En résidence de traduction – 5 – Bucarest

Par Laure Hinckel dans Blog

Quand vous habitez quelque part pendant très longtemps, vous prenez les habitudes des gens qui vous entourent. Et il est bien connu qu’on préfère visiter des villes et des monuments lointains alors qu’on aurait de quoi s’émerveiller en traversant la rue. Ou presque. C’est ce qui m’est arrivé à Bucarest. J’y ai vécu et travaillé pendant presque dix ans et j’ai un peu honte de reconnaître que je n’avais pas connaissance de l’église de Bucur le Berger. Je me rends compte aussi que nombre d’amis roumains ne la connaissent pas non plus. Les quais de la rivière Dâmbovița sont devenus avec le temps une sorte d’autoroute urbaine au lieu d’être un lieu de promenade et de découverte. En allant vers l’est de la capitale, on risque bien de passer sans la voir, cette minuscule église blanche qui surplombe les eaux calmes. Les barres d’immeubles construits dans les années 80 s’interrompent…

En résidence de traduction – 4 – Bucarest

Par Laure Hinckel dans Blog

Journée de pélerinage littéraire dans la capitale roumaine. Pendant que je traduisais le roman Hôtel Universal, de Simona Sora, je me promettais d’aller un jour à la recherche de ce bâtiment mystérieux. Dans ce roman à la structure impeccable, dont les titres des chapitres reprennent ceux des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, l’ancienne auberge est devenue un bordel socialiste avant d’être transformée en résidence universitaire. Vous vous demandez ce que viennent faire ici les Exercices spirituels? L’héroïne, Maia, cherche un sens à sa vie. Or, tout est labyrinthe dans ses expériences de jeunesse : les dessins qu’elle a dans le dos, les récits que sa grand-mère lui fait de sa propre ailleule créatrice de confitures de roses et de remèdes bulgares, le destin de l’aieul célèbre, le chocolatier Capsa, voyageur dans une Crimée déjà en guerre, celle du 19e… Maia s’applique à démêler tout ça. Voici comment elle y arrive pour…

Un peu de tourisme pour changer

Par Laure Hinckel dans Blog

Je voulais voir cette curiosité géologique depuis des années. Grâce à Smaranda Enica qui m’a montré le chemin, j’ai remonté la vallée du Buzau. Paysage très méridionnal, jolis villages isolés, routes sportives. Et puis on découvre les « volcans » qui éructent de la boue au sommet d’une colline où les paysans sont en train de couper les foins. Surprise garantie. Dégradés de gris, du plus métallique au gris bleuté des mares bouillonantes en passant par toutes les tonalités du beige – mais surtout des couleurs froides, pas des ocres chauds. Dans cette région, on exploite le pétrole et le gaz. Des failles du terrain s’échappent des gaz (ça sent un peu le bitume ici ) qui entrainent des boues plus ou moins liquides jusqu’à la surface. Avec le temps se forment des mares ou des cônes de différentes tailles. Leur activité est plus ou moins grande selon la saison. Ce que…

En résidence de traduction – 3 – Galati

Par Laure Hinckel dans Blog

Le bureau de la traductrice a bien changé en quelques jours! Adieu la fraicheur des verts sapins, bonjour les 35° sous la vigne! Je retrouve la treille à Galati et je repense à juillet 2013. Danube(s) Promenade sur la rive droite (cliquez sur le lien) inaugurait une petite série de 15 instantanés d’une promenade subjective. Le fleuve immuable me tend toujours les bras. Je rêve de prendre le bac et de retourner sur la rive droite pour aller à travers les montagnes trouver des villages pleins d’acacias, des lacs secrets, des bars écrasés de chaleur, des rives aux noms d’ailleurs : Babadag, Jurilovca, Enisala… Mais pour l’instant, il faut aider le texte à trouver sa nouvelle peau. Ecrire, lire, revenir à la traduction. Lire encore. Faire quelques photos du monde qui passe ou qui reste. Pour s’ancrer soi-même dans ce qu’on regarde. Et marcher. Je suis retournée dans la librairie Humanitas de Galati,…

En résidence de traduction – 2 – Bucovine

Par Laure Hinckel dans Blog

Du travail pour l’été… De quoi nourrir le programme de ma résidence, voici ce que montre cette photo. Ce qu’elle ne montre pas, ce sont les belles conversations que nous avons chaque jour. Je vis chez un écrivain, une romancière. Et de quoi parlons-nous sinon de livres, d’écriture, d’engagement, et d’art du vivre-fort à l’écrit? Roberto Bolaño nous occupe particulièrement. Je me rends compte que je dois le lire, à présent. Les détectives sauvages est un livre qui vous subjugue, me dit mon hôtesse, Jela Despois, plus connue sous son nom de plume Doina Jela. La vie vous offre de ces raccourcis… Je me souviens très bien de son livre Telejurnalul de noapte. Mais ce recueil de chroniques n’est rien à côté du travail monumental autour de la mémoire du communisme et, surtout, de l’époque des tortionnaires. Il faut avoir le coeur bien accroché et l’âme bien trempée pour recueillir le témoignage…

En résidence de traduction – 1 – Bucovine

Par Laure Hinckel dans Blog

« Lieu pour se reposer et fumer ». J’ai souri et je me suis conformée. Enfin, reposée, parce que pas question de fumer… Le banc tourne le dos à la rivière, la Slatioara qui donne son nom au village, un lieu perdu dans les contreforts des Carpates. Je croise peu de gens… Ah si, il y a des enfants! Ils arpentent la route blanche sur de grands vélos ou font des barrages avec des galets dans le lit du torrent. Ou alors, ils cueillent des champignons. Ce soir, trois d’entre eux prenaient le frais devant une grande maison. A presque 100 ans d’écart, ils peuvent faire penser aux petits héros du livre dont je traduis un grand extrait dans le cadre de cette résidence offerte par le Musée national de la littérature de Iasi!  La Medeleni est un beau récit de l’enfance. Son auteur? Ionel Teodoreanu. La promenade quotidienne, dans ces alpages de l’Est…

Un prix pour Le Marchand de premières phrases!

Par Laure Hinckel dans Blog

J’étais plongée dans la traduction d’un nouveau livre quand j’ai appris que Le marchand de premières phrases venait d’être primé par le Festival Littératures européennes de Cognac! Il reçoit le Prix Jean Monnet. Grande joie de voir un écrivain accéder à un prix littéraire grâce à mon travail,  grâce à ma traduction! Matei Visniec écrit son théâtre en français mais tous ses romans dans sa langue natale, le roumain. Je suis heureuse aussi que ce prix récompense la persévérance de Jacqueline Chambon, notre éditrice, qui depuis des années a publié des auteurs roumains et qui voit enfin un premier livre traduit de cette langue récompensé par un prix. Voir aussi l’article dans Actualitté. Lisez ce qu’écrit le président du jury, Gérard de Cortanze : « Dramaturge, poète, journaliste à RFI, Matei Visniec est aussi romancier. Si le jury Jean Monnet de littérature européenne a récompensé son roman, Le marchand de premières phrases,…

Emission Marque Page au sujet du « Marchand de premières phrases » de Matei Visniec

Par Laure Hinckel dans Blog

Et pour compléter la vidéo du jour, voici ce qu’a écrit Margot Schütz, libraire chez Payot dans le canton de Sion (on voit qu’elle a aimé!): « Lors du cocktail organisé par un éditeur pour les lauréats d’un concours littéraire, le narrateur rencontre un redoutable casse-pieds. Celui-ci se présente comme « marchand de premières phrases », sa fonction étant d’assurer le succès commercial du roman à venir, encore larvé dans l’imagination de l’écrivain, en lui délivrant cette fameuse première phrase, gage de réussite de tant d’œuvres majeures de la littérature mondiale ! Notre romancier en herbe, peinant à la rédaction simultanée des chefs-d’œuvre qui se bousculent en tempête créative sous son crâne, se voit donc harcelé par les courriers de ce camelot, expert à se faufiler dans les zones disponibles du cerveau d’un jeune littérateur. Cela vous fait penser à un phénomène contemporain ? Bingo ! Voici votre ticket pour un superbe moment de lecture avec Matéi Visniec, expert…

Un joli caillou au bout de mon pied

Par Laure Hinckel dans Blog

J’ai plein de trucs à faire. Vous savez, du genre qui ne sont qu’investissement et confiance dans l’avenir. Lire des livres roumains, tomber amoureuse d’un seul, le proposer, en parler, faire une fiche de lecture, hésiter, en prendre un autre, se dire que finalement oui le premier est le bon. Prendre des nouvelles d’un roman en cours d’écriture, là-bas, à 3000 km d’ici mais tout près de mon coeur. Relire un texte qui a pris la couleur transparente du verre, depuis le temps qu’on l’a laissé reposer. Et à côté de ça entretenir le réseau, ce feu qui éclaire la caverne et empêche de s’oublier tout seul. Parfois on éteint le feu et on aime bien se retrouver tranquille : on peut se le permettre quand les journées ne sont plus haletantes et hâchées, quand elles s’offrent dans leur plénitude. Alors on peut se consacrer à l’écriture, à l’étude, à…

Tradzibao, le site de Claire Darfeuille

Par Laure Hinckel dans Blog

Je viens d’ajouter un lien à ma liste de sites intéressants. Tradzibao, histoires de traduction publie en Une un article très intéressant intitulé « Le sur-titrage ou traduire le spectacle vivant ». Car c’est de la traduciton à part entière – mais c’est mal connu du grand public.  A lire absolument. Et puis il faut parcourir ce site dans son ensemble. A noter que pour lire tous les articles plus anciens il faut se rendre sur l’ancienne version du site qui a d’abord existé comme blog : https://clairedarfeuille.wordpress.com/.   La nouvelle version : L’ancienne version :