Dialogue avec Brancusi… et Aphrodite

Par Laure Hinckel dans Blog

Pour conclure mon évocation de la très belle soirée poésie de samedi, voici les poèmes de Ion Pop, de Magda Carneci et de Ion Muresan ( le troisième dans un post séparé, pour cause de longueur à ne pas dépasser…). Un poème tiré du volume La Découverte de l’oeil, de Ion Pop: Brancusi a décidé Comment cela est arrivé, je ne puis le savoir, Brancusi m’est apparu et m’a dit qu’il avait décidé d’intervenir et de me ciseler. Je te ferai comme Fondane, m’a-t-il dit – il avait une crinière de cheveux flottants sur son front trop ridé, mais moi, je la lui ai effacée avec une gomme énorme – il n’est resté de sa tête qu’un ovale, l’Origine du Monde. Je pense redessiner ta tête et les yeux seront très vides, pour qu’on puisse y mettre presque Tout. Et des mers, et des terres et des nuages. D’autres hoses ne sont…

Les poètes disent la vérité – Travaux en vert de Simona Popescu

Par Laure Hinckel dans Blog

Comme promis, je vous donne à lire ici les poèmes dits samedi dernier à la Maison de la poésie à Paris. Je commence par Simona Popescu: ces textes sont tirés d’un formidable petit livre édité ce mois-ci par les éditions Phi de Luxembourg : Travaux en vert. Simona Popescu explique, dans une courte préface, combien son travail est précis et concret, à mille lieues des pensums évanescents qui étouffent plus qu’ils ne nourrissent. Elle utilise la métaphore de la vigne, qu’il faut ébourgeonner, éclaircir, écimer, rogner, effeuiller… Toutes opérations culturales d’autant plus nécessaires que la vigne (le public étouffé, lassé, éloigné de la poésie par de fausses notions) est plus sauvage. En ce qui la concerne, son vignoble la mène dans les travées de la faculté de Lettres où elle enseigne, à Bucarest. Son « plaidoyer pour la poésie » (sous titre de Travaux en vert) n’a donc rien de pleurnichard: c’est tonique, écrit parfois en plusieurs langues,…

Les poètes disent la vérité

Par Laure Hinckel dans Blog

Ion Pop, Magda Cârneci, Simona Popescu et Ion Mureşan autour de Jacques Darras à la Maison de la poésie à Paris Cinq poètes samedi soir, sur la scène de l’amphithéâtre de la Maison de la Poésie. Quatre poètes roumains autour du poète français Jacques Darras, pour une des rencontres dédiées à l’Europe. J’étais dans la salle (où se trouvaient aussi les poètes Dinu Flamând et Sebastian Reichman), et j’ai pris en notes, pour vous, les meilleurs moments de la soirée. Les présentations et les questions générales étant faites, Jacques Darras s’émerveille du nombre de poètes dont s’honore encore la littérature roumaine contemporaine. Il parle de « générations spontanées », chacun y va de son hochement de tête, oui oui des poètes comme s’il en pleuvait et « le Roumain est né poète ». Là, Simona Popescu, que  l’on sait peu encline au lyrisme et au larmoiement jette son pavé dans la mare : « La poésie est morte ». Ion Mureşan…

Exclusif! Str.Revolutiei nr. 89

Par Laure Hinckel dans Blog

Vous devinez  je crois le sens du titre ! L’anthologie rassemble, 20 ans après la révolution roumaine, 20 textes qui ont pour point commun de se souvenir du moment historique de cette fin d’année 1989. Les artistes Dan Perjovschi, Matei Bejenaru, les romanciers Norman Manea, Radu Aldulescu, les poètes Magda Carneci et Ion Pop, les publicistes Liviu Antonesei, Georg Aescht, Cristina Topescu (TV), le dramaturge Matei Visniec, le metteur en scène Andrei Serban, le danseur et chorégraphe Gigi Caciuleanu, la comédienne et actrice Maia Morgenstern, l’acteur Ion Sapdaru, le caricaturiste Ion Barbu,  les humoristes Ioan T. Morar et Toni Grecu, le mathématicien Solomon Marcus, le traducteur de littérature roumaine en néerlandais Jan Willem Bos et votre obligée, Laure Hinckel. Le titre de mon texte? « Comment je n’ai PAS vécu 89 ».

Le maillot de bain dans la boîte aux lettres!

Par Laure Hinckel dans Blog

Il y a des jours où tout est bonheur: la rondeur des pommes bien rouges dans l’arbre, le sourire du fil à linge aux pinces multicolores en guise de dents et même la factrice ! Elle a déposé ce matin trois livres dans la boîte aux lettres! Deux sont pour les enfants, et c’est Florence qui en est l’auteure : Le maillot de bain Les copains, le soleil et Nabila Et puis elle a glissé dans l’enveloppe le roman de Laurence Tardieu, Rêve d’amour (Stock)! C’est une bonne journée, je vous dis!

Découvrez l’écrivain Lucian Dan Teodorovici

Par Laure Hinckel dans Blog

Le numéro 31 de la revue Transcript donne des Nouvelles de la Famille ! Les deux majuscules renvoient au double choix de cette livraison automnale de la revue européenne qui nous donne à connaître l’existence de la campagne Save the Short Story (« Sauvons la nouvelle »). L’éditorial en parle. On peut en savoir plus  ici. Le second angle de ce numéro de Transcript est la Famille… Celle décrite dans la short story de Lucian Dan Teodorovici est fort mal en point. Je vous laisse lire pour vous faire une idée. Savourez le Chewing-gum offert par Lucian Dan Teodorovici… Accrochez-vous, ça déménage! J’apprécie beaucoup son humour noir et son écriture précise. Je mentionne également que cette nouvelle a été initialement publiée, toujours dans ma traduction, dans le très bon recueil Pas question de Dracula , éditions Non Lieu. Et j’espère que son roman Notre cirque présente trouvera bientôt un éditeur français… L’écrivain roumain  partage le sommaire avec Roman Simić Bodrožić…

Herta Müller : « Mon altercation, ma langue minoritaire »

Par Laure Hinckel dans Blog

J’ai tressailli en entendant prononcer hier le nom de Herta Müller. Le prix Nobel de Littérature lui revient cette année et c’est une grande joie pour elle, pour l’Europe et pour la littérature des hommes, elle qui écrit avec tant de finesse sur l’ »étranger », « l’autre », le « déplacement » et comme elle le dit si joliment dès le titre d’un de ses textes, sur « le pays à la table voisine ». J’ai tout de suite tiré de ma bibliothèque le beau numéro 5 de la défunte et regrettée revue « Seine et Danube » fondée par l’écrivain Dumitru Tsepeneag (publié chez POL). Ce numéro sorti en 2004 était consacré aux « écrivains allemands nés en Roumanie » . Comme de bien entendu, une belle place était réservée à Herta Müller.  Dans son introduction à ce dossier, l’écrivain Dieter Schlesak (lui aussi allemand de Roumanie, excellent poète et prosateur et ancien rédacteur de la revue littéraire allemande « Neue Literatur ») disait ceci de l’écriture des…

Apollodore : mi-e dor, mi-e dor de Labrador!

Par Laure Hinckel dans Blog

Qu’est-ce que j’ai sur mon bureau depuis hier?  Le Voyage avec Apollodore! Je suis allée le chercher chez mon libraire… j’en ai profité pour lui dire qui était Gellu Naum, « un grand poète surréaliste – un roumain, parti en 2001 ». Le minimum que je puisse faire pour la postérité de ce grand auteur…   Voyage avec Apollodore est un conte que l’on peut lire de 7 à 77 ans, selon la formule consacrée. L’histoire du pingouin Apollodore qui se languissait du Labrador a bercé l’enfance de générations de Roumains. Elle est aujourd’hui enfin disponible en français, dans une traduction de Sebastian Reichmann, lui aussi poète. L’ambiance? Déjantée. Le style ? Simplissime Le rythme? Epique, endiablé. J’ai l’impression de plonger dans les délires psychédéliques des années 70 – c’est mon enfance qui ressort, robe chasuble orange, vernis assortis.  Apollodore est ténor, dans le cirque où il se languit du Labrador… Il prend l’avion, tombe sur le rivage des Syrtes, voyage…

Le Lièvre de Vatanen m’a mis la main au collet

Par Laure Hinckel dans Blog

Belle affluence pour le Café Bouquins de samedi dernier! Nous étions une bonne quinzaine pour partager nos impressions de lecture autour des romans d’Arto Paasilinna. Nous avions proposé de lire Le Lièvre de Vatanen et Petits suicides entre amis mais cet écrivain nordique a suscité un tel engouement que plusieurs autres de ses romans ont été lus par les unes et les autres : Le meunier hurlant, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen  notamment. J’ai lu Le Lièvre de Vatanen… Ce roman trainait chez moi depuis plus d’un an et j’étais rebutée par l’affiche du film placée en couverture… Cela n’augurait ce rien de bien intéressant… mais qu’est-ce qu’on peut être bête, tout de même, de se laisser impressionner par une couverture de livre! Bref, heureusement que j’ai eu à le lire pour le Café Bouquins car j’ai passé un extraordinaire moment de lecture. C’est à la fois dépaysant car cela…