencontre promet d’être vivifiante!

Pour répondre par le menu, oui il y aura une présentation de l’auteur, oui il y aura des petits passages lus et oui, des questions pourront lui être adressées, en direct. Et oui, il dédicacera ses livres.

Une information : la modératrice de notre après-midi littéraire sera Monica Salvan, une jeune traductrice du roumain, docteur en lettres et enseignante qui connaît bien l’oeuvre de Dan Lungu.

Venez nombreux, dès 17h30 et jusqu’à 19h00. C’est un bon prélude à la soirée estivale de la Fête de l’eau.

Il est encore temps de lire l’un de ses romans!

Et pour ceux qui ne peuvent pas venir, n’hésitez pas à poser vos questions ici même en commentaire, je les lirai lors de la rencontre!

jacquelinechambon.fr Comment oublier une femme

Je suis une vieille coco!

Le Paradis des poules

Dan Lungu à Chartres le 24 juin!

 

-DAN LUNGU à CHARTRES-

Rencontre autour de la littérature roumaine

Vendredi 24 juin à 17h30

A la librairie L’Esperluète 

 portrait Dan Lungu

 

L’écrivain Dan LUNGU, internationalement reconnu, notamment avec ses œuvres « Le Paradis des poules » et « Je suis une vieille coco! »,  viendra à la rencontre de ses lecteurs à Chartres, Vendredi 24 juin à 17h30, à la librairie L’Esperluète, 10 Rue Noël Ballay.

L’Esperluète recevra l’auteur roumain, traduit déjà en 10 langues et révélé par les éditions Jacqueline Chambon en 2005 avec sa traductrice en français, Laure Hinckel.

Installée dans une très jolie bâtisse du XVIème siècle classée monument historique, la librairie dirigée par Olivier L’Hostis est connue et appréciée non seulement pour son espace de vente mais aussi pour sa capacité à organiser des rencontres, des lectures et des expositions.

A cette occasion, les romans de l’auteur tels « Le Paradis des poules », « Je suis une vieille coco! », « Comment oublier une femme » et le recueil de nouvelles paru aux éditions Non Lieu « Pas question de Dracula » pourront être dédicacés.

Cette rencontre autour de la littérature roumaine actuelle est organisée par l’association chartraine Le Café Bouquins en partenariat avec L’Esperluète, un lieu de convivialité au service de la lecture.

 

A voir aussi en première à Chartres : l’exposition de photographies de l’artiste Dana Cojbuc, Je me suis endormi sur le mur, présentée dans la librairie.

 

 

Entrée libre

A propos de DAN LUNGU…

 

 

 

Dan Lungu est né à Botosani en 1969. Romancier, il est également maître de conférences à la chaire de Sociologie de l’université de Iasi (Est de la Roumanie). Il fonde en 1996 le groupe littéraire Club 8. Il a publié plusieurs romans, recueils de poèmes et de nouvelles et reçu de nombreux prix.

En 2005, peu après la parution de son premier roman en traduction française, Dan Lungu a été invité du Centre national du Livre pour la manifestation Les Belles Etrangères consacrée à la Roumanie.

Dan Lungu est aujourd’hui un des écrivains roumains les plus traduits. Son quatrième roman paru en Roumanie en 2011 s’intitule « En enfer toutes les ampoules sont grillées ».  Un retour à l’humour déchainé caractérisant ses deux premiers romans.

 

Contact Presse :

Corina VLAS

VLAS communications

Tél : 06 79 04 25 99

Courriel : corina@vlas-communications.com

Comment oublier une femme : le couple en question

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Je ne sais ce que j’ai le plus aimé dans cette traduction…. Le héros? J’ai commencé par le détester avant de le prendre en amitié: il accumule les défauts rebutant la gent féminine!

La peinture sociale d’une rédaction de journal minée par les affaires véreuses? Ah oui, ça m’a botté. C’est jouissif. Le rédac’chef a ce petit quelque chose qui donnera des frissons à tout plumitif s’étant frotté un jour ou l’autre aux claviers crasseux d’un journal de seconde zone (c’est presque un passage obligé dans la carrière d’un journaliste post-belle époque de la presse)…

Le pas de deux amoureux? Il se révèle bancale du jour au lendemain, avec la disparition de Marga, l’héroÏne. Sacré personnage de fille! La scène du cornet de glace vaut le détour : c’est à ce moment-là je crois que j’ai commencé à compatir… pour lui. Lui, justement : il se révèle bon psychologue du couple. Il en comprend, des choses! …. après être revenu (un peu) de sa phase de beauf pas rasé, pas lavé. Il porte des chaussettes dans ses sandales (bouh!) mais analyse avec finesse les différentes mues du souvenir. Il le sait bien : le jour de la disparition, les jolies dents de Marga n’étaient que des « ratiches ». Puis elles retrouvent le nom objectif de « dents » avant de redevenir, à la lumière de la ressouvenance la plus récente, la plus chargée de nostalgie, de compassion et il faut le dire, d’amour, de jolies « quenottes » (p. 87).

 

Le troisième personnage important ici, c’est Set, le religieux néo-protestant. Le roman de Dan évoque de près les idées et les pratiques de Set et de ses amis. C’est bien vu, bien senti. Le roman, pour être assez court, réussit à être très riche : comment est vécu le sentiment d’exclusion vu de l’intérieur? Comment au fil du siècle le grand-père puis le père de Set ont-ils conquis de nouveaux adeptes? Dan Lungu décrit aussi les comportements d’intolérance de la part de la population majoritaire… Un chapitre excellent relate le passage à tabac de Set et de ses amis par un groupe de bergers à cheval. Le paysage calme et riant est le contrepoint idéal de cette noirceur humaine : c’est bref et violent. Efficace.

Les églises néo-protestantes connaissent un engouement réel même en occident. Au printemps 2010, Libération a consacré une double page au phénomène. Le roman de Dan Lungu revêt de chair, d’organique et de plaisir pour la chose « bien racontée » ces données actuelles un peu sèches.

Si vous êtes comme moi, vous glisserez assez rapidement de l’énervement à une reélle sympathie à l’égard de ce type un peu mou et pas très clean qui s’avère être sensible. Ses problèmes locatifs sont hyper réalistes. Il traîne ses valises. Passe par des moments de désespoir dans une cage d’escalier, assis sous des boîtes aux lettres aussi bancales que sa vie. Dort dans un dépôt de porcelaines. Envisage une nuit sur les journaux empilés à la rédaction. Explore les petites annonces. Trouve refuge chez Set… où il n’a pas le droit de fumer!

Et Elle, me direz-vous?

Eh bien, elle est fort présente, toute absente qu’elle est.

Et je dis chapeau à Dan Lungu pour la trouvaille de la fin, celle qui nous donne le pourquoi du comment de la disparition de Marga… C’est une e-conclusion très bien amenée…

Me permettant d’e-conclure à mon tour!

Info à destination des germanistes: la traduction allemande est parue, elle aussi. Signée Jan Cornelius. Wie man eine Frau vergisst est publié chez Residenz Verlag. Il est amusant de voir combien les couvertures sont différentes… 

 

L’homme qui parle… Llosa enfin nobelisé

Ah, quelle joie de voir Mario Vargas Llosa recevoir le prix Nobel!!!

Une chose me surprend dans les quelques articles et chroniques parcourus aujourd’hui : personne n’évoque l’extraordinaire roman L’Homme qui parle! Il est, pour moi, même supérieur à La Guerre de la fin du monde et à La ville et les chiens. Je le préfère en tout cas. Enfin, si je me résigne à faire un tri… Difficile, car c’est vraiment un romancier dont j’aime énormément l’ensemble de l’oeuvre.

 

Parlons en langues à Venise

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La session d’ateliers de traduction organisée par l’Institut culturel roumain dans le charmant palais de sa filiale vénitienne se termine, en ce vendredi 9 juillet.

Au balcon du palazzo Correr-Contarini, dans le sestiere de Cannaregio, les traducteurs parlent en langues.

 

De gauche à droite, Aronne Mapelli est un jeune traduicteur en italien; Florin Bican organise des bourses pour les jeunes traducteurs; Joanna Kornas-Warwas transporte la littérature roumaine  dans sa langue natale, le polonais; Ileana Maria Pop commence à traduire en italien, comme Roberto Merlo. Dana Bleoca est une des responsables du centre national du livre roumain, Serafina Pastore est une autre jeune traductrice en italien. On reconnaît l’écrivain, la poétesse Simona Popescu, on aperçoit le raffiné Giovanni Magliocco, un traducteur et poète et puis l’exubérant Danilo De Salazar. A côté de lui, le traducteur en hongrois d’un très beau roman comique de Ioan Grosan. Il s’appelle Mihaly Lakatos. Enfin, à la fenêtre de droite, voici Lora Nenkovska, traductrice en bulgare.

Sur la photo, manquent   le talentueux Gerhardt Csejka, traducteur en allemand, notamment, de Mircea Cartarescu; manque aussi Jan Willem Bos, qui fait de même en néerlandais. Any Shilon traduit en hébreux et Jan Cornelius est un traducteur de Dan Lungu. Nous venons de travailler chacun dans notre langue sur le même roman de Dan Lungu : Comment oublier une femme. Et nos deux traductions sortiront à l’automne. Anita Natascia Bernacchia, Maria Luisa Lombardo et Mauro Barindi devaient être en train de parler de lexique et d’équivalences, pour ne pas s’être pressés au balcon…. C’était aussi le cas de Dan Lungu, qui répondait à un interview…

Et  moi, bien sûr, traductrice en français, je suis l’oeil de cette rencontre.

Au fait, vous avez remarqué une chose?

Langue est l’anagramme de lagune…

Je ne trouve pas étonnant que nous soyons réunis sur la lagune pour déployer l’éventail de nos idiomes autour de notre langue roumaine commune…

Et je rajoute ici la photo …. de la photographe en train de photographier… Merci Ileana Pop qui a pris le cliché!

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Choses vues à Rosia Montana en 2004 (le combat continue)

(22 mai 2008)

Au secours de Rosia Montana

L’autre jour au p’tit dèj, qu’entends-je sur Europe 1? On s’émeut de la possible disparition des légendaires lettres en tôle posées sur les hauteurs de la ville-cinéma Hollywood. Un projet immobilier serait en cause…

Mon sang ne fait qu’un tour, et depuis je cogite.

Pendant que des gens se battent depuis plus de cinq ans contre  l’implantation d’une mine d’or et tentent de préserver le patrimoine antique d’Alburnus Maior,  tout ça dans le silence le plus total, la France entière est avertie dès potron-minet du danger qui guette les monumentales lettres ! Dans le reportage, on signale même que l’implantation des lettres H-O-L etc. remonte à une époque lointaine : le début du XXème siècle !

Là, c’est vrai, mes vestiges à moi ont deux mille ans. Ils ne font pas le poids contre cent ans d’histoire….
A Rosia Montana, en Roumanie, des gens vivent un calvaire!

J’entends déjà les observations grinçantes : « ça parle à personne, ton truc ! », «c’est loin de Paris, les Carpates, ma cocotte ! » ou « C’est un truc bancale dans un pays bancale ! .

C’est sûr, c’est loin, Rosia Montana. En 2004, j’y suis allée. De Cluj, une ville universitaire où j’étais invitée pour des Rencontres européennes sur la culture, j’ai fait un très pittoresque voyage en bus jusqu’au cœur des montagnes.

Je voulais aller les voir, ces gens qu’on forçait à vendre leur maison pour ensuite dynamiter leurs collines et creuser pour trouver de l’or. Je voulais leur parler, prendre des photos, rencontrer l’élu local, voir les fameux vestiges de l’époque romaine et surtout descendre dans la mine creusée il y a plus de deux mille ans. Je voulais comprendre. La presse roumaine regorgeait d’informations incomplètes. J’étais moi-même sensibilisée à la question des mines d’or et à l’utilisation du cyanure, puisqu’en 2000 je m’étais rendue dans le nord du pays pour faire un reportage sur une catastrophe minière : la rupture d’un bassin de décantation contenant, justement, des cyanures, avait provoqué une importante pollution jusque dans le Danube.

J’y suis donc allée, à Rosia Montana. J’ai fait ce que je m’étais proposé de faire. J’ai rencontré beaucoup de gens. J’ai parcouru le village en long et en large. Je suis descendue dans la mine. J’ai aussi rencontré les membres d’une ONG dont le nom est Alburnus Maior, du nom du site romain.

Stupeur, il y avait là une étrange fille passionnée, anglaise ou française ou les deux. Derrière un ordinateur, dans une très petite maison et sans beaucoup de confort, elle militait. Toute seule ou presque. Avec une liaison Internet très faible. Elle défendait le village. Elle m’a même accueillie chez elle pour la nuit, alors que je n’avais rien prévu et que je ne pouvais pas rentrer à Cluj sans avoir fait le tour de la question.

Puis je suis rentrée à Paris, et j’ai tenté de placer mon reportage. En vain. Trop compliqué, trop documenté. Mal venu, pas le moment, pas de place. L’expérience habituelle du free-lance. Pas grave.

Je vous propose de vous le faire lire, ce reportage.

Avec la mention que ce reportage est daté. Je ne l’ai pas mis à jour. Depuis, certains détails de procédure ont changé. Mais le problème reste le même. Peut-être la mobilisation en cours (très forte) portera-t-elle ses fruits ?
REPORTAGE A ROSIA MONTANA (réalisé en 2004)

La jolie Téofana souffre directement de la soudaine inflation de villageois « milliardaires » à Roşia Montana. La bâtisse que la jeune femme de 28 ans voulait acheter avec son mari pour y installer leur premier foyer vient de leur passer sous le nez : quelqu’un a proposé dix fois le prix qui avait été initialement convenu avec la propriétaire.

L’histoire de Téofana n’est pas banale : elle vit au cœur d’un Eldorado, mais un Eldorado qui sera, sous peu -à moins de victoire des associations militant pour le développement durable- pulvérisé. Les villageois attachés à leur patrimoine s’opposent à un entrepreneur offensif qui s’apprête à décapiter les montagnes pour exploiter à ciel ouvert une mine d’or et d’argent. On se trouve dans l’ouest de la Transylvanie. Un gisement d’or et d’argent gît sous un fabuleux trésor archéologique, celui de l’antique « Alburnus Maior ». Et pour compléter, au dessus de ces richesses de deux genres bien différents, vivent et meurent des hommes. Il y a là 800 maisons, 9 églises et 8 cimetières.  

On appelle cette région le « quadrilatère d’or ». Connue des géologues et des archéologues du monde entier. La conquête de la Dacie par l’empereur Trajan au 2ème siècle après JC marqua le début de presque deux siècles d’exploitation du métal précieux par les Romains. Mais bien avant les Romains, les Daces du célèbre roi Décébale -celui qui préféra en l’an 106 se trancher la gorge plutôt que rendre les armes au conquérant romain Trajan- savaient eux aussi, et depuis bien longtemps, extraire l’or des galeries et forger des bijoux…

Presque deux mille ans plus tard, les villages des vallées de Roşia Montana et Corna, au cœur de ce « quadrilatère », offrent le spectacle d’un nouveau drame. Un formidable bras de fer est engagé entre les habitants, les archéologues et les écologistes d’une part et de l’autre une « junior » roumano canadienne dont l’ambition est d’ouvrir une mine d’or à ciel ouvert sur une surface vaste comme la moitié de Paris. Vingt ans d’extraction programmée. Un énorme investissement.

La commune est certes asphyxiée par le chômage, les difficultés de la mine d’or en activité -propriété de l’Etat roumain- et le déclin par lequel passent toutes les zones de moyenne montagne quand elles sont délaissées par les pouvoirs publics. Pour le maire de Roşia Montana, le Projet de la Gold Corporation « est une chance qui n’arrive qu’une fois en 2000 ans ». M. Nariţa joue donc à fond la carte de la Compagnie après avoir pourtant été élu il y a deux ans avec 70% des voix sur son message « non au Projet ». Les mains à plat sur son agenda qui porte le sigle de la compagnie minière, le maire emploie les grands mots : « on est dans une économie capitaliste. On a évolué, depuis les vieux slogans qui proclamaient « on ne vend pas notre pays » ! ».

Le maire espère voir les travaux commencer cette année, « pour notre nouvelle localité, moderne, car on va vers l’an 3000, on ne regarde pas en arrière ! ». L’édile rêve déjà à « notre salle de sport, la maison de la culture, la bibliothèque, une garderie moderne, le téléphone… On fera des jolies parcelles, tout sera bien aligné. » Les 2150 habitants des 5 villages qui seront affectés, si le projet obtient l’aval du gouvernement, devraient donc être déplacés, leurs maisons rasées, et toute trace des vestiges romains, effacée. Les gens devraient être relogés plus bas dans la vallée, dans un village modèle.

Dans la cour de la mairie trône la « maison témoin » érigée par la « Gold ». Une sorte de pavillon Phoenix à étage. Les habitants ne se précipitant pas pour la visiter, des bureaux y ont finalement été installés. Des bâtiments publics ont été loués à la Compagnie. « Si on ne vivait que des taxes locales on ne pourrait même pas payer le personnel de la mairie. Depuis que l’an dernier la Gold corporation nous apporte de l’argent, le Conseil départemental a cessé de nous subventionner » poursuit le maire.

La vallée de la Roşia (la Rouge) enchante par son paysage bucolique de collines et de vergers parsemés de talus herbeux qui sont les traces anciennes d’une activité minière deux fois millénaires… et bien malheureusement, désole par la pollution ménagère et industrielle qui y règne. Des montagnes de détritus encombrent les ruisseaux. Mais peut-on décemment exiger de ces gens d’être au top du mouvement civique et écolo ? Après 45 ans de dictature, les voilà peu armés pour lutter avec un civisme irréprochable contre une grosse multinationale.

Les eaux de la rivière sont affectées par un phénomène d’acidité qui se dégage des galeries minières et du gisement dont l’exploitation à ciel ouvert a commencé sous Ceausescu. On a donc là un site de moyenne montagne, industrialisé, qui au lieu de se voir assaini s’apprête à être dévasté.

Les habitants qui ne veulent pas quitter la vallée de la Rosia disent qu’ici on a inventé le « chantage aux euro-poubelles ». Ces conteneurs aux normes européennes devraient être distribués. M. Narita proteste : « on a des euro poubelles. J’en ai acheté 170. Mais ici, on ne les distribue pas, parce que les gens vont partir de toute façon et si on les leur donne, ils les emporteront avec eux ». Pour lui, les dés sont jetés. Pourtant, rien n’est décidé.

Rien n’est décidé, et pourtant, la population de la vallée et des alentours subit depuis longtemps déjà l’agressivité à coup de poignées de billets. Les propositions de rachat des maisons par la « Gold » vont bon train. Encore un fois, il faut préciser que rien n’est officiellement décidé.

Il y a des candidats au départ. Ils ont été 200 en 2002 à empocher leur milliard de lei et à laisser les clés de leur maison. La Compagnie appose ensuite sur la façade une petite plaque bleue, portant l’inscription : « propriété de la Roşia Montana Gold Corporation ». Pour ceux qui veulent rester, la progression des petites plaques bleues sur les maisons du village représente une pression psychologique évidente.

Alors, en signe de désaccord, ils ont collé sur leur maison des petites affiches : « PAS à vendre ».

Stéphanie Roth, militante de l’association locale « Alburnus Maior » fulmine derrière ses lunettes rondes et fume cigarette sur cigarette. « Les gens vendent leurs maisons pour un projet qui ne sera peut-être pas accepté ! Ils sont victimes d’un chantage ! » Avec sa collègue roumaine Stefania, elle guette la moindre évolution du conflit et produit communiqué sur communiqué pour alimenter le site Internet de l’association. Et mobiliser.

Les anciens orpailleurs du village comptent sur elle. C’est le cas du père Ivaşcan, un vert septuagénaire qui se régale, dans cette ambiance de « résistance ». Il n’a pas digéré le « kilo et demi d’or investi dans la fabrication d’un concasseur juste après la guerre » et qu’il n’a eu le temps d’utiliser que deux années avant de se le voir confisquer et détruire par le pouvoir communiste, « le jour funeste du 11 juin 1948 »… Fanfaron, le père Ivaşcan lance, un peu à côté de la plaque, « on est les Décébale d’aujourd’hui ! On revit la lutte entre les Daces et les Romains !
Les habitants du village sont habitués à compter les uns sur les autres. Dans une ruelle qui serpente à l’assaut de la colline, Rodica, une solide villageoise tout juste retraitée, avoue qu’elle a peur de rester seule : « dans ma rue, nous ne sommes plus que deux ». Une voisine du père Ivaşcan déclare souffrir d’insomnie à l’idée de se retrouver isolée dans un village fantôme secoué par les explosions de la mine.

Deux cents familles sur les 700 ont déjà rendu leurs clés. « C’est triste de voir comment les vieux d’ici subissent les pressions de leurs enfants » déplore Stéphanie Roth, la militante d’Alburnus Maior. Dans le village, des drames domestiques sont en train de se jouer. Les plus influençables laissent leurs morts et leurs maisons à la beauté décrépie. Histoire de faire plaisir à leurs jeunes, des jeunes désireux de vivre en ville et d’améliorer leur niveau de vie.

Ces jeunes « milliardaires », on les voit arriver de loin. Les prix explosent. Dans les rues de Roşia Montana, les petites annonces fleurissent sur les poteaux électriques. Des maisons situées à l’autre bout du pays trouvent ainsi acheteur, à des prix inespérés.

« Je ne suis pas contre l’investissement à la mine, mais leurs méthodes ne me plaisent pas » se plaint Nicolae Jurcan, serrurier à la mine souterraine propriété de l’Etat. Sa maison carrée, bien assise sur un demi-sol de pierres de taille, a l’air trapu et confortable des maisons de la région. La Gold corporation lui en offre 900 millions de lei (24324 euros). « Ils ont pris ma maison en photo pour que j’arrête mes travaux en cours. Pour que je ne sois pas tenté de leur en demander plus tard un meilleur prix. Mais je vais les faire, mes travaux. Si j’avais voulu vivre entassé quelque part dans une tour, ça fait longtemps que j’aurais déménagé ! » A 47 ans, Nicolae Jurcan sait aussi qu’il a très peu de chances d’obtenir un des quelque 250 emplois promis par la Compagnie.

La Gold Corporation est presque convaincante, à force de promettre de dépolluer, de reconstituer les montagnes et de reboiser les milliers d’hectares de roches stériles qu’elle laissera derrière elle. Le « Centre d’Information de la Communauté », installé dans le haut du village, au plus près des récalcitrants, est d’ailleurs de ce point de vue un modèle de « transparence » : des dizaines de graphiques, de cartes et de simulations en 3D présentent le projet, y compris le lac de décantation qui noiera la vallée voisine et sera retenu par un barrage de 140 mètres de hauteur…

Mais jamais la Compagnie ne pourra reconstruire ce qu’elle s’apprête à dynamiter : la richesse archéologique de Roşia Montana.

« Alburnus Maior » est « une vallée romaine, un site énorme, peu abîmé. Tout est là, le potentiel est colossal. C’est un site majeur, constitué de plusieurs sanctuaires, de voies romaines… » L’auteur de ces mots est Béatrice Cauuet, archéologue, spécialiste française des mines antiques. Une scientifique peu encline à s’emballer pour une cause, fut-elle aussi belle que celle d’Alburnus Maior. Elle a participé, ces deux dernières années, à des fouilles de sauvetage payées par la Compagnie. Cela lui a valu d’être accusée de collaborer avec les « forces du mal ». Il faut dire que dans ce dossier mêlant intérêts économiques nationaux, passions nationalistes, causes écologistes et besoin de sauver un patrimoine unique en son genre, le manichéisme est à portée de main, utilisé par les uns et par les autres.

« On détruit tant de sites en France » relativise l’archéologue dont la profession est en France justement touchée par le manque de crédits alloués aux recherches. Mme Cauuet est cependant catégorique. La Compagnie parviendra peut-être à passer en force, mais alors, « même si le site doit être détruit et que c’est déplorable, il faudra absolument l’étudier avant ».

Passionné mais timide au point de taire son nom, le guide des « galeries romaines » à Roşia Montana fait partie des villageois désolés mais résignés. Les 400 mètres de galeries de forme trapézoïdales, creusées il y a deux mille ans, c’est son domaine. Il signale au passage les creux dans la roche, là où les mineurs plantaient leurs torches pour y voir clair. Les archéologues ont encore trouvé ces deux dernières années des outils en bois très bien conservés dans des tronçons de galeries fermées au public. Si tous ces passages disparaissent au dynamitage, c’est un trésor archéologique qui disparaîtra. Or l’excavation de toute la région est en effet la seule solution proposée par la Gold Corporation : le travail en souterrain ne serait pas rentable.

« Il y a six niveaux en dessous de nous » explique-t-il « et en quelques heures de marche sous la montagne, on peut arriver de l’autre côté de la vallée, en face ». C’est une jolie rumeur, presque une anecdote.

Car la réputation internationale de ces lieux provient de la découverte, au 18ème siècle principalement, de documents uniques jetant une lumière nouvelle sur le droit romain et sur la vie quotidienne des provinces latinophones de l’empire : des tablettes de bois gravées en latin cursif. Des instantanés de la vie quotidienne dans les derniers siècles de l’Empire. Les plus célèbres tablettes étaient des contrats en trois exemplaires: chaque contractant en conservait une partie, la troisième demeurant l’original auquel se reporter en cas de litige… D’autres tablettes rapportent des transactions ou prouvent l’existence de contrats rédigés pour des travailleurs libres venant des quatre coins de l’empire romain…

Aujourd’hui, les habitants de Rosia Montana vivent une attente insupportable dans leur village aux allures de rivage des Syrtes. Dans l’Antiquité, ce bras de fer et l’histoire triste de la douce Téofana auraient pu faire l’objet d’une chronique. Sur tablettes de bois, bien sûr.

 Quelques chiffres

La Roşia Montana Gold Corporation est une joint-venture entre une société canadienne, Gabriel ressources (80%) et Minvest, la mine d’Etat roumaine (20%). La partie roumaine percevrait des royalties à hauteur de 2% de la production.

La Roşia Montana Gold Corporation projette de produire en moyenne 550 000 onces d’or (17105 kg) et 2.6 millions d’onces d’argent (80860 kg) par an. Pour cela l’usine traiterait chaque année 13 millions de tonnes métriques de minerais.

La concession obtenue en 2000 couvre 4282 hectares (21 km2) de montagnes.

Le lac de décantation des roches contenant du cyanure et des métaux lourds s’étendrait sur le fond d’une vallée et atteindrait une surface de 600 hectares à lui seul.

Le barrage de retenue mesurerait 140 mètres de haut.

Le prix du civisme pour Alburnus Maior

La Constitution adoptée en octobre 2003 consacre le droit à un environnement sain.

L’action civique mise en place depuis de nombreux mois par Alburnus Maior est récompensée.

Le principe de protestation est le suivant : les citoyens sont conviés à envoyer au ministère de l’environnement une carte postale spécialement imprimée. L’arme choisie est l’humour : une photo montre deux vaches conversant dans un chemin creux : l’une demande à l’autre « tu déménages, toi, pour des fenêtres en alu ? ». A quoi l’autre répond pleine de bon sens « Non, j’aurais du mal,  jusqu’au 6ème!  »

Le mouvement de résistance et d’insubordination civique « Sauvez Roşia Montana » de l’association Alburnus Maior a ainsi été primé, le 10 décembre 2003, lors du Gala de la société civile qui se tient annuellement à Bucarest. Ce prestigieux événement récompense l’activisme social.

 

Avant cela, l’ICOMOS, le « bras culturel » de l’Unesco, a condamné le projet dès le 5 décembre 2002 lors de son assemblée générale : « les vestiges de la plus importante mine d’or romaine au monde se trouvent à Roşia Montana en Roumanie. Ce site court le risque d’être totalement détruit par un projet d’exploitation minière privé. Les donateurs internationaux ont déjà décidé de ne pas apporter leur soutien à ce projet en raison de menaces sérieuses qu’il fait peser sur le patrimoine naturel et culturel de la région ».

1038 personnalités du monde entier ont également signé un appel au sauvetage « de ce patrimoine culturel unique » et proposent « comme alternative à ce projet mono industriel dangereux (…) l’idée de développement d’un parc archéologique».
Aujourd’hui, il existe un truc qui s’appelle le « développement durable ».

 

Archives de mon ancien blog Hautetfort

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(29 avril 2008)
Retour sur les Rencontres Internationales des Traducteurs de Roumain

Il y a une semaine exactement, je me retrouvais avec 17 traducteurs de littérature roumaine venus de 14 pays, pour deux jours de rencontres exceptionnelles, à l’Institut culturel roumain de Paris. Nous avions déjà l’impression de nous connaître un peu, très peu : par l’intermédiaire de nos échanges de mails. Quatre mois de préparation pour que tout ce petit monde se retrouve à Paris… Il y a avait aussi des traducteurs français de littérature roumaine, mes confrères, ici en France, dont certains sont les membres fondateurs de notre association, la bien nommée Association des Traducteurs de Littérature Roumaine (ATLR). Et plusieurs écrivains: Dan Lungu, « mon » auteur qui a retrouvé à Paris une demi douzaine de ses traducteurs de par le monde; Dumitru Tsepeneag, qui est bien traducteur mais qui, en tant qu’écrivain, a lui aussi rencontré (certes ce n’était pas la première fois) ses traducteurs et traductrices;  Matei Visniec, qui écrit ses merveilleuses pièces en français, est traduit et mis en scène en grec; Dinu Flamand, le poète, a retrouvé à Paris sa traductrice portugaise, Maria Teresa Leitao – l’occasion d’apprendre combien une traduction à quatre mains transforme (dans ce cas) le traducteur et enrichit l’auteur…

J’ai regretté que des personnes invitées comme Olivier Mannoni, le président de l’Association des Traducteurs Littéraires de France n’aient pas pu se joindre à nous. M. Mannoni était excusé, bien entendu, et je signale que l’ATLF a eu l’amitié de publier l’annonce de nos Rencontres sur son site. Peut-être une seconde édition nous permettra-t-elle de nous retrouver aussi nombreux mais entourés de professionnels travaillant dans d’autres langues et venant, par curiosité -pourquoi pas- écouter ce qu’ont à dire ces étranges traducteurs de roumain….

Louis Monnier (le photographe, célèbre notamment pour ses portraits d’écrivains) nous a rendu une visite, le lundi après midi, notamment pour écouter son ami Dan Lungu. Et puis le poète Jean Portante est venu, lui aussi, nous faisant une petite place dans son emploi du temps surchargé… Bientôt ici nous pourrons lire ce qu’il est venu nous raconter – une histoire de langage et d’expression, un témoignage sur la traduction et la création, bien entendu…

A suivre, donc, ici, le récit illustré (si j’y arrive) de ces deux journées bien remplies.

(5 mai 2008)
L’homme orchestre de Balkan Tranzit… c’est lui

J’ai une furieuse envie de vous parler de quelqu’un d’extraordinaire. Cela me prend ce matin, comme ça, c’est vrai… mais il fait beau sur la Beauce et sur la Normandie… ce qui est de bon augure pour le festival Insolite Roumanie! qui se déroule là-bas, sous les pommiers et dans la belle et bonne ville de Caen! C’est tout bon pour Laurent Porée!
Du jazz, des expositions (de Dan Perjovski et de Andrei Pandele) entre autres, des rencontres avec des écrivains comme Florina Ilis ou Gabriela Adamesteanu et Lucian Dan Teodorovici et j’en passe… tout cela est le fruit de son travail de coordinateur, de mélangeur d’idée, de stimulateur de projet, de professionnel de l’intuition. Car il en rassemble des gens et des institutions, Laurent Porée. Avec lui, la notion de partenariat prend tout son sens.
J’ai consulté de nouveau ce matin le programme d’Insolite Roumanie, ici : http://www.balkans-transit.asso.fr/roumanieSite/index.php? action=programme, et cela m’a fait revivre quelques beaux moments de la préparation du festival, l’an dernier, à Caen, avec Cecilia Stefanescu et Stefan Agopian, et bien sûr Laurent… Je vais d’ailleurs très vite rajouter à mon album les photos de l’an dernier. A suivre donc.
Mais en attendant, aujourd’hui, il vous faut aller voir ici d’urgence: Magazine Au fil de la Normandie – numéro 17 : « Dans les coulisses d’Insolite Roumanie » . http://www.balkans-transit.asso.fr/roumanieSite/telecharg…

On y voit Laurent Porée en pleine action lors de ses repérages à Bucarest à l’automne 2007. Il était guidé par Cosmin Manolescu (danseur et chorégraphe) et il est allé dans certains des meilleurs coins de la capitale…. Carul cu bere ou la terrasse du Green Hours

(22 mai 2008)

Au secours de Rosia Montana

L’autre jour au p’tit dèj, qu’entends-je sur Europe 1? On s’émeut de la possible disparition des légendaires lettres en tôle posées sur les hauteurs de la ville-cinéma Hollywood. Un projet immobilier serait en cause…

Mon sang ne fait qu’un tour, et depuis je cogite.

Pendant que des gens se battent depuis plus de cinq ans pour préserver le patrimoine antique d’Alburnus Maior de l’implantation d’une mine d’or, tout ça dans le silence le plus total, la France entière est avertie dès potron-minet du danger qui guette les monumentales lettres ! Dans le reportage, on signale même que l’implantation des lettres H-O-L etc. remonte à une époque lointaine : le début du XXème siècle !

Là, c’est vrai, mes vestiges à moi ont deux mille ans. Ils ne font pas le poids contre cent ans d’histoire….
Sauf qu’aucune vie n’aura directement à souffrir de la construction de villas avec piscine à Hollywood. Tandis qu’à Rosia Montana, en Roumanie, des gens vivent un calvaire!

J’entends déjà les observations grinçantes : « ça parle à personne, ton truc ! », « c’est loin, les Carpates, ma cocotte ! » ou « C’est un truc bancale dans un pays bancale ! ».

C’est sûr, c’est loin, Rosia Montana. En 2004, j’y suis allée. De Cluj, une ville universitaire où j’étais invitée pour des Rencontres européennes sur la culture, j’ai fait un très pittoresque voyage en bus jusqu’au cœur des montagnes.
Je voulais aller les voir, ces gens qu’on forçait à vendre leur maison pour ensuite dynamiter leurs collines et trouver de l’or. Je voulais leur parler, prendre des photos, rencontrer l’élu local, voir les fameux vestiges de l’époque romaine et surtout descendre dans la mine creusée il y a plus de deux mille ans. Je voulais comprendre. La presse roumaine regorgeait d’informations incomplètes. J’étais moi-même sensibilisée à la question des mines d’or et à l’utilisation du cyanure, puisqu’en 2000 je m’étais rendue dans le nord du pays pour faire un reportage sur une catastrophe minière : la rupture d’un bassin de décantation contenant, justement, des cyanures, avait provoqué une importante pollution jusque dans le Danube.

J’y suis donc allée, à Rosia Montana. J’ai fait ce que je m’étais proposé de faire. J’ai rencontré beaucoup de gens. J’ai parcouru le village en long et en large. Je suis descendue dans la mine. J’ai aussi rencontré les membres d’une ONG dont le nom est Alburnus Maior, du nom du site romain.
Stupeur, il y avait là une étrange fille passionnée, anglaise ou française ou les deux. Derrière un ordinateur, dans une très petite maison et sans beaucoup de confort, elle militait. Toute seule ou presque. Avec une liaison Internet très faible. Elle défendait le village. Elle m’a même accueillie chez elle pour la nuit, alors que je n’avais rien prévu et que je ne pouvais pas rentrer à Cluj sans avoir fait le tour de la question.

Puis je suis rentrée à Paris, et j’ai tenté de placer mon reportage. En vain. Trop compliqué, trop documenté. Mal venu, pas le moment, pas de place. L’expérience habituelle du free-lance. Pas grave.

Ce qui me réjouit aujourd’hui, c’est que l’ONG continue son combat. Et que deux journées de mobilisation sont organisées à Paris.

Tout le programme est ici, au bout de ce lien : http://www.patrimoineroumain.fr/ (Mais attention, pour le mardi, pensez bien à vous inscrire au numéro indiqué sur le site! )

Moi, je continue de soutenir que cette affaire n’est pas qu’une question de patrimoine et de pierres. C’est un problème humain.
C’est pour cela que j’ai commencé mon reportage avec l’histoire d’une jeune femme rencontrée dans le village, Téofana. Elle était émouvante.

Alors je vous propose de vous le faire lire, ce reportage.
Avec la mention que ce reportage est daté. Je ne l’ai pas mis à jour. Depuis, certains détails de procédure ont changé. Mais le problème reste le même. Peut-être la mobilisation en cours (très forte) portera-t-elle ses fruits ?
REPORTAGE A ROSIA MONTANA

« La jolie Téofana souffre directement de la soudaine inflation de villageois « milliardaires » à Roşia Montana. La bâtisse que la jeune femme de 28 ans voulait acheter avec son mari pour y installer leur premier foyer vient de leur passer sous le nez : quelqu’un a proposé dix fois le prix qui avait été initialement convenu avec la propriétaire.

L’histoire de Téofana n’est pas banale : elle vit au cœur d’un Eldorado, mais un Eldorado qui sera, sous peu -à moins de victoire des associations militant pour le développement durable- pulvérisé. Les villageois attachés à leur patrimoine s’opposent à un entrepreneur offensif qui s’apprête à décapiter les montagnes pour exploiter à ciel ouvert une mine d’or et d’argent. On se trouve dans l’ouest de la Transylvanie. Un énorme gisement d’or et d’argent gît sous un fabuleux trésor archéologique, celui de l’antique « Alburnus Maior ». Et pour compléter, au dessus de ces richesses de deux genres bien différents, vivent et meurent des hommes. Il y a là 800 maisons, 9 églises et 8 cimetières.

On appelle cette région le « quadrilatère d’or ». Connue des géologues et des archéologues du monde entier. La conquête de la Dacie par l’empereur Trajan au 2ème siècle après JC marqua le début de presque deux siècles d’exploitation du métal précieux par les Romains. Mais bien avant les Romains, les Daces du célèbre roi Décébale -celui qui préféra en l’an 106 se trancher la gorge plutôt que rendre les armes au conquérant romain Trajan- savaient eux aussi, et depuis bien longtemps, extraire l’or des galeries et forger des bijoux…

Presque deux mille ans plus tard, les villages des vallées de Roşia Montana et Corna, au cœur de ce « quadrilatère », offrent le spectacle d’un nouveau drame. Un formidable bras de fer est engagé entre les habitants, les archéologues et les écologistes d’une part et de l’autre une « junior » roumano canadienne dont l’ambition est d’ouvrir une mine d’or à ciel ouvert sur une surface vaste comme la moitié de Paris. Vingt ans d’extraction programmée. Un énorme investissement.

La commune est certes asphyxiée par le chômage, les difficultés de la mine d’or en activité -propriété de l’Etat roumain- et le déclin par lequel passent toutes les zones de moyenne montagne quand elles sont délaissées par les pouvoirs publics. Pour le maire de Roşia Montana, le Projet de la Gold Corporation « est une chance qui n’arrive qu’une fois en 2000 ans ». M. Nariţa joue donc à fond la carte de la Compagnie après avoir pourtant été élu il y a deux ans avec 70% des voix sur son message « non au Projet ». Les mains à plat sur son agenda qui porte le sigle de la compagnie minière, le maire emploie les grands mots : « on est dans une économie capitaliste. On a évolué, depuis les vieux slogans qui proclamaient « on ne vend pas notre pays » ! ».

Le maire espère voir les travaux commencer cette année, « pour notre nouvelle localité, moderne, car on va vers l’an 3000, on ne regarde pas en arrière ! ». L’édile rêve déjà à « notre salle de sport, la maison de la culture, la bibliothèque, une garderie moderne, le téléphone… On fera des jolies parcelles, tout sera bien aligné. » Les 2150 habitants des 5 villages qui seront affectés, si le projet obtient l’aval du gouvernement, devraient donc être déplacés, leurs maisons rasées, et toute trace des vestiges romains, effacée. Les gens devraient être relogés plus bas dans la vallée, dans un village modèle.

Dans la cour de la mairie trône la « maison témoin » érigée par la « Gold ». Une sorte de pavillon Phoenix à étage. Les habitants ne se précipitant pas pour la visiter, des bureaux y ont finalement été installés. Des bâtiments publics ont été loués à la Compagnie. « Si on ne vivait que des taxes locales on ne pourrait même pas payer le personnel de la mairie. Depuis que l’an dernier la Gold corporation nous apporte de l’argent, le Conseil départemental a cessé de nous subventionner » poursuit le maire.

La vallée de la Roşia (la Rouge) enchante par son paysage bucolique de collines et de vergers parsemés de talus herbeux qui sont les traces anciennes d’une activité minière deux fois millénaires… et bien malheureusement, désole par la pollution ménagère et industrielle qui y règne. Des montagnes de détritus encombrent les ruisseaux. Mais peut-on décemment exiger de ces gens d’être au top du mouvement civique et écolo ? Après 45 ans de dictature, les voilà peu armés pour lutter avec un civisme irréprochable contre une multinationale.

Les eaux de la rivière sont affectées par un phénomène d’acidité qui se dégage des galeries minières et du gisement dont l’exploitation à ciel ouvert a commencé sous Ceausescu. On a donc là un site de moyenne montagne, industrialisé, qui au lieu de se voir assaini s’apprête à être dévasté.

Les habitants qui ne veulent pas quitter la vallée de la Rosia disent qu’ici on inventé le « chantage aux euro-poubelles ». Ces conteneurs aux normes européennes devraient être distribués. M. Narita proteste : « on a des euro poubelles. J’en ai acheté 170. Mais ici, on ne les distribue pas, parce que les gens vont partir de toutes façons et si on les leur donne, ils les emporteront avec eux ». Pour lui, les dés sont jetés. Pourtant,  rien n’est décidé.

Rien n’est décidé, et pourtant, la population de la vallée et des alentours subit depuis longtemps déjà l’aggressivité à coup de poignées de billets. Les propositions de rachat des maisons par la « Gold » vont bon train. Encore un fois,il faut préciser que rien n’est officiellement décidé.

Il y a des candidats au départ. Ils ont été 200 en 2002 à empocher leur milliard de lei et à laisser les clés de leur maison. La Compagnie appose ensuite sur la façade une petite plaque bleue, portant l’inscription : « propriété de la Roşia Montana Gold Corporation ». Pour ceux qui veulent rester, la progression des petites plaques bleues sur les maisons du village représente une pression psychologique évidente.

Alors, en signe de désaccord, ils ont collé sur leur maison des petites affiches : « PAS à vendre ».

Stéphanie Roth, militante de l’association locale « Alburnus Maior » fulmine derrière ses lunettes rondes et fume cigarette sur cigarette. « Les gens vendent leurs maisons pour un projet qui ne sera peut-être pas accepté ! Ils sont victimes d’un chantage ! » Avec sa collègue roumaine Stefania, elle guette la moindre évolution du conflit et produit communiqué sur communiqué pour alimenter le site Internet de l’association. Et mobiliser.

Les anciens orpailleurs du village comptent sur elle. C’est le cas du père Ivaşcan, un vert septuagénaire qui se régale, dans cette ambiance de « résistance ». Il n’a pas digéré le « kilo et demi d’or investi dans la fabrication d’un concasseur juste après la guerre » et qu’il n’a eu le temps d’utiliser que deux années avant de se le voir confisquer et détruire par le pouvoir communiste, « le jour funeste du 11 juin 1948 »… Fanfaron, le père Ivaşcan lance, un peu à côté de la plaque, « on est les Décébale d’aujourd’hui ! On revit la lutte entre les Daces et les Romains !

Les habitants du village sont habitués à compter les uns sur les autres. Dans une ruelle qui serpente à l’assaut de la colline, Rodica, une solide villageoise tout juste retraitée, avoue qu’elle a peur de rester seule : « dans ma rue, nous ne sommes plus que deux ». Une voisine du père Ivaşcan déclare souffrir d’insomnie à l’idée de se retrouver isolée dans un village fantôme secoué par les explosions de la mine.

Deux cents familles sur les 700 ont déjà rendu leurs clés. « C’est triste de voir comment les vieux d’ici subissent les pressions de leurs enfants » déplore Stéphanie Roth, la militante d’Alburnus Maior. Dans le village, des drames domestiques sont en train de se jouer. Les plus influençables laissent leurs morts et leurs maisons à la beauté décrépie. Histoire de faire plaisir à leurs jeunes, des jeunes désireux de vivre en ville et d’améliorer leur niveau de vie.

Ces jeunes « milliardaires », on les voit arriver de loin. Les prix explosent. Dans les rues de Roşia Montana, les petites annonces fleurissent sur les poteaux électriques. Des maisons situées à l’autre bout du pays trouvent ainsi acheteur, à des prix inespérés.

« Je ne suis pas contre l’investissement à la mine, mais leurs méthodes ne me plaisent pas » se plaint Nicolae Jurcan, serrurier à la mine souterraine propriété de l’Etat. Sa maison carrée, bien assise sur un demi-sol de pierres de taille, a l’air trapu et confortable des maisons de la région. La Gold corporation lui en offre 900 millions de lei (24324 euros). « Ils ont pris ma maison en photo pour que j’arrête mes travaux en cours. Pour que je ne sois pas tenté de leur en demander plus tard un meilleur prix. Mais je vais les faire, mes travaux. Si j’avais voulu vivre entassé quelque part dans une tour, ça fait longtemps que j’aurais déménagé ! » A 47 ans, Nicolae Jurcan sait aussi qu’il a très peu de chances d’obtenir un des quelque 250 emplois promis par la Compagnie.

La Gold Corporation est presque convaincante, à force de promettre de dépolluer, de reconstituer les montagnes et de reboiser les milliers d’hectares de roches stériles qu’elle laissera derrière elle. Le « Centre d’Information de la Communauté », installé dans le haut du village, au plus près des récalcitrants, est d’ailleurs de ce point de vue un modèle de « transparence » : des dizaines de graphiques, de cartes et de simulations en 3D présentent le projet, y compris le lac de décantation qui noiera la vallée voisine et sera retenu par un barrage de 140 mètres de hauteur…

Mais jamais la Compagnie ne pourra reconstruire ce qu’elle s’apprête à dynamiter : la richesse archéologique de Roşia Montana.

« Alburnus Maior » est « une vallée romaine, un site énorme, peu abîmé. Tout est là, le potentiel est colossal. C’est un site majeur, constitué de plusieurs sanctuaires, de voies romaines… » L’auteur de ces mots est Béatrice Cauuet, archéologue, spécialiste française des mines antiques. Une scientifique peu encline à s’emballer pour une cause, fut-elle aussi belle que celle d’Alburnus Maior. Elle a participé, ces deux dernières années, à des fouilles de sauvetage payées par la Compagnie. Cela lui a valu d’être accusée de collaborer avec les « forces du mal ». Il faut dire que dans ce dossier mêlant intérêts économiques nationaux, passions nationalistes, causes écologistes et besoin de sauver un patrimoine unique en son genre, le manichéisme est à portée de main, utilisé par les uns et par les autres.

« On détruit tant de sites en France » relativise l’archéologue dont la profession est en France justement touchée par le manque de crédits alloués aux recherches. Mme Cauuet est cependant catégorique. La Compagnie parviendra peut-être à passer en force, mais alors, « même si le site doit être détruit et que c’est déplorable, il faudra absolument l’étudier avant ».

Passionné mais timide au point de taire son nom, le guide des « galeries romaines » à Roşia Montana fait partie des villageois désolés mais résignés. Les 400 mètres de galeries de forme trapézoïdales, creusées il y a deux mille ans, c’est son domaine. Il signale au passage les creux dans la roche, là où les mineurs plantaient leurs torches pour y voir clair. Les archéologues ont encore trouvé ces deux dernières années des outils en bois très bien conservés dans des tronçons de galeries fermées au public. Si tous ces passages disparaissent au dynamitage, c’est un trésor archéologique qui disparaîtra. Or l’excavation de toute la région est en effet la seule solution proposée par la Gold Corporation : le travail en souterrain ne serait pas rentable.

« Il y a six niveaux en dessous de nous » explique-t-il « et en quelques heures de marche sous la montagne, on peut arriver de l’autre côté de la vallée, en face ». C’est une jolie rumeur, presque une anecdote.

Car la réputation internationale de ces lieux provient de la découverte, au 18ème siècle principalement, de documents uniques jetant une lumière nouvelle sur le droit romain et sur la vie quotidienne des provinces latinophones de l’empire : des tablettes de bois gravées en latin cursif. Des instantanés de la vie quotidienne dans les derniers siècles de l’Empire. Les plus célèbres tablettes étaient des contrats en trois exemplaires: chaque contractant en conservait une partie, la troisième demeurant l’original auquel se reporter en cas de litige… D’autres tablettes rapportent des transactions ou prouvent l’existence de contrats rédigés pour des travailleurs libres venant des quatre coins de l’empire romain…

Aujourd’hui, les habitants de Rosia Montana vivent une attente insupportable dans leur village aux allures de rivage des Syrtes. Dans l’Antiquité, ce bras de fer et l’histoire triste de la douce Téofana auraient pu faire l’objet d’une chronique.

Sur tablettes de bois, bien sûr.

 Quelques chiffres
La Roşia Montana Gold Corporation est une joint-venture entre une société canadienne, Gabriel ressources (80%) et Minvest, la mine d’Etat roumaine (20%). La partie roumaine percevrait des royalties à hauteur de 2% de la production.

La Roşia Montana Gold Corporation projette de produire en moyenne 550 000 onces d’or (17105 kg) et 2.6 millions d’onces d’argent (80860 kg) par an. Pour cela l’usine traiterait chaque année 13 millions de tonnes métriques de minerais.

La concession obtenue en 2000 couvre 4282 hectares (21 km2) de montagnes.

Le lac de décantation des roches contenant du cyanure et des métaux lourds s’étendrait sur le fond d’une vallée et atteindrait une surface de 600 hectares à lui seul.

Le barrage de retenue mesurerait 140 mètres de haut.

Le prix du civisme pour Alburnus Maior

La Constitution adoptée en octobre 2003 consacre le droit à un environnement sain.

L’action civique mise en place depuis de nombreux mois par Alburnus Maior est récompensée.

Le principe de protestation est le suivant : les citoyens sont conviés à envoyer au ministère de l’environnement une carte postale spécialement imprimée. L’arme choisie est l’humour : une photo montre deux vaches conversant dans un chemin creux : l’une demande à l’autre « tu déménages, toi, pour des fenêtres en alu ? ». A quoi l’autre répond pleine de bon sens « Non, j’aurais du mal,  jusqu’au 6ème!  »

Le mouvement de résistance et d’insubordination civique « Sauvez Roşia Montana » de l’association Alburnus Maior a ainsi été primé, le 10 décembre 2003, lors du Gala de la société civile qui se tient annuellement à Bucarest. Ce prestigieux événement récompense l’activisme social.

 

Avant cela, l’ICOMOS, le « bras culturel » de l’Unesco, a condamné le projet dès le 5 décembre 2002 lors de son assemblée générale : « les vestiges de la plus importante mine d’or romaine au monde se trouvent à Roşia Montana en Roumanie. Ce site court le risque d’être totalement détruit par un projet d’exploitation minière privé. Les donateurs internationaux ont déjà décidé de ne pas apporter leur soutien à ce projet en raison de menaces sérieuses qu’il fait peser sur le patrimoine naturel et culturel de la région ».

 

L’académie roumaine s’est aussi prononcée contre la destruction de cette zone par ailleurs classée monument historique par le ministère de la culture roumain. En plus des vestiges connus, de ceux qui ont été récemment découverts, et de ce qui reste à fouiller, la vallée compte plusieurs maisons et églises classées monuments historiques.

 

1038 personnalités du monde entier ont également signé un appel au sauvetage « de ce patrimoine culturel unique » et proposent « comme alternative à ce projet mono industriel dangereux (…) l’idée de développement d’un parc archéologique».
Aujourd’hui, il existe un truc qui s’appelle le « développement durable ».

 

Traduire à Venise

L’Institut culturel roumain a concocté des ateliers de traduction pour les despérados qui, comme moi, ont choisi de traduire dans leur langue des oeuvres littéraires roumaines. C’est encore tellement confidentiel! On forme presque une société secrète…

Nous réunir à Venise est une sublime idée.

Voici le communiqué annonçant ces Ateliers à Venise.

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 LITERODROMUL BABEL

Ateliers de traduction par et pour les traducteurs de littérature roumaine

Venise

 

Entre le 4 et le 11 juillet 2010, le Centre National du Livre de l’Institut Culturel Roumain (ICR) et l’Institut roumain de la culture et des humanités de Venise organisent une manifestation baptisée le LITERODROMUL BABEL.

Cette semaine d’ateliers réunira des traducteurs de littérature roumaine provenant de plusieurs espaces linguistiques : Bulgarie, France, Allemagne, Israël, Italie, Pays Bas, Pologne et Hongrie.

L’objectif principal de ce projet est de développer le réseau des traducteurs de littérature roumaine et de créer des synergies pour propulser cette littérature sur le circuit international des lettres.

Les participants sont ou ont été des bénéficiaires des programmes de bourse pour les traducteurs – professionnels et en formation – mis en place par l’Institut Culturel roumain de Bucarest. Ils auront l’occasion de se rencontrer et de mettre en commun leurs expériences personnelles de traducteur aux prises avec les stratégies de traduction et de promotion de la littérature roumaine hors de ses frontières.

Les traducteurs invités à Venise sont : Laure Hinckel (France), Gerhardt Csejka (Allemagne), Jan Willem Bos (Pays Bas), Joanna Kornas-Warwas (Pologne), Any Shilon (Israel), Lora Nenkovska (Bulgarie), Jan Cornelius (Allemagne), Mihaly Lakatos (Hongrie), ainsi que les jeunes traducteur italiens Roberto Merlo, Anita Natascia Bernacchia, Danilo De Salazar, Giovanni Magliocco, Ileana Maria Pop, Maria Luisa Lombardo, Aronne Mapelli, Serafina Pastore, Mauro Barindi.

Les ateliers de traduction seront honorés de la présence de Simona Popescu et de Dan Lungu, deux des écrivains roumains les plus importants et également les plus traduits. Ils exprimeront leur point de vue d’auteur roumain concernant la traduction de leurs textes. Les traducteurs présents identifieront des problèmes de traductibilité à l’occasion de séances de travail sur les textes des deux auteurs et proposeront des solutions pour les dépasser.

Les participants aborderont en séance des thèmes comme le problème de la langue familière ou populaire, la réception des traductions, les problèmes de traduction que posent l’humour  et la situation comique en littérature, le problème de la confession religieuse du traducteur, les différences culturelles dans la traduction, la traduction des obscénités.

Les sessions de travail se dérouleront dans la salle de conférence „Marian Papahagi” de l’Institut roumain de la culture et des humanités de Venise et seront encadrées par  Dana Bleoca, directrice adjointe du Centre National du Livre de Bucarest, par l’écrivain et traducteur Florin Bican et par Monica Joiţa, directrice de l’ICR de Venise.

Caragiale, Les Craïdons

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Cette échoppe est doublement intéressante. Il y a d’abord la plaque: « Dans cette maison le poète Mihai Eminescu a oeuvré en tant que rédacteur en chef du journal Timpul en 1880-1881 ». Mihai Eminescu est LE grand poète romantique roumain.

Et puis l’enseigne:  « Craii de Curtea Veche »… Elle m’a intriguée. Elle arbore  le titre d’un livre immensément célèbre de la littérature roumaine. Mateiu Caragiale raconte les aventures de trois compères dans un style aux sonorités si envoûtantes qu’on en mémorise avec facilité des passages entiers.

J’ai traduit quelques extraits de ce roman dans une anthologie  de textes publiée ce printemps par l’Institut culturel Roumain à l’occasion du Salon du Livre de Paris.

Je vous en propose un passage :

« Elle vivait encore, mais dans l’oubliance, la célèbre Sultana Negoianu ; comme incarnation seconde, fruit d’un sortilège, elle avait été contrainte à se survivre, la fière amazone qui en peu d’années était parvenue, et ce n’était alors pas chose aisée, à scandaliser, par sa luxure, les principautés encore désunies. Je connaissais son passé, l’énigme du troublant sourire de son portrait m’avait donné envie de l’étudier –ce tumultueux passé qui avait ployé de honte le nom de la grande lignée dont elle demeurait l’unique et dernière descendante – et je l’avais étudié comme si j’avais su qu’un jour viendrait pour moi l’occasion de l’écrire. Elle avait été élevée à Genève et à Paris d’où elle était rentrée au pays à l’âge de seize ans avec des modes et des manières qui avaient étonné et suscité le murmure. Sa dot imposante avait convaincu le grand Gouverneur Barbu Arnoteanu de fermer les yeux et de lui demander sa main. Ce fut une union courte et agitée ; encore allaitant le garçon qui deviendrait le Maiorica que l’on connaît, elle avait fui avec un rien du tout en Moldavie où, comme à Bucarest, le tout Iasi l’avait admirée, ondoyant, infatigable dans les bals ou passant, fière, au galop de son cheval, suivie d’une nuée d’adorateurs. Pour persuader le mari abandonné de consentir à faire séparation, elle lui avait offert deux domaines et s’était ensuite mariée avec l’ancien grand-chancelier Iordake Canta, prince russe et candidat malheureux au trône de Moldavie ; union encore moins destinée à perdurer : la vie avec un époux avare et jaloux dans la sauvage solitude du relais de Pandina, perdu dans les forêts profondes des berges du Prut, ne pouvait rien avoir d’enchanteur aux yeux de la folâtre Sultana qui, aussitôt relevée d’avoir mis au monde une fillette, Pulcheria, était partie, en cachette et sans pensée de retour, à Bucarest. Au prix de deux autres domaines elle s’était trouvée derechef la bride sur le col ; elle n’avait plus l’intention de se le laisser brider. Et elle avait vécu. Tout aussi généreuse de son corps que de ses biens, comme en proie à la furie dévorante d’une rage, elle se l’était laissé saccager, impériale et toujours et encore insatiable, elle l’avait souillé jusques avec des mâtins. Je m’en tiens à noter le rapport entre ce vice et la folie, du reste loin d’être moment isolé, qui n’avait pas tardé à fuser. Un matin de l’automne 1857, elle avait été trouvée errante, cheveux défaits et dévêtue à Herastrau sur les rives du lac. Ah ! oui, j’étais bien obligé de le reconnaître : en me disant que si je voulais un vrai sujet de roman il me faudrait aller auprès des vrais Arnoteanu, Pirgu ne m’avait pas trompé. »

Le titre français de ce roman exceptionnel? Dans ma version inédite, « Les Craïdons ».

Rendez-vous ici dans un prochain billet pour vous donner une explication sur ce choix.

Bucarest – Terrasses

 

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Centre de Bucarest. Strada Ghika Ion. Sur un des côtés de la Banque Nationale.

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Dans ce café restaurant ouvert sur la Strada Franceza, on vous apporte la note dans un vieux livre de poche. C’est une jolie trouvaille!

Un nectar de Shiraz dégusté avec la délicieuse Daniela Z. en parlant littérature, histoire et gemmes précieuses… et puis, cette question posée au garçon: « Mais le patron est-il français pour ouvrir La Bonne bouche à Bucarest? »

Non, le patron, sachez-le, est un bon Lipovène épris de gastronomie française. Il aime aussi la littérature, semble-t-il. Sur notre table à 2 heures de la nuit? Misterele Parisului d’Eugène Sue, publié en 1968 dans une édition populaire roumaine.

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Toujours dans le quartier Lipscani en cours de rénovation, ces deux belles terrasses très différentes l’une de l’autre.

Sur la première, j’aime beaucoup les jardinières représentant des maisonnettes. J’aimerais avoir les mêmes sur le bord de ma fenêtre!

De l’autre, j’aime les couleurs toniques.

J’ai intitulé ce billet « Terrasses ». Mais connaissez-vous le recueil de poèmes de Letitia Ilea intitulé Terrasses? Les siennes sont françaises. Du sud. C’est publié par le Centre international de Poésie Marseille cipM / Spectres Familiers, novembre 2005
ISBN : 2-909097-59-5

 

L’Ombre de Camil Petrescu à Bucarest

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Quelque part dans le roman de Camil Petrescu Madame T., le héros accablé par la canicule pénêtre dans une cour étroite, aux accents populaires. Le ciel est festonné de galeries vitrées résonnant d’échos domestiques.

J’ai eu l’impression de mettre mes pas dans ceux du fameux héros, en ce jour de chaleur vibrante écrasant Bucarest.

Il y a d’abord eu un long corridor chaulé. J’avais été attirée par l’éclat d’une porte vitrée, tout au fond du tunnel. Chaque petit carreau de la porte était un oeil. Etranges yeux, car certains permettaient de voir de l’autre côté, dans la cour. D’autres reflétaient mon regard curieux. Le damier de miroirs et de vitres poussiéreuses m’a retenu longtemps. Une partie de moi  est confisquée par cet endroit.

Madame T., trad. de Jean-Louis Courriol, 1998, éditions Jacqueline Chambon. Le titre original du roman est Patul lui Procust, « Le lit de Procuste », 1933.

Le n°2 de Seine et Danube est disponible !

Je vous invite à lire le deuxième numéro de la revue littéraire consacrée à la traduction française des oeuvres roumaines.

Chaque trimestre, la rédaction de Seine et Danube met à disposition des lecteurs francophones des extraits de textes roumains fraichement traduits par les membres de l’Association des traducteurs de littérature roumaine.

Chacun des neuf auteurs présentés dans cette édition mérite le détour.

Claque garantie à la lecture du monologue d’Alina Nelega, dramaturge présentée et traduite par Mirella Patureau.

Emotion et une autre type de claque à la lecture de quelques pages du journal de Jeny Acterian, beau personnage de femme, artiste et intellectuelle au destin tragique, dont Nicolas Cavaillès nous livre quelques pages.

Humour et regard acerbe sur la société, avec Dan Lungu, dont je présente un extrait du prochain roman à paraître chez Jacqueline Chambon à l’automne et avec Le Chauffagiste de Carmen Firan, présentée et traduite par Marily Le Nir.

La poésie aussi pousse le lecteur dans ses retranchements. « C’est une chose bien connue : les mots attirent le réel » nous dit Mircea Barsila dans la traduction de Linda Maria Baros.

Quant à la chère Marta Petreu, ses poèmes vous mettent l’âme à vif. Et on la remercie, n’est-ce pas? Car il faut travailler à se raboter les cals de l’âme et du coeur.

Benjamin Fondane et le poète surréaliste Urmuz sont aussi présents dans cette édition. Helène Lenz a traduit trois essais sur l’éducation. A lire d’urgence dans ces temps où l’homme semble avoir tout simplement refusé l’idée de transmission. Et puis Urmuz, sous la plume traductrice de Magda Carneci, c’est la fantaisie pure. Le tout est chapeauté par l’éditorial de Nicolas Cavaillès…

Il y a pour la première fois, aussi, une page consacrée aux échos des traductions publiées en français, avec une liste des livres publiés l’an dernier et en ce début 2010. C’est Dumitru Tsepeneag lui-même qui se charge de nous informer…

Bonne lecture à tous. Vous entrez dans le numéro 2 en cliquant sur cette saisie écran : 

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Mini-reportage : il y a 20 ans, les mineurs terrorisaient Bucarest

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Petit retour dans le temps. Il y a une semaine, alors que je parcourais les rues de Bucarest à la recherche de nouveauté, de souvenirs et de coins à photographier, je suis descendue par le passage de l’Université.

Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un immense passage sous le rond-point de la place du 21 décembre 1989. Il dessert en croix les quatre coins de la place, évitant aux piétons de se faire écraser sur les boulevards qui ont tout, désormais, d’une voie rapide. Il sert aussi à descendre dans le métro de Bucarest.

En surface, dans le sens des aiguilles d’une montre, vous voyez le musée d’histoire et d’art de la ville de Bucarest dans l’ancien palais des Sutu, les statues des grands hommes, le boulevard de la Reine Elisabeth, l’Université avec sa fontaine et sa place non officielle « libre du communisme », le Boulevard Balcescu, l’Hotel Intercontinencal, le théâtre national, le boulevard Charles I et l’arrière de l’hopital Coltea flanqué de sa mignonne église. Et au centre, sur le rond point, un bel aménagement floral.

Le passage de l’Université, je l’ai connu, du temps de ma vie à Bucarest, c’est-à-dire pendant dix ans, sombre, assez sale et aucun des escaliers roulants des quatre sorties ne fonctionnait. Les bouquinistes et les vendeurs de petits riens occupaient le bas des machines roulantes dont on ne pouvait que constater l’immobilisme, les marches défoncées, les crémaillères noircies, figées dans le camboui. Au fil du temps, plusieurs magasins et cafés s’étaient installés sur le pourtour du passage. Il y avait au moins une boutique de sous-vêtements, une autre d’accessoires de coiffure. Et une sorte de bar. Au centre, dans les derrières années, il y avait un fast-food agressif. Ce que je regrette, finalement, ce sont les trois bouquinistes.J’y ai acheté mon dictionnaire roumain-français de Frédéric Damé, 1897.

En descendant dans le passage, ma surprise a été grande. Clair, immense, lumineux. Plus une seule boutique. Quelque chose est prévu, toutefois, puisque des espaces commerciaux sont tout prêts. Et puis, derrière des banderole rouge et blanches de chantier, des parois vitrées pour de futurs plans interactifs et tactiles.

 

L’objet de mes visites répétées dans le passage, durant ces quelques jours de vagabondage bucarestois?mineur couche

 

Une exposition remarquable, de photos immenses prises pendant les trois jours de terreur imposée par les mineurs de fond descendus de la vallée du Jiu, à l’appel du pouvoir, pour « mater » le sit-in prolongé des manifestants sur la place de l’Université. Ce moment est resté dans les mémoires sous le nom de « minériade » des 13-15 juin 1990. Les photos sont accompagnées de textes rédigés à la main, de couleur claire sur du papier noir: les témoignages des blessés, des personnes battues, incarcérées sans motif pendant des semaines, des adolescents enfermés en maison de correction…. Et puis il y a l’histoire de ceux qui ne peuvent plus témoigner parce qu’il ont reçu une balle dans la nuque ou qu’ils ont été battus à mort sur le pavé de Bucarest.

Devant les photos, des Bucarestois consternés. Les mous sont expressives: la tristesse, le souvenir ravivé de peurs atroces.EXPO2

Souvent, les expositions placées dans les lieux publics se trouvent là en vain car le passant ultra comtemporain n’a pas le temps, il parle à son iphone, il fonce tête baissée vers son métro. Dans le passage de l’Université, les 13, 14 et 15 juin 2010, 20 ans après les violences, les bouches se délient facilement. Les épaules se haussent et les bouches s’incurvent.

Les yeux brillent. Les visiteurs de l’exposition ne sont pas pressés. Ils lisent les panneaux en entier. Ils devisent devant les gueules noires. Un seul regard de côté, un seul pas suffisent et la conservation s’engage. « Oui, j’étais là », « oui, j’ai vécu ces moments-là ». Les plus jeunes qui n’ont pas eu à se terrer pour échapper à la fureur des mercenaires lisent eux aussi les témoignages, regardent les photos. L’impression que ça fait? « J’ai la chair de poule », « j’ai l’impression que ça fait soixante ans mais c’était il y a seulement 20 ans ».EXPO4

Et puis je croise le regard embué de Cornelia. Blouse hibiscus, lunettes, parlure lente et calme. « Oh, je rentrais avec une amie à la maison. J’étais passée par chez une tante à moi et elle m’avait donné des pommes de son verger. Quand on a vu le groupe d’une vingtaine de mineurs, on s’est fait toutes petites. J’ai toujours ma carte d’identité sur moi et j’allais leur montrer, parce qu’il ne fallait pas les énerver. J’ai montré ma carte, mon amie aussi, mais avec réticence. Elles ont fait le tour de tous les mineurs. Ca a pris un temps fou. On en menait pas large. Finalement, il nous ont rendu notre carte d’identité et j’ai eu l’idée de prendre une pomme dans mon filet de la tendre au premier. Il a refusé, l’air horrifié, en disant « non, elles sont injectées ».EXPO6CORNELIA

Ce court témoignage rappelle aussi combien ces mercenaires d’occasion étaient endoctrinés. La paranoia des fruits et de l’eau empoisonnés par les « ennemis ». Le syntagme est typique. Il m’a frappé, ce témoignage, par sa véracité. Et la mémoire à vif, qui retient même les mots employés par les instruments de la terreur, vingt ans auparavant.

Le choc est grand entre la réalité du passage souterrain et celle de l’extérieur. En ces jours de juin caniculaires, Bucarest est d’une grande beauté. La lumière est tout à fait particulière. Les corps sortis de l’hiver sont beaux et s’exposent. La musique emplit les placettes de plusieurs endroits de Bucarest, le samedi et le dimanche.  Le palais miniature de la rue Visarion s’écroule avec grâce, tout chevelu d’acacias. Le tramway de la ligne 21 glisse à 23h. dans un décor irréel. Je frôle des ornements de passementerie végétale dans un quartier perdu, quelque part derrière l’église Saint Georges. Le jour ne veut pas s’éteindre dans les ruelles de Lipscani rénové, agréable, si ce n’était le bourdonnement incessant et insuportable des malheureuses vuvuzelas des écrans plats aux terrasses des cafés… Le choc est grand entre le flot pétillant de spectateurs heureux à la sortie d’un spectacle sur Carmen et la griffure mémorielle de ces photos qui ont 20 ans.

La Veuve joyeuse, des airs de violon, des magnolias en fleur versus le silence des pas dans le souvenir des cris.100612_192332.jpg

Sur cette photo : le théâtre national, le soir du 14 juin 2010. Au premier plan, une stèle en mémoire du sit-in de la Place de l’Université réprimé dans le sang.

 

Toutes les photos m’appartiennent. Merci de me contacter avant utilisation.